Complexe sportif d’Olembé : les premières fautes

Les difficultés rencontrés dans la finition et la livraison du complexe partent des erreurs ou fautes de débuts, dont les premiers signataires du marché se sont rendu coupables

Le 4 janvier 2019, 35 jours après le retrait de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations de football 2019 au Cameroun, le président de la République Paul Biya nommait un nouveau gouvernement, dirigé par le Premier ministre Joseph Dion Nguté. En pleine crise anglophone, les analystes s’étaient contentés d’y voir un changement de stratégie en vue de faire face à la crise. Ce qui n’avait pas été perçue, c’est que le Complexe sportif d’Olembe, dont la non livraison dans les délais était à l’origine du retrait de l’organisation de la Can, avait également déterminé le remplacement de certains hommes dans l’équipe. Abba Sadou quittait en effet le ministère délégué à la présidence de la république chargé des Marchés publics pour laisser la place à Ibrahim Talba Malla, et Jean Claude Mbwentchou cédait son fauteuil à Célestine Ketcha Courtes au ministère de l’Habitat et du développement urbain. Ces deux ministres étaient en réalité ceux qui avaient joué des rôles prépondérants dans l’échec qui pointait à l’horizon. Même si l’on admettait qu’ils avaient subi des pressions, qui ne pouvaient être que verbales, il n’en reste pas moins vrai qu’ils étaient les seules personnes détenteurs d’un mandat officiels pour engager l’Etat du Cameroun, car étant les seuls à en endosser la responsabilité, comme cela a été le cas. Un document signé de Pierre Eyock circule déjà dans les réseaux sociaux, qui revient sur la genèse et décrit les tours de passe-passe qui ont conduit à l’idée de la construction d’un complexe sportif à Olembé, premier prétexte trouvé pour solliciter l’organisation de la coupe d’Afrique des nations en 2019.

Le projet prit alors 15 mois de retard avant de commencer, car comme explique Pierre Eyock, c’est le temps qu’il faudra à l’Etat du Cameroun pour taire les querelles nées des tripatouillages sur les terres du site d’Olembe. Pour tenter de rattraper les délais , l’entreprise proposa de préfabriquer les blocs de béton pour installer sur place, entraînant des surcoûts énormes

Maturation

Abba Sadou,

Mais passé la tempête créée par l’appétit autour du gâteau que représentait désormais le projet, le 30 décembre 2015,  le marché pour la  conception et la construction du Complexe sportif d’Olémbé fut signé par le ministre de Marchés publics Abba Sadou agissant au nom et pour le compte de l’Etat du Cameroun au profit de la Société Italienne GRUPPO PICCINI SPA. Le Complexe devait être constitué d’un stade couvert de 60.000 places avec une piste d’athlétisme, un complexe de trois salles de cinéma, un hôtel 5 étoiles de 70 chambres avec trois 3 salles de conférences de 250 places chacune, un centre commercial, un musée pour le sport, un palais des sports de 1000 places assises avec terrain de basketball, handball, volleyball,  une piscine olympique couverte de 2000 places assises, deux terrains de football d’entrainement couverts de 1000 places assises chacun, six terrains de tennis et un Club House, 4 terrains extérieurs de basketball et de volleyball et 1 parking extérieur. Le problème ici, c’est qu’au moment où le ministre signe le marché, le site n’est pas prêt. Pourtant, les dispositions en la matière, contenues de le Code des marchés publics de 2004, et reprises dans le décret N°2018/4992/PM du 21 juin 2018 fixant les règles régissant le processus de maturation des projets d’investissement public, sont claires. Le ministre des Marchés publics avait obligation, avant de signer le marché, de vérifier la maturité du projet, en s’assurant de l’existence de la déclaration d’utilité publique, de l’attestation de disponibilité du site, du décret d’expropriation ou tout autre acte d’acquisition du terrain, du rapport des indemnisations, du certificat de conformité environnemental, des devis, des plans de gestion du projet, des rapports d’analyse des risques, des avant-projet sommaire (APS) et détaillé (APD) ou le cas échéant de l’avant-projet d’exécution (APE). La non-disponibilité du site avait donc été ce qu’on appelle dans le domaine une faute contractuelle, qui ne devait pas être sans conséquence. Le projet prit alors 15 mois de retard avant de commencer, car comme explique Pierre Eyock, c’est le temps qu’il faudra à l’Etat du Cameroun pour taire les querelles nées des tripatouillages sur les terres du site d’Olembe. Pour tenter de rattraper les délais , l’entreprise proposa de préfabriquer les blocs de béton pour installer sur place, entraînant des surcoûts énormes.

Leur départ du gouvernement le 4 janvier 2019 ferait donc d’eux les premières victimes du Stade Olembé. Il est vrai que les deux ministres ne sont pas les seuls fautifs, mais étant les têtes de proues, ils ont été les premiers à écoper et les autres devront suivre, le temps que passe la Can.

Surveillance

Jean Claude Mbwentchou

A côté du ministre des marchés publics, le vérificateur, l’œil du gouvernement dans le processus de passation est le ministre de l’Habitat et du développement urbain, celui qu’on appelle l’ingénieur du marché. D’après le Code des marchés publics, son rôle est le suivi et le contrôle technique et financier de l’exécution du marché. A ce titre, il approuve le projet d’exécution et les différentes modifications proposées par le cocontractant, ou par le maître d’œuvre le cas échéant, vise les décomptes des prestations exécutées, vérifié et signe contradictoirement les attachements avec le cocontractant, s’assure de la mise en œuvre des différentes garanties, tant en phase d’exécution que pour la vie du projet. Le ministre Jean Claude Mbwentchou avait joué ce rôle efficacement, que les dégâts auraient été limités. Leur départ du gouvernement le 4 janvier 2019 ferait donc d’eux les premières victimes du Stade Olembé. Il est vrai que les deux ministres ne sont pas les seuls fautifs, mais étant les têtes de proues, ils ont été les premiers à écoper et les autres devront suivre, le temps que passe la Can. En la matière d’ailleurs, l’histoire risque de se répéter. En 1972 déjà, au lendemain de la première coupe d’Afrique qu’avait abritée le Cameroun du 23 février au 5 mars, plusieurs personnalités avaient été interpellées et écrouées à la prison à la demande du président Ahmadou Ahidjo. A côté des problèmes d’organisation, on avait parlé aussi de la mauvaise conduite du projet de construction du stade Omnisport de Douala, mis en chantier par le gouvernement en 1970 pour accueillir cette Coupe de 1972. Au moins ce stade avait put être utilisé dès 1971 lors du match amical Togo-Cameroun, un an après le lancement du chantier. Bien loin des 12 ans qu’on parle du Complexe d’Olembé, et des 6 ans que cela dure depuis la signature du marché en 2015. Cette fois, les coupables auront-ils une peine à la hauteur du préjudice subi par le Cameroun ? Le temps présidentiel le dira sans doute.

Roland TSAPI

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