Corona virus : des failles dans le système ?

Les cas déclarés sur le territoire camerounais viennent tous des pays européens, et ont passé les frontières sans être détectés, malgré le dispositif installé dans les aéroports. Ce qui fait craindre qu’il pourrait y avoir plus de cas que de déclarés

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Actualité oblige, nous ne consacrons pas ce jour notre publication à une figure contemporaine ou de l’histoire comme il est de coutume tous les jeudis. Difficile en effet de se soustraire de ce qui est qualifié désormais de catastrophe sans précédent dans l’histoire de l’homme, le Covid-19, vecteur  du corona virus. Au regard de sa progression et des conséquences qu’il entraine avec lui, il oblige les frontières à se fermer partout sur le globe terrestre. Le 18 mars 2020, le bilan de l’épidémie était de plus de 8.800 morts dans le monde entier, et les cas détectés ont dépassé les 217.000. Ce qui a poussé le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, l’Erythréen Tedros Adhanom Ghebreyesus,  à déclarer au cours d’une conférence de presse virtuelle que « ce coronavirus constitue une menace sans précédent. Mais c’est aussi une occasion sans précédent de nous rassembler contre un ennemi commun, un ennemi de l’humanité“, et d’ajouter que « l’Afrique devrait se réveiller, mon continent devrait se réveiller“.

Et l’Afrique se réveille aussi, à son rythme, avec ses moyens et ses méthodes, pour rentrer dans cette guerre qui n’est plus seulement scientifique, mais davantage une guerre de l’information, dont le rôle en pareille circonstance n’est plus à démontrer. Le Cameroun l’a compris aussi et le ministre de la Santé publique Manaouda Malachi communique régulièrement sur les cas détectés au Cameroun, soit 14 à la date du 18 mars 2020. Les Camerounais sont également informés des mesures de prévention à prendre pour limiter la propagation du virus, mais à ce stade il subsiste des zones d’ombre dans la communication globale faite par le gouvernement. Au-delà des communiqués qui se contredisent sur la conduite à tenir par les Camerounais, il y a des questions qui se posent à partir des informations jusqu’ici mises à la disposition du public.

Passoire aux frontières

Selon cette information officielle, le dispositif pour prévenir l’entrée au Cameroun des porteurs du virus, est installé à l’aéroport de Douala depuis la fin du mois de janvier, et depuis février tous les passagers sont en principe passés au peigne fin, de la descente de l’avion où ils sont scannés au thermo-flash, jusqu’au hall de l’aéroport où ils passent sous des scanners thermiques, en mesure de détecter une température au-dessus de la normal et signaler tout cas suspect. Les passagers sont également appelés à remplir une fiche de renseignement sur laquelle ils laissent leurs contacts téléphonique, pour une meilleure traçabilité. Pour ce qui est de l’aéroport de Yaoundé Nsimalen, le ministre de la Santé publique publiait le 5 février 2020 un communiqué avec cette teneur : « Madame le secrétaire général du ministère de la Santé Publique, représentant personnel du ministre de la Santé Publique, a procédé ce jour, 5 février 2020 à l’aéroport international de Yaoundé Nsimalen, à la réception administrative des caméras thermiques et autres équipements de prévention en rapport avec l’épidémie causée par un nouveau type de Coronavirus en Chine. Outre la réception des caméras thermiques de dernière génération branchées sur un système informatique, Pr Koulla Shiro Sinata, en présence des partenaires du Système des Nations-Unies et des hauts responsables du Minsante, a évalué le circuit du passager et la salle d’isolement affrétée pour la circonstance. Mme le secrétaire général a rassuré les populations de la disposition complète effective des mesures préventives liées à l’épidémie causée par ce nouveau type de Coronavirus en Chine »

Doutes malgré les assurances

Avec ces dispositifs et ces assurances données, on pourrait dormir tranquille. Sauf que jusqu’ici, les cas déclarés l’ont été de l’intérieur du pays, et les premiers cas officiels ont bien été identifiés comme venant de l’Europe et étant entrés au Cameroun par les aéroports, qui sont sous surveillance. Et s’ils ont franchi les frontières avec le virus, il n’y a que deux hypothèses : soit on les a laissé passer, soit les appareils ne les ont pas détectés suspects. Dans le premier cas il faut se demander si les contrôleurs ont fait leur travail normalement, dans le deuxième cas il faut se demander si les appareils ont toujours bien fonctionné, sans faille. Et dans les deux cas il y a de quoi être inquiet. Surtout que les cas officiels sont ceux qui sont allés à l’hôpital d’eux-mêmes après avoir manifesté quelques symptômes. Et avec la psychose désormais répandue sur le virus, il est possible que de porteurs se baladent dans la nature et ne songent pas à aller à l’hôpital, le Camerounais moyen n’ayant d’ailleurs pas la culture de l’hôpital en l’absence de l’assurance maladie.

Il faut remarquer dans cette logique, que jusqu’ici c’est un miracle que la ville de Douala, capitale économique, ville cosmopolite et porte d’entrée du Cameroun soit épargnée, si l’en croit les sources officielles. Le 18 mars 2020, le gouverneur de la Région du Littoral Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, après avoir reçu et mis en isolement les passagers de deux vols en provenance de l’Europe la veille,  a donné dans ses services un point de presse pour apporter un démenti à l’information circulant dans les réseaux sociaux et faisant état de près de 400 porteurs du virus qui seraient dans la ville. Pour rassurant que cette information est, il ne faut pas non plus évacuer une faille du système de surveillance installé aux frontières, qui pourrait avoir laissé passer des porteurs dont l’administration n’aurait pas connaissance, mais qui ne restent pas moins dangereux pour les populations. La vigilance individuelle devrait donc être accrue. Surtout que le patron de la Santé au Cameroun a précisé le 18 mars 2020 qu’il n’existe pas jusqu’ici de traitement contre la maladie qui est hautement contagieuse, et que le vaccin si jamais il est trouvé, ne sera pas disponible avant un an ou plus. D’après lui ce sont les symptômes qui sont soignés pour les cas déclarés. Même si on en connait encore peu sur leur état réel,  stationnaire, évolutif ou régressif, il est constant que les nouvelles ne sont pas bonnes. Du tout, et là se trouve tout le sens de la déclaration du président de l’Oms, pour qui l’Afrique doit se réveiller ou se préparer au pire.

Roland TSAPI

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