Compétences locales : toujours en berne

Le made in Cameroon, quel que soit le domaine, n’a toujours pas toute l’attention du gouvernement pour sa promotion.

Le monde entier a commémoré le 15 juillet 2021, comme chaque année depuis 7 ans, la journée mondiale des compétences des jeunes, sous le thème « Réimaginer les compétences des jeunes dans l’après-pandémie ». Pour rappel, en 2014, l’Assemblée générale des Nations Unies proclamait le 15 juillet Journée mondiale des compétences des jeunes afin de célébrer l’importance stratégique de la transmission aux jeunes des compétences nécessaires à l’emploi, à l’obtention d’un travail décent et à l’entrepreneuriat. Depuis lors, les manifestations de la Journée mondiale des compétences des jeunes ont fourni une occasion sans pareil de dialogue entre jeunes, institutions d’enseignement et de formation techniques et professionnels (EFTP), entreprises, organisations patronales et syndicales, décideurs et partenaires du développement. Le Cameroun ne peut dire être en marge de cette mouvance, il ne fait de doute pour personne que la transmission des compétences à la jeunesse est l’un des domaines où le Cameroun rivalise avec les nations les plus développées du monde, et il a même été démontré dans la durée que la crème intellectuelle camerounaise reste imbattable même à l’étranger, où les jeunes natifs du pays sont souvent sortis des grandes écoles majeurs de leurs différentes promotions, et à différentes époques.

Corona virus, occasion manquée

La journée mondiale des compétences des jeunes, parle de réimagination de ces compétences, autrement dit la pandémie  du coronavirus devait permettre aux pays de se réinventer, en s’appuyant notamment sur les compétences des jeunes. Certains pays ont compris, et ont d’ailleurs profité de cette pandémie pour conforter leur suprématie économique sur le monde. Et qu’en est-il du Cameroun. Il est difficile de répondre à la question, parce que jusqu’ici le Cameroun officiel, celui représenté par les gouvernants a démontré qu’il ne croyait pas en lui-même. Des centaines de gadgets sont utilisés pour la prévention et la lutte contre cette maladie, mais le Cameroun ne peut dire qu’à date un camerounais est l’inventeur ou le créateur d’un seul de ces éléments, adopté officiellement par le gouvernement et mis à la disposition des formations sanitaires, même le simple masque de protection. Au plus fort de la pandémie,  le ministre Dodo Ndoki des Mines et de l’industrie avait annoncé le 15 avril 2020 au cours d’une visite à Douala, que l’usine de la Cotonnière industrielle du Cameroun Cicam devaient produire 15 millions de masques de protection stérilisés en tissu par mois. Sur le champ, il promettait la disponibilité d’un stock de 5 millions dans les deux semaines qui suivaient. On avait alors espéré que la Cicam qui tire le diable par la queue depuis des années, puisse saisir l’occasion de ce nouveau marché pour se refaire une santé, et surtout permettre au Cameroun de pouvoir utiliser au moins sur ce segment, un produit typiquement camerounais. Mais on n’est pas allé plus loin que l’effet d’annonce. Au mois de mai 2020, les masques de protection occupaient une place importante dans les marchés de fournitures attribués d’urgence à des sociétés, et jusqu’à ce jour, les masques utilisés par les officiels et le personnel médical sont importés. Que sont devenus les masques produits par Cicam, seul le ministre pourrait répondre. Et si le Cameroun a été en incapacité de capitaliser ce qui est déjà acquis, que dire des diverses inventions des jeunes.

Voiture made in Cameroon

A l’occasion de la célébration de la journée africaine de la technologie et de la propriété intellectuelle le 13 septembre 2020, le directeur du développement technologique et de la propriété intellectuelle au ministère des Mines, Gaspard Eugène Bap Dom avait indiqué que 200 brevets d’invention avaient été mis à la disposition des chercheurs pour leur permettre de se perfectionner dans la production de médicaments. Il annonçait également que 28 millions 500 mille avaient été mis à la disposition des inventeurs des respirateurs artificiels pour leur permettre de passer de la production artisanale à la production industrielle. Mais là aussi, jusqu’ici, aucune information publique n’a été donnée, célébrant l’utilisation par une formation sanitaire d’un respirateur artificiel made in Cameroun, aucun médicament fabriqué localement ayant reçu l’un de ces 200 brevets,  n’est officiellement entré dans le protocole du traitement de la maladie. Au contraire, on a appris du rapport d’audit de la Chambre des Comptes de la Cour suprême, que des médicaments ont été achetés à l’étranger et conditionnés dans des emballages fait au Cameroun, en lieu et place des médicaments qui devaient être produits localement et qui avaient reçu des financements, et que ces médicaments n’avaient même jamais été mis à la disposition du ministère de la santé pour être dispatchés dans les formations sanitaires.

Les dirigeants camerounais, intelligents  qu’ils sont, devraient résolument se poser la question de savoir si au quotidien ils mettent leur intelligence au service du bien ou du mal. Les compétences des jeunes existent au Cameroun, ils ne demandent qu’à être encadrés comme cela se fait dans d’autres pays, et le Cameroun sera moins dépendant de l’extérieur, même pour le masque de protection.

Vision aveugle

Pourquoi avec autant de compétences, le Cameroun n’arrive pas à s’affirmer dans le domaine des inventions et de la création, est-on en droit de se demander. La réponse se trouve simplement dans l’absence de volonté politique, et surtout dans l’attitude des gouvernants qui à l’occasion de cette pandémie se sont encore illustrés comme des anti-modèles, si l’on s’en tient au rapport d’audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême. Que d’encourager et accompagner la jeunesse à faire usage des compétences dont elle dispose, les dirigeants se sont appesanti à distraire les fonds dans les tours de passe-passe où s’entremêlaient marchés fictifs, double paiements, surfacturations, délits d’initiés, prise d’intérêts et autre, tout cela chiffré à des milliards. Pour encourager les jeunes inventeurs locaux dans la production des respirateurs artificiels, le directeur du développement du ministère des mines parlaient de la modique somme de 28 millions mis à disposition, alors que des milliards de francs Cfa étaient dilapidés dans la construction des unités d’isolement dans les stades, qui n’ont jamais reçu un seul malade.

Les dirigeants camerounais sont pourtant loin d’être des analphabètes, ils sont des férus d’universités et autres grandes académies d’études, et en mesure de faire le minimum pour que les choses soient autrement. Mais dans son ouvrage intitulé Pantagruel, le philosophe Rabelais disait «  La sagesse ne peut pas entrer dans un esprit méchant, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Cette pensée a été considérée comme l’amorce de la bioéthique, cette discipline cherchant à réconcilier les capacités scientifiques et leur acceptabilité morale. Les dirigeants camerounais, intelligents  qu’ils sont, devraient résolument se poser la question de savoir si au quotidien ils mettent leur intelligence au service du bien ou du mal. Les compétences des jeunes existent au Cameroun, ils ne demandent qu’à être encadrés comme cela se fait dans d’autres pays, et le Cameroun sera moins dépendant de l’extérieur, même pour le masque de protection.

Roland TSAPI

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