Corona virus : la chloroquine de tous les maux

Le traitement du Corona virus pourrait se faire à base ce médicament, en association avec d’autres molécules. Avant que cela ne soit avéré, il fait déjà l’objet de la surenchère au Cameroun, où les populations se sont jetées dessus et l’utilisent à tort et à travers, au risque de compliquer leur santé

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Quatre mois après la survenance du  Corona virus le monde entier frappé de plein fouet, est en train de se mettre d’accord sur le traitement par la chloroquine,  jusqu’ici connu comme un anti paludéen, après des mois d’hésitation, de doute, de méfiance et même de dénigrement. Depuis le 19 mars 2020, les États-Unis ont “approuvé” le recours de cette molécule contre la pandémie,  qui avait  “montré des résultats préliminaires très très encourageants”, d’après les propos du président  Donald Trump. Ce dernier avait ajouté que « nous allons pouvoir rendre ce médicament disponible quasiment immédiatement”, en assurant lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, que cela pourrait “changer la donne” face à la pandémie. Pour lui, le traitement avait déjà été “approuvé” par l’organisme fédéral qui supervise la commercialisation des médicaments aux États-Unis, la Food and Drug Administration (FDA), grâce à un processus très raccourci. Ce qui devrait permettre de pouvoir rendre ce médicament disponible sur ordonnance.

Polémiques

En France, le docteur infectiologue Didier Raoult a annoncé avoir obtenu des résultats « exceptionnels » en traitant les patients atteints du Covid-19 avec un traitement à base la chloroquine. D’après lui, six jours après en avoir administré à des malades, seulement 25 % d’entre eux étaient encore porteurs du virus, quand 90 % de ceux qui n’avaient pas reçu ce traitement étaient toujours positifs. Des résultats balayés d’un revers de main par certains de ses confrères qui ne le prenaient pas au sérieux et remettaient en cause sa méthode d’essai thérapeutique. Le ministre de la Santé français Olivier Véran a même demandé que ce traitement soit expérimenté à plus large échelle par d’autres équipes « indépendantes », estimant que  les résultats obtenus l’ont été sur 24 malades seulement, sans placebo et ajoutant que jamais aucun pays au monde n’a accordé une autorisation de traitement sur la base d’une étude comme celle-ci. Mais face à ces critiques et hésitation, le docteur Didier Raoult, spécialiste des maladies infectieuses tropicales émergentes, est resté serein, affirmant même qu’il était plutôt en avance sur les autres et que tout le monde finira par venir à ce médicament. Il faisait cette déclaration à un journal français le 22 mars 2020, et quelques jours plus tard il a eu raison. Le 26 mars finalement, après plusieurs jours de polémique, la France  a autorisé la chloroquine comme traitement de la maladie à Corona virus, bien entendu associé à d’autres molécules.  Le décret d’autorisation signé par le gouvernement français dit l’« hydroxy chloroquine et l’association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile. »

Bataille de contrôle

Au Cameroun, le gouvernement avait déjà pris un jour d’avance sur la France. Le 23 mars 2020 déjà le ministre de la Santé publique Manaouda Malachie écrivait aux responsables des formations sanitaires toute catégorie confondue et au personnel de la santé, pour reconnaître que la chloroquine associée à de l’azithromycine avait prouvé son efficacité sur un nombre de sujets restreints, faisant allusion aux études du docteur français. Mais il rappelait que des recherches continuaient pour apporter une preuve d’efficacité et de tolérance sans faille à ce traitement, appelant ainsi les médecins à rester prudents et surtout à ne pas prescrire le médicament à titre préventif sans évidence scientifique aucune. Le 25 mars 2020, dans une autre correspondance adressée cette fois au président du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens du Cameroun, aux pharmaciens responsables des établissements de distribution en gros des produits pharmaceutiques entre autres, il disait « j’ai l’honneur de vous rappeler qu’étant donné que la chloroquine ne dispose pas d’une autorisation de mise sur le marché camerounais, tout usage dudit produit à des fins thérapeutiques est subordonnée à l’obtention préalable d’une dérogation spéciale délivrée par le ministère de la Santé publique. La  détention de toute chloroquine sans au préalable avoir bénéficié d’une dérogation spéciale d’importation est purement illégale et passible de sanctions. » Le ministre demandait par ailleurs à ces dernier de mettre fin à la dispensation de la combinaison azytrhromycine/chloroquine en ambulatoire, sous peine de suspension des contrevenants. En d’autre termes, le ministre de la Santé camerounais dit oui à la chloroquine, mais pas dans la rue, mais pas celle qui arrive au Cameroun illégalement, mais plutôt par un circuit traçable, une traçabilité qui suivra aussi l’utilisation.

traitement de corona virus, tout risque d’y passer

Risque

Une fois de plus c’est un appel à la prise de conscience des populations d’abord, et des pharmaciens ensuite. Pour les populations, ce n’est pas parce que le virus peut être soigné par la chloroquine, que ce médicament doit être pris n’importe comment. Il faut noter que les médicaments ont la particularité de se transformer en poison quand ils sont mal utilisés. C’est pourquoi dans une notice d’utilisation d’un médicament, les effets indésirables  sont souvent plus nombreux que les effets positifs, et qu’il est avec insistance exigé non seulement de toujours demander l’avis d’un médecin, mais de ne jamais dépasser la dose prescrite. Avec  la peur actuelle de la maladie, il y a des risques que dans l’ignorance des personnes s’empoisonnent plutôt, en pensant se soigner. Encore que la chloroquine dans ce cas doit se prendre quand l’on est malade, pas pour éviter d’être malade.  Pour les pharmaciens ensuite, il s’agit non seulement d’avoir de la chloroquine légalement, mais de ne pas la vendre comme on vend du pain à la boutique, mais sur ordonnance.  Encore que dans le contexte actuel ce médicament n’est même pas supposé se trouver dans une pharmacie parce que n’ayant pas d’autorisation de se retrouver sur le territoire. Il restera dès lors au gouvernement de prendre des mesures pour que le médicament soit disponible en stock, parce qu’en la matière l’urgence se fait de plus en plus sentir, par le nombre des cas positifs qui augmentent chaque jour. En tout état de cause, chloroquine ou pas, la meilleure façon de se soigner, reste de ne pas tomber malade, en respectant les mesures barrières qui permettent de ne pas prendre le virus.

Roland TSAPI

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