Crise anglophone : le dialogue demeure la solution vitale

Il y avait à peine un an que la crise anglophone avait pris une tournure meurtrière quand cet avertissement était donné. Les cris des sirènes les plus sincères, objectives et préventives indiquaient qu’une nation ne pouvait efficacement prendre les armes contre son propre peuple. Ces cris sont tombés dans des oreilles qui, 6 ans après, s’efforcent toujours d’être sourdes, malgré le sang qui coule et les familles qui voient leurs espoirs brisés par la perte d’un membre, tombé au front ou victime collatérale. L’artiste sénégalais Youssou Ndour a sorti en 2000, une chanson intitulée « My Hope is in you », dans laquelle il demande aux enfants soldats engagés dans les guerres civiles un peu partout en Afrique de rendre les armes et aller à l’école. « Drop your gun and go to school ». On pourrait paraphraser cette phrase en s’adressant au gouvernement camerounais en ces termes « drop you gun, and talk with your people », baisse les armes, et parle avec ton peuple

Crise anglophone : toujours en suspens !

Tous ces éléments historiques, fondait le pouvoir de Yaoundé à ne pas permettre qu’une étincelle éclate dans ces zones, pour éviter l’embrasement. Mais une simple manifestation de rue a été réprimée dans la violence. Comment un père de famille peut-il risquer de rabrouer un enfant qui demande à lui parler, alors que ce dernier a déjà manifesté la volonté de quitter la maison ? C’est simplement pour lui donner l’occasion de partir une fois pour toute, convaincu que le sentiment de rejet qu’il soupçonne depuis longtemps est réel. Le problème anglophone a existé, et existe toujours. La solution n’est pas encore trouvée. Autant le dire, encore et toujours, tant que le sang coule…

Education : la pépinière infectée

Et les enfants élèves, en bas de l’échelle, ne prennent que ce qui arrive à leur niveau, en l’absence de surveillance et de censure des chansons et des rythmes obscènes, du reste promues par les médias audio visuels, avec une grande majorité proposée par des bouquets de diffusions aux contenus occidentaux complètement inadaptés aux mœurs et cultures locales. Ailleurs on anticipe sur le modèle de société qu’on va avoir dans 20 ou 30 ans et on adapte le contenu de l’éducation en fonction. La société de demain se construit aujourd’hui.

Guerre en Ukraine : sauver l’Afrique de la famine

« Le bien-fondé de ce sommet tient à l’urgence alimentaire, elle-même nourrie par un environnement inflationniste propice à l’apparition de tensions sociales et politiques. La rencontre, qui pourrait se tenir en terre africaine – pour en ajouter à la symbolique –, aurait pour objectif de définir les mesures d’accompagnement des pays africains en vue d’une sortie de crise à court terme et, d’un autre côté, d’engager la réflexion sur une organisation efficace des politiques agricoles, incluant la modernisation du secteur et la promotion de l’agro-industrie et des produits locaux. » Il était temps qu’on y pense, pourrait-on dire, même s’il faut une fois de plus regretter que plus de 60 ans après les indépendances, le Continent soit encore et toujours obligé de se tourner vers l’ancien maître pour des solutions à ses problèmes. Comme un enfant qui refuse de grandir. Le Continent est à l’image d’un malade sur le lit d’hôpital, conscient de l’origine de sa maladie, et qui supplie tous les médecins pour qu’ils le sortent de là tout en promettant de tout faire pour ne plus attraper la maladie. C’est tout le mal qu’on lui souhaite !

Figure : Isaac Tchoumba Ngouankeu et le livre subversif

Au-delà du Cameroun, Isaac Tchoumba Ngouankeu croyait également à l’Afrique. Alors qu’il était président de la section Camerounaise de la Conférence Panafricaine des peuples Africains, il a participé en tant à la réunion d’Accra au Ghana le 29 avril 1961, à l’issue de laquelle le document de la création de l’Organisation des Etats de l’Afrique a été signé par Modibo Keita, Kwame Nkrumah et Sékou Touré. Il meurt le 17 février 2009 à l’âge de 91 ans, avec son rêve de voir un Cameroun libre, indépendant et prospère, et au-delà, une Afrique debout.

Justice : instrument politique

Les cas cités ci-dessus confirment le caractère aveugle de la justice, ou de son revers qui est l’injustice. Ces Camerounais détenus sont victimes de ce que leurs avocats appellent l’arbitraire, ou de l’acharnement politique, sans distinction de parti politique. Pour les militants du Mrc, il ne fait aucun doute qu’ils payent le pris de leur appartenance à une opposition qui conteste le pouvoir en place, et pour les militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais parti au pouvoir, il leur serait reproché à tort ou à raison, sans le dire à haute voix, des ambitions politiques. La justice serait alors devenue le bras séculier du régime pour mettre à mal toute velléité de contestation, ou volonté de prise de pouvoir.

Cameroun : la dignité de l’Etat en péril

Le président de la république s’imagine-t-il son représentant dans un département, en train d’utiliser son titre pour de telles demandes ? Peut-être le préfet du Wouri ne fait plus la différence entre la personnalité publique qui est l’autorité administrative, représentant du chef de l’Etat, et l’individu qui a perdu sa génitrice ? L’expression « l’Etat c’est moi » est plus que réelle au Cameroun dans ce cas de figure.

Les pages de l’histoire : Cameroun, de Ahidjo à… Biya

Ahidjo avec ces regrets essayait également une tentative de déni de ses responsabilités quant à la présence de son successeur au pouvoir, mais sans rien changer au fond. Que ce soit le premier ou le deuxième président du Cameroun, le peuple ne les ont jamais choisis, normal que la base et le sommet évoluent dans deux mondes différents, avec l’illusion d’être dans un même pays.

Figure : Pierre Kamdem Ninyim, le chef insoumis

D’après le témoignage de Paul Audat, un conseiller français du gouvernement camerounais à l’époque, « Kamdem Ninyim était un assassin, un voyou choisi à l’origine par Aujoulat et qui jouait un double jeu. En 1963, Ninyim était venu me voir à mon bureau, quand la police le recherchait. Je lui ai donné rendez-vous au même endroit le lendemain et c’est là que la police l’a arrêté. Il a été jugé, placé en résidence surveillée et exécuté.» Son vrai crime était donc qu’il était un chef insoumis, qui n’a pas livré ses populations quand l’administration réclamait leurs têtes. Pierre Kamdem Ninyim, 13 eme chef des Baham a ainsi été exécuté par le pouvoir néocolonial le 3 janvier 1964 à Bafoussam, sur la place publique, devant une foule estimée à 40 000 personnes sommées par les autorités d’assister au supplice. De quoi terroriser les populations dans leurs subconscients et les maintenir dans la peur.