Corona virus : la diaspora complice

Les Camerounais qui quittent les pays à risque pour rentrer au bercail, sont des potentiels porteurs du virus. Le bon sens aurait commandé qu’ils restent sur place, pour épargner le pays, mais hélas, même les hautes personnalités de l’Etat rentrent dans des vols à risque et se moquent des mesures de restriction.

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Selon les informations rendues publiques par le ministre de la Santé publique du Cameroun Manaouda Malachie, les derniers cas confirmés de personnes testées positives au Covid-19 sont des passagers des vols qui ont atterri à l’aéroport de Douala le 17 mars 2020, en provenance des pays européens. Par un tweet dans la nuit du 21 mars 2020, il indiquait que « sur  65 passagers du vol du 17 mars testés ce jour, nous avons enregistré 13 cas positifs ». Un jour avant, par le même canal, il informait l’opinion que 10 nouveaux cas avaient été détectés, toujours des passagers des fameux vols. En somme, depuis l’atterrissage de ces deux avions, le nombre de cas positifs au corona virus a connu une croissance exponentielle. La réalité semblait connue dès le décollage de ces avions, et d’après certaines informations, le gouvernement camerounais avait demandé à la compagnie Air France de ramener ses passagers potentiellement infectés à Paris, ce que la compagnie avait trouvé impossible, du fait que la France avait déjà fermé ses aéroports. A la dernière minute, il avait donc été demandé au gouverneur de la région du Littoral de recevoir ces passagers et de les confiner dans des hôtels à Douala, en attendant de savoir quel était leur état sérologique, lequel se révèle de plus en plus inquiétant chaque jour qui passe.

Des passagers embarquant pour les hôtels de confinement. Ils boudent

Foyer de contagion

Il relèverait d’ailleurs d’un miracle que les passagers de ces vols soient tous sains. L’air respiré dans l’avion étant comprimé et tournant en boucle, il suffit en effet qu’une seule personne lâche le virus dans l’air pour que tout le monde le prenne, à moins d’être protégé par un masque. C’est la raison pour laquelle les cas se révèlent de plus en plus positifs, c’est aussi la raison pour laquelle il n’est pas exagéré de dire que ces vols sont aussi ceux qui ont transporté la mort pour le Cameroun. Au-delà des mesures gouvernementales pour contenir la propagation du virus, c’est la responsabilité des passagers de ces vols qui est désormais engagée, et de tout point de vue il est évident que de nombreux Camerounais qui se précipitent pour rentrer au pays, disant fuir le virus là où ils étaient, constituent en réalité un vrai danger pour le pays.

Dans leurs attitudes, ils ne pensent qu’à eux, mais ils oublient que ce faisant ils mettent leurs familles et tous les proches en danger. Comment comprendre en effet, que ces passagers, conscients du fait qu’ils peuvent avoir été exposés au virus, au lieu de rester sur place pour bénéficier des soins adéquats au cas où la maladie se manifestait, se précipitent pour rentrer au pays tout en sachant que les chances d’être pris en charge efficacement seront minimes ? Et surtout en rentrant au pays, ils savent qu’ils vont entrer en contact avec leurs familles et proches, qui n’hésiteront pas à tomber dans leur bras pour des accolades et autres manifestations de retrouvailles. Ne vaut-il pas mieux être porteur du virus seul dans la famille en restant à l’étranger, que de revenir contaminer toute la famille et l’entourage en passant ? Aussi fort que le sentiment et la fibre familiale soient forts, ils n’éliminent pas le virus.

les aéroports désormais les portes de la mort?

Inconsciente  résistance

Depuis que les passagers des vols ont été confinés dans des hôtels à Douala, certains ne cessent de rouspéter, qui dénonçant la qualité de la chambre, qui protestant contre l’isolement, chacun voulant rentrer en famille sans se soucier de son statut sérologique et du danger qu’il représente pour sa famille et partant son voisinage, son quartier, sa ville, son pays. Et l’on comprend bien que s’ils avaient les moyens de se soustraire à cette contrainte, ils n’hésiteraient pas, comme cela a été le cas pour le président de l’Assemblée nationale et autres parentés des hautes personnalités de la république, passagers des vols à risque, qui ont refusé de se mettre en quarantaine malgré l’instruction du ministre de la Santé publique.

Le corona virus a la particularité de se moquer de la classe sociale, du pays d’où l’on vient, de la couleur de la peau, de la tribu, de l’âge, du volume du porte-monnaie, du nombre de voitures dans un parking privés, du nombre de personnel privé que l’on peut avoir à sa charge.  L’immunité parlementaire, ministérielle ou présidentielle, le fait de revenir de France ou d’ailleurs n’est pas synonyme d’une immunité sanitaire. Ailleurs, ceux que l’on peut considérer comme les puissants de ce monde l’ont compris et se sont pliés au diktat du virus. En Allemagne, Angela Merkel la chancelière a décidé volontairement de se mettre en quarantaine à domicile, après avoir été en contact vendredi 20 mars 2020 avec un médecin qui par la suite a été testé positif au corona virus, selon le porte-parole du gouvernement allemand. Et les exemples sont nombreux, de hautes personnalités qui de par le monde se sont pliés aux exigences disciplinaires pour contenir la maladie et ne pas devenir des vecteur de propagation. Au Cameroun c’est l’autosuffisance qui est encore en vigueur ; ce qui a provoqué l’indignation du Professeur Eugène Sobngwi, le médecin ayant coordonné l’équipe qui a pris en charge les premiers cas de corona positifs à l’hôpital central de Yaoundé. Non seulement il a rappelé qu’il est impossible d’assurer le coût d’une prise en charge massive, mais il s’est surtout indigné en ces termes « il faut le dire sans ambages, c’est criminel de sortir d’un pays à risque et venir embrasser ses proches, les Chinois ont vaincu le corona virus en étant extrêmement rigoureux, c’est criminel de revenir d’un pays où circule la maladie et arriver chez soi sans se mettre en isolement, c’est criminel, c’est très criminel. »

Roland TSAPI

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