Catastrophes et sinistres : quand le Minat court après les événements (1)

C’est toujours en sapeur-pompier, en plus en retard, que le gouvernement camerounais arrive sur les lieux des sinistres au Cameroun, juste pour constater les dégâts

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des sacs de riz, après l’inondation

Le ministre camerounais de l’Administration territoriale Paul Atanga Nji  s’est rendu le vendredi 18 octobre dans la région de l’Extrême Nord, pour réconforter plus de 100 000 personnes sinistrées par les inondations dans les localités de Kaïkaï dans le Mayo Danaï, et Zina dans le Logone et Chari. Ces inondations qui sont les plus féroces depuis 2012 ont causé d’après les premières estimations  la destruction de plus de 500 habitations. Après  une évaluation des dégâts, Le ministre a promis aux victimes, une assistance de 150 millions de Fcfa au nom du Chef de l’Etat. Ce chef de l’Etat qui en 2012, rendant visite dans la même région suite à une autre inondation qui avait fait une quinzaine de morts, avait annoncé la construction d’une digue de 330 kilomètres pour solutionner et anticiper cette catastrophe naturelle. La  promesse tient toujours, puisqu’elle n’est pas encore réalisée 7 ans après.

Un jour plutôt, le 17 octobre 2019, le même ministre était dans la ville de Sangmélima, secouée pendant deux jours une semaine auparavant par des jeunes en furie qui s’en étaient pris aux commerces d’autres Camerounais dont le crime était de ne pas être nés dans cette région. D’après le journal en ligne agencecamerounpresse, « Pour mieux illustrer la politique de paix et de cohésion sociale, le ministre s’est rendu à la station-service avec des motos-taximen originaires du Noun et ceux de Sangmélima, a fait remplir et parader leurs motards avec les mots « Nous sommes ensemble » imprimés sur les flyers. »

Le ministre des sinistres

Il faut dire en effet que sur le terrain des sinistres et des catastrophes, le ministre Atanga Nji se sent dans son élément comme un poisson dans l’eau. Il s’est en effet illustré depuis son entrée au gouvernement le 2 mars 2018 essentiellement par sa présence, prompte ou différée, sur les lieux des crimes, humains ou naturels. De manière chronologique, sans être exhaustif, on le voit déjà à Maroua  le 24 août 2018.Au nom du couple présidentiel, il remet aux sinistrés de  Gakcle et Katoual un don constitué des effets de couchage, de denrées alimentaires et d’enveloppe d’argent à 187 familles au total.

Le  26 décembre 2018 il est à Bangourain, département du Noun, région de l’Ouest, allé apporter le soutien du gouvernement aux populations locales, victimes d’une attaque attribuée aux séparatistes quatre jours plus tôt. Le bilan de l’incursion faisait état d’un mort, plusieurs blessés et près de 80 maisons incendiées, et le ministre « bienfaiteur », au nom du chef de l’Etat, avait promis des denrées alimentaires et sanitaires, des matériels de reconstruction constitués de tôles, ciments et autres matelas. Le 28 février 2019, ce sont les ruines du marché Congo à Douala qui l’accueille.Quatre jours plus tôt, un incendie avait  pour la énième fois ravagé plus de 150 boutiques. Atanga Nji est venu sur les lieux  s’enquérir de la situation et surtout adresser la vive compassion du gouvernement, à laquelle le président Paul Biya avait eu la magnanimité d’associer une enveloppe de 32 millions 500 mille FCFA pour les victimes. Les commerçants recensés recevront chacun 200 000 milles francs.

les cendres du marché Congo à Douala

Le 7 mars 2019,le Minat, qu’accompagnaient les autorités administratives, municipales et sécuritaires du Mfoundi effectue une visite au marché Elig-Edzoa. Trois jours auparavant, dans la nuit de dimanche 3 mars à lundi 4 mars, un incendie d’une rare violence, s’était déclenché dans cet espace marchand, et les flammes avaient englouti près de 200 boutiques. La délégation que conduisait Atanga Nji voulait signifier le soutien du chef de l’Etat Paul Biya, et a  aussi annoncé une concertation gouvernementale sur le problème des incendies des marchés.

Et des aides humanitaires

Le 27 août 2019, il préside à  Bafoussamau nom du Chef de l’Etat, une cérémonie de remise du matériel de couchage et des denrées de première nécessité à 700 familles, présentées comme des déplacées de la crise anglophone. 3000 personnes en  tout ont bénéficié de 700 matelas et 1400 couvertures. D’après le quotidien gouvernemental Cameroun Tribune, cette cérémonie rentrait dans le cadre de la caravane du Plan d’assistance humanitaire décidée par le chef de l’Etat en direction des victimes de la crise anglophone. Après Bafoussam, le Minat a continué le même jour à Dschang, pour les mêmes raisons.

Le 18 septembre 2019, il est de retour à Bafoussam avec cette fois près de 2000 matelas, 3000 couvertures et des denrées alimentaires, de quoi soutenir 4000 familles. Il ne manqua pas de rappeler qu’il était déjà là il y trois semaines et avait apporté du soutien  à près de 6000 familles. Et précisa que cela était la preuve que le gouvernement a les moyens de sa politique. «Même si nous avons de très bonnes relations avec nos partenaires, le chef de l’État a voulu passer un message selon lequel il n’y a pas de crise humanitaire au Cameroun et que le gouvernement a mis en place un vaste programme capable de s’occuper des réfugiés et des personnes déplacées internes », disait-il . Il faut rappeler qu’il répondait ainsi au Conseil de sécurité de l’Onu qui au cours d’une réunion informelle le 13 septembre 2019, avait constaté que le Cameroun, avaient urgemment besoin d’une intervention humanitaire pour venir en aide aux déplacés de la crise anglophone. Le lendemain  19 septembre 2019,il a bravé les coups de feu des séparatistes pour se rendre à Bamenda, même comme ce climat d’insécurité l’a finalement contraint à tenir ses réunions à huis clos et procéder à la distribution des dons plutôt dans le bureau du gouverneur de la région.

Course après les évènements

Ce qui est constant dans ces descentes sur le terrain, c’est que le ministre de l’administration territoriale est chaque fois en train de courir après les événements. Ce sont les faits qui le contrôlent et lui imposent un calendrier, et non le contraire. De là à se demander si le rôle d’un gouvernement c’est d’anticiper sur les événements ou de les subir ? Pourquoi le Ministre de l’administration territoriale, ailleurs appelé le ministre de l’intérieur donc supposé avoir une longueur d’avance sur les informations, et qui a au sein de son administration toute une direction de la protection civile, vient toujours pour constater les dégâts et tenter un hasardeux replâtrage ?

A cette question, nous tenterons d’apporter une ou des réponses dans notre prochain éditorial.

(A suivre)

Roland TSAPI

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