Corona virus : la médecine camerounaise aux abonnés absents

Alors que les pays se battent pour trouver les solutions endogènes, la communauté scientifique camerounaise reste muette

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Du 26 au 31 mars 2021, pendant une semaine, le professeur Didier Raoult, était en séjour au Sénégal. D’après le ministère de la Santé sénégalais, le spécialiste des maladies infectieuses, professeur de microbiologie à la faculté des Sciences médicales et paramédicales de Marseille, où il dirige l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, a échangé avec les chercheurs sénégalais sur la riposte contre la pandémie” de Covid-19 et également sur le transfert de technologie en matière de recherche. Pendant son séjour il a laissé lire sur compte twitter « Je suis cette semaine au Sénégal, où je mène des recherches sur l’émergence des variants du Covid-19. J’ai été reçu par M. le Ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr, qui m’a présenté les équipes en charge de la lutte contre le virus. Le Sénégal a beaucoup à nous apprendre. » A la fin de son séjour, celui qui a défendu l’usage de l’hydroxychloroquine et de l’azythromycine comme traitement au Covid-19, a été élevé à la dignité de commandeur dans l’ordre national du Lion par le Président Macky Sall. Honneur à la science, et encouragement à la recherche locale. D’ailleurs, Cheikh Sokhna, le directeur de recherche au sein de l’antenne sénégalaise de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), un établissement qui collabore avec l’IHU de Marseille pour plusieurs travaux, notamment sur le Covid-19 disait « Les deux choses importantes que nous avons réalisées ensemble, c’est la formation de haut niveau des jeunes chercheurs sénégalais, et le transfert de technologie de Marseille vers le Sénégal. »  Le séjour du professeur en terre sénégalaise participait en effet de la politique du pays à trouver des solutions locales et endogènes à cette pandémie comme à beaucoup d’autres, question de répondre présent au rendez-vous médical et ne pas toujours attendre que les recherches se fassent ailleurs pour lui.

En république démocratique du Congo, la Pharmakina, anciennement appelée Congokina, est devenue le fer de lance de l’industrie pharmaceutique à Bukavu et permet désormais au pays de fournir assez de médicaments contre le coronavirus pour lui-même et les pays limitrophes, avec la production en masse de l’hydroxychloroquine grâce à l’usine de Bukavu, au Sud-Kivu. Ces quelques exemples, pour dire que l’avènement du coronavirus en décembre 2019 a permis aux pays de se repenser, obligés qu’ils étaient de trouver des solutions pour empêcher sa propagation ou pour le soigner. Mais le Cameroun, avec sa communauté scientifique, se font attendre.

Les médecins, attendus

Aveuglement

A-t-elle d’ailleurs l’intention de répondre à cet appel du développement, rien ne laisse croire. Depuis que le monde est frappé de plein fouet par cette pandémie, on a vu au niveau local les tradipracticiens se mobiliser, individuellement, en partenariat ou en communauté, pour proposer des solutions contre le virus. Des solutions qui ont connu des fortunes diverses, combattues pour certaines et dénigrées pour d’autres. Par contre, la médecine moderne au Cameroun n’a jusqu’ici rien proposé comme traitement propre. Jusqu’ici on n’a pas connu une proposition de traitement moderne d’un médecin, d’un chercheur, d’un pharmacien pris individuellement, ou d’un groupe de médecins, de pharmaciens ou de chercheurs. Tous ces acteurs de la médecine moderne se sont plutôt illustrés par leurs rares sorties médiatiques pour soutenir le gouvernement dans sa mise en garde contre l’automédication et les traitements à base de plantes naturelles, sous prétexte que ces médicaments ne sont ni homologués (on ne sait par qui), ni ne définissent aucune posologie. Et si l’on raisonnait un peu par l’absurde, et imaginait une situation où tous les pays fermaient leurs frontières et que l’on demandait à chaque pays de soigner le coronavirus par ses propres solutions, de quel côté le Cameroun se tournerait-il, puisque en pharmacie il n’y a aucun médicament mis au point localement et produit localement ?  On peut ressortir de l’absurde pour le rationnel avec cette simple question : la médecine moderne  qui snobe les solutions à base de plantes, que propose-t-elle concrètement ?

Science sans conscience

Si les acteurs de cette médecine moderne ne s’étaient pas posés la question, c’est qu’il y a un retard. Parce que les médicaments qu’elle utilise à ce jour pour appliquer les protocoles, ont été mis au point par des hommes, et sont produits par des usines mises sur pied par des hommes. Il en est de même pour les vaccins contre le coronavirus. Quand les responsables officiels de la Santé publique annoncent, comme une prouesse, que sur haute instruction du chef de l’Etat le pays bénéficie des vaccins contre le coronavirus, qui sont déjà réceptionnés pour certains et encore en route pour d’autres, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont en train de sublimer les insuffisances locales. Ces vaccins sont bien mis au point et fabriqués quelque part, et par des hommes qui ne sont pas forcément plus intelligents que les scientifiques camerounais. D’ailleurs, l’on a l’habitude de dire que les Camerounais sont meilleurs là où ils sont à l’étranger, on vante les nationaux qui sont à la Nasa et autres. A son époque, le professeur Victor Anomah Ngu avait au moins mis au point le Vanhivax comme traitement contre le Sida, avant que les monstres de l’industrie pharmaceutique mondiale n’aient raison de lui, pour continuer à déverser sur le pays et le continent leurs antirétroviraux qui développent l’économie chez eux. Où sont les chercheurs camerounais à l’ère du corona virus ? Le Cameroun est-il condamné à dépendre de l’extérieur en tout, et jusqu’à quand ? Les scientifiques camerounais, toute spécialité confondue, peuvent encore et doivent sauver l’honneur, car plus que jamais, non seulement sauver l’honneur du pays n’est plus une option mais un devoir pour tous et pour chacun dans son domaine, mais plus encore la communauté scientifique est de manière irréversible  interpellée avec cette pandémie du coronavirus. C’est le moment de se rappeler ce que disait le philosophe Rabelais, « science sans conscience… n’est que ruine de l’âme »

Roland TSAPI

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