Catastrophe : Bafoussam, l’autre négligence

L’effondrement du sol qui a engloutis 11 maison et fais 43 morts et 11 disparus selon le bilan provisoire, n’est qu’une résultante d’une série de négligences….pour des vies humaines en moins.

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Bafoussam de mes larmes, Bafoussam de mes pleurs, de mes regrets, de mes douleurs…La capitale des hautes montagnes de l’Ouest est devenue la capitale des pleurs, des cris, de l’émoi, c’était au petit matin du 29 octobre 2019. Le ciel s’était presque déchainé, et il tombait de la pluie sur cette ville, encore et encore. Au point où le sol, avec plus d’eau qu’il n’en demandait, s’est mis à se désagréger, à perdre de sa solidité et s’est affaissé  dans les abîmes avec les maisons qu’il portait, avec des hommes, femmes et enfants qui avait sans doute fait une prière avant de se coucher, sans se douter que c’était la dernière.

Depuis 22 heures dans la nuit du 28 octobre, le drame a commencé à se signaler, et lentement mais sûrement, les maisons se sont écroulées une à une, avec fracas parfois, avec douceur quelque fois, avec assiduité toujours. A ce moment là tout le monde dormait, au propre comme au figuré. Le père, la mère, les enfants. Et dans la nuit noire, la terre a enseveli bon nombre, finalement parti sans dire au revoir. Ils sont nombreux ces élèves qui ne se sont pas présenté à l’école le lendemain, et ils ne reviendront plus. Le rendez-vous pris chez le médecin par un malade ne sera plus honoré, le commerçant du marché A, du marché B ou de la gare routière n’est pas revenu exposer sa marchandise, la femme rurale n’ira plus au champ le matin alors qu’elle avait apprêté son sac pour être à la gare routière de Foumbot dès 5h.

Site du drame. Des maisons sont ensevelies ici

Combien sont-ils au total, on ne le sait pas encore, on ne le saura presque jamais. Dans la journée, la douleur n’a cessé de monter, au fur et à mesure que la terre voulait bien montrer un cadavre, des voisins et volontaires se sont armés de courage pour les sortir de là, d’autres les comptaient. 10, 15, 30, 42, et on va continuer. D’où venaient-ils, du Cameroun tout court, de tous les coins du pays. Des témoignages font état de ce qu’il y même des camerounais qui ont fui la guerre dans la région du Nord-Ouest, pour venir mourir ici, décidément.

Des images qui choquent

Sur les lieux du drame, les images nous parlent, nous interpellent. Le site situé dans l’arrondissement de Bafoussam 3eme, répertorié comme le bloc 6 du quartier Ngouaché, n’est pourtant pas desservie. L’accès est difficile, quelques tronc d’arbres rongés avec le temps, mal reliés entre eux servent d’un pont de fortune pour y arriver par endroits, les engins lourds n’ont pu y arriver pour essayer de fouiller les décombres, que parce qu’ils sont fait pour trouver leur chemin partout. Il y a surtout cette image d’un homme portant à mains nues le corps d’un enfant sorti des décombres, une image qui démontre la solidarité en pareil cas, quand chacun doit mettre du sien pour sauver ce qui peut encore l’être, même s’il s’agit juste de trouver le cadavre. Une image aussi, qui met à nu les conditions pitoyables dans lesquelles un secours peut être organisé

Pleurs

Bafoussam pleure, le Cameroun pleure, le monde entier pleure. Pleurs pas seulement pour tous ces disparus, pleurs surtout parce ce qu’ils étaient absents pendant que cela arrivaient. Oui, le drame n’est pas arrivé dans la nuit du 28 au 29 octobre, il a juste montré sa vraie face. Oui, ce drame est arrivé depuis le jour où la première maison a été érigée dans ce bas fond de colline, où des riverains témoignent que c’était auparavant un champ de raphia, donc une zone inhabitable, et classée comme telle. Ce drame est arrivé aussi, et surtout depuis le jour où les populations, pour des raisons qui ne sont pas valables devant la mort, ont décidé de s’installer dans une zone sans prendre aucune précaution, en se disant comme on le dit tous les jours, on va faire comment, on se débrouille. Ce drame est arrivé le jour où un fonctionnaire du cadastre a donné un titre foncier sur cet endroit, le jour où la mairie a fermé les yeux sur des constructions sans permis de bâtir, sans veiller au moins à la sécurisation du sol.

Ce drame est arrivé depuis le jour où les autorités de la ville, de la région, du pays ont refusé de jouer leur rôle qui est de veiller à la sécurité des biens et des personnes, parce qu’aucune d’elles ne pourra soutenir que ces habitations aujourd’hui ensevelies étaient en sécurité depuis le jour où elles ont été érigées. Ce drame est arrivé depuis le jour où la protection civile a cessé de jouer son rôle d’étude des zones à risque, de prévention et de prise des mesure pour anticiper sur les catastrophes, depuis le jour où les services compétents ont refusé de mette sur pied un dispositif de secours adéquat pour intervenir en temps réel.

Bal de vautours

Ce drame du 28 octobre est arrivé, pour résumer, le jour où l’Etat dans son ensemble a démissionné. Tous étaient absents quand tout cela a commencé, quand les signaux se faisaient voir tous les jours qui passaient, et se montraient rouges. A ce sujet, Gouaché n’est qu’un grain de sable dans la mer, dans la ville de Douala bon nombre de zones prennent seulement du temps, à Yaoundé, Limbé et autres, le danger est permanent sur plusieurs sites d’habitations. Mais ils sont tous absents au moment où il faut empêcher cela, pour accourir par la suite comme des vautours qui se réunissent autour d’un cadavre, pas pour pleurer, mais pour dépecer et en tirer profit, pour montrer combien de fois on est compatissant et généreux.

Le ministre de la Décentralisation et du développement local Obam Elangua Obam par coïncidence en séjour dans la région au moment du drame, a été le premier à se rendre sur les lieux, et a promis une enveloppe de 25 millions de francs Cfa. Donc il y avait de l’argent, et pourtant les maires se plaignent toute l’année de ne pas avoir de quoi boucher ne serait-ce qu’un nid de poule sur une route. Le ministre de l’habitat et du développement urbain Célestine Ketcha Courtes  est arrivée par la suite, avec l’incontournable ministre de l’Administration territorial  en pareilles circonstances, Paul Atanga Nji.

Les deux rencontreront dans la journée du 30 octobre les riverains rescapés, pour discuter avec eux « des voies et moyens pour faire respecter les prescriptions d’urbanisme, et les règles de construction édictées dans cette zone par le plan directeur de la ville de Bafoussam et le plan d’occupation des sols de Bafoussam 3. » Il fallait que 42 morts soient engloutis pour qu’on y pense. Le président de la république lui, a adressé ses condoléances aux familles éprouvés et souhaité du courage aux blessés, à travers une lettre envoyée au gouverneur de la région de l’Ouest. D’autres actes de solidarité des membres du gouvernement et des élites politiques et économiques suivront sans doute, mais ne ressusciteront aucun mort.

Et pour ces compatriotes qui ont perdu la vie parce que tous étaient absents, nos cœurs resteront à jamais mouillés. Mais à tous ceux qui sont activement ou passivement complices des pertes en vies humaines partout dans le pays, à ceux-là qui se gargarisent de la mort des autres, les comptes leur seront demandés un jour ou l’autre, ici-bas ou là-haut

Roland TSAPI

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