Compétitions : la Can 2021 de toutes les humiliations

Initialement sollicité pour être la fierté du renouveau, l’organisation d’une phase finale de cette fête africaine aurait exposé le Cameroun à tous les traitements dégradants

 J’apprécierais votre action immédiate pour aborder ces sujets de façon à ce que les problèmes soulevés soient résolus dans les délais mentionnés ci-dessous. Je suis navré de constater que malgré les nombreuses visites, notamment celle du Président et du Secrétaire Général de la CAF et du vice-président de la CAF et les promesses qui ont suivi, les actes n’ont pas suivi. S’agissant du stade d’Olembe, sachez que si tout n’est pas réglé d’ici au 30 novembre 2021, le match d’ouverture aura lieu ailleurs. Des dispositions sont d’ores et déjà été prises dans ce sens, mais ce serait malheureux pour le Comité d’Organisation, pour la CAF et pour le Cameroun.En comptant sur votre bonne coopération et vos actions efficaces pour assurer le respect des délais ci-avant, et en restant à votre disposition pour organiser au besoin une visioconférence, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre et Président du Local Organisation Comitee, mes salutations distinguées. » Ainsi conclut le secrétaire général de la confédération africaine de football, une correspondance au ministre camerounais des Sports et de l’éducation physique le 17 novembre 2021. Le ton donne froid au dos, même des injonctions données par un employeur au bout des nerfs à un employé récidiviste, ne sont pas souvent aussi irrespectueuses. Mais il s’agit des termes de la correspondance signée par un secrétaire général d’une confédération, adressée à un ministre de la république du Cameroun. De quoi marquer un arrêt et se demander simplement, qu’ont-ils fait de la souveraineté du Cameroun ?

La fierté nationale menacée

Déjà on peut remarquer que Veron Mosengo-Omba, le secrétaire général de la Caf fait sa correspondance sur un papier entête, non pas de la Confédération africaine de football, mais de la coupe d’Afrique des nations total energies Cameroun 2021, et s’adresse ainsi au président du comité local d’organisation, qui se trouve être le ministre des Sports et de l’Education physique. Le comité d’organisation de la Can étant un organe créé par la Caf pour s’occuper d’une compétition qu’elle organise, le Secrétaire général de la Caf se trouve logiquement être le patron de tous les membres de ce comité, qui peuvent dès lors recevoir de lui des injonctions, et subir au besoin ses coups. D’où la question essentielle : le ministre camerounais des sports était-il obligé d’être le président du comité local d’organisation, pour être sous les ordres du secrétaire général de la Caf ? Ne pouvait-on pas désigner à ce poste un autre fonctionnaire camerounais de ce département ministériel, pour garder sauve la souveraineté de l’Etat incarnée par un ministre ?

Au total 8 ans, avec des missions interminables de la Caf suivies des recommandations, et le pays n’est pas prêt pour accueillir une compétition que l’Egypte a accueilli au pied levé en 2019 pour sauver son honneur, que la Guinée équatoriale a fièrement abrité en 2015 ayant été sollicitée quelques mois seulement avant la date pour remplacer le Maroc qui se méfiait de la fièvre ébola, ou que le Gabon a triomphalement organisé en 2017.

Fierté

Ce qui est en jeu ici, c’est la fierté et la souveraineté du Cameroun. Les ratés constatés dans l’organisation de cette compétition depuis le début, ont à chaque fois touché à l’honneur du pays. Le retrait à la dernière minute en 2018, de cette compétition du Cameroun pour la confier à l’Egypte a été la claque de trop, mais ceux qui sont mandatés pour parler et agir au nom des camerounais n’ont pas appris la leçon. Pour mémoire, cette édition qui va se jouer en 2022 s’appelle toujours Can 2021, parce qu’elle devait se jouer en 2021 justement si le virus à la couronne ne s’était pas invité au jeu et contraint le monde entier à restreindre les activités. C’est dire qu’en plus du report de 2019, le Cameroun aurait eu trois années supplémentaires pour être prêt, ajouté aux 5 années déjà brûlées entre 2014, date de l’attribution de l’organisation de la compétition au Cameroun et 2018 quand le « glissement » a été constaté. Au total 8 ans, avec des missions interminables de la Caf suivies des recommandations, et le pays n’est pas prêt pour accueillir une compétition que l’Egypte a accueilli au pied levé en 2019 pour sauver son honneur, que la Guinée équatoriale a fièrement abrité en 2015 ayant été sollicitée quelques mois seulement avant la date pour remplacer le Maroc qui se méfiait de la fièvre ébola, ou que le Gabon a triomphalement organisé en 2017. Et dire que cette édition 2017 a été remportée par les Lions indomptables du Cameroun, qui ont ramené le trophée à la maison comme pour galvaniser les dirigeants pour l’organisation de l’édition de 2019. Mais tous ces efforts ont été une fois de plus noyés par les gouvernants. En Guinée équatoriale et au Gabon il n’y a pas eu autant de bruits, la plus prestigieuse compétition de football africain devait être organisée en Afrique centrale pendant trois éditions consécutives, 2015, 2017 et 2019, mais le Cameroun a brisé la chaîne, et continue d’être la honte de la sous-région. Pas étonnant que les Camerounais subissent des traitements inhumains dans ces pays voisins, c’est le gouvernement qui les livre à vil prix aux autres.

Avec la dernière correspondance du secrétaire général de la Caf avec un contenu aussi humiliant, un Etat souverain fier devrait à ce stade, se retirer simplement de l’organisation de cette compétition, quitte à supporter toutes les conséquences de droit et payer fièrement toutes les amendes que cette décision entraînerait. La fierté d’un pays ne se négocie pas, et ne peut pas se jouer sur des stades de jeu, en plus sans enjeux. La Can de la fierté du renouveau aura été plutôt la Can de toutes les humiliations.

« O Cameroun, berceau de nos ancêtres,

Va  debout et jaloux de ta liberté,

Comme un soleil ton drapeau fier doit être »

Ce sont là les trois premiers vers de l’hymne national du Cameroun. En plus, le premier mot de la Constitution du Cameroun est le vocable « fier ». Mais curieusement ce sont ceux-là qui sont en contact tous les jours avec ce drapeau, qui bafouent la fierté qu’il incarne. Les membres du gouvernement et autres ont le drapeau du Cameroun, en réel ou en image partout où ils sont : dans leurs voitures, dans leurs bureaux, dans leurs salons, sur certaines pièces officielles, ils vivent avec le drapeau mais sont loin de l’honorer par leurs actes au quotidien. Avec la dernière correspondance du secrétaire général de la Caf avec un contenu aussi humiliant, un Etat souverain fier devrait à ce stade, se retirer simplement de l’organisation de cette compétition, quitte à supporter toutes les conséquences de droit et payer fièrement toutes les amendes que cette décision entraînerait. La fierté d’un pays ne se négocie pas, et ne peut pas se jouer sur des stades de jeu, en plus sans enjeux. La Can de la fierté du renouveau aura été plutôt la Can de toutes les humiliations.

Roland TSAPI

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