Carnage de Kumba : une manifestation du monstre

Le Cameroun n’aurait-il pas fabriqué un monstre. Tout porte désormais à le croire, tant il se manifeste à volonté quand l’on s’y attend le moins, et difficile à le cerner

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Kumba, le 24 octobre. Quelques minutes avant la mi-journée, une école a été attaquée par un groupe armé arrivé, sur des motos. Les élèves étaient particulièrement ciblés, et contrairement au mode opératoire de kidnapping observé par le passé, les assaillants ont choisi de vider les chargeurs de leurs armes sur les enfants, tuant 6 élèves, maculant de leur sang les tables bancs et les murs. Les enfants venus chercher le savoir, ont trouvé la mort, innocemment de manière barbare, comme si les bourreaux leur réclamaient quelque chose. L’acte est qualifiable, si oui de monstrueux, c’est-à-dire qui suscite l’horreur par sa cruauté, sa perversité, le vice, le cynisme, la méchanceté en somme. Et ce qui est arrivé à Kumba hier n’est pas un cas isolé, en effet depuis le déclenchement de la phase armée de la crise anglophone, il y a déjà eu plusieurs cas de massacre planifiés, au cours desquelles des vies humaines ont été perdues dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Aussi douloureux que cela puisse être, on ne peut s’empêcher de rappeler d’autres actes odieux commis par des personnes non identifiés dans cette zone anglophone, sous la couverture de la lutte pour l’autonomie de la zone.

Bis répétita

12 août 2018, Esoh Itoh, un chef coutumier de la commune d’Ekondo Titi, dans la région du Sud-Ouest, est tué en plein culte, dans une paroisse locale. Le reproche fait à l’homme était qu’il était du parti au pouvoir.

20 mai 2019, à Muyuka, un bébé de 4 mois est froidement assassiné. Les auteurs n’ont jamais été identifiés, mais le forfait est attribué aux groupes séparatistes. Ce jour-là il y avait échange de coups de feu dans la ville, mais l’image ne laissait pas croire que le bébé avait été tué par une balle accidentelle, mais par une main criminelle qui y avait mis de la monstruosité. Sa mère Martha s’en est simplement remise à Dieu.

16 septembre 2019, une fille de 28 ans est enterrée vivante à Batibo, dans la région du Nord-Ouest. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, l’on entendait des voix d’homme en pidgin, la menacer

29 septembre 2019 : Florence Ayafor, gardienne de prison à Bamenda, alors qu’elle revenait d’une cérémonie, est enlevée. Les réseaux sociaux sont alimentés quelques temps après par une vidéo de film d’horreur. On pouvait y voir son corps traîné sur des centaines de mètres et les hommes en train de la décapiter vivante.

10 mai 2020, Ashu Prisley Ojong, 35 ans, maire de la ville de Mamfe, dans la région du Sud-ouest, est  abattu dans l’attaque de son convoi. Selon ses proches, Ashu Prisley Ojong était en route pour une rencontre avec un groupe  de séparatistes désireux de déposer les armes, et n’était accompagné que d’une escorte légère de deux militaires et de son chauffeur

13 août 2020 à Muyuka, Comfort Tumassang, une jeune femme de 32 ans est assassinée de façon ignoble, également filmée. La vidéo a également été publiée sur les réseaux sociaux montre la pauvre femme, les mains liées derrière le dos,  battue par plusieurs jeunes hommes, qui par la suite lui tranchent la gorge avec une machette avant de jeter son corps au milieu de la route.  

1er septembre 2020, un policier est froidement assassiné à Bamenda. Prenant sa revanche, ses collègues ouvrent le feu dans la ville ou règne pendant 48 heures la peur.

A ces atrocités attribuées aux groupes séparatistes, on peut ajouter d’autre dont le gouvernement a reconnu être l’auteur.  Le 25 mai 2018, 20 personnes ont perdu la vie au cours d’une attaque à Menka Pinying, dans l’arrondissement de Santa, à environs 20 km de la ville de Bamenda. Ce matin-là, les forces armées ont pris d’assaut un petit hôtel appelé Star Hotel, où ils soupçonnaient la présence des groupes séparatistes qui auraient logé là-bas pour préparer une attaque. Les victimes en majorité des hommes, comptaient parmi elles une jeune fille de 18 ans. Le 14 février 2020, c’était le massacre de Ngarbuh, un quartier de à Ntumbaw, dans la région du Nord-Ouest, au Cameroun. Une enquête ouverte par le gouvernement est arrivé à la conclusion selon laquelle 18 personnes ont péri dabs cette attaque de l’armée camerounaise, soit 5 terroristes, 3 femmes et 10 enfants.

La manifestation du monstre

Le monde entier continue de se poser la question de savoir comment cela est possible, comment les hommes peuvent arriver à une telle barbarie et cruauté dans les actes. Aujourd’hui le Cameroun vit avec un véritable monstre dans la maison, odieux et horrible, auteur des actes inqualifiables, qui sème la terreur à tout va. Mais comment est-il né, de quoi vit-il ? Autant de questions qui doivent être posées aujourd’hui. Dans une lettre ouverte au camerounais datant de 1986, le feu Alexandre Biyidi, de son nom d’écrivain Mongo Beti, écrivait : « la province anglophone est désormais, au moins virtuellement, en état de sécession. Une tension quasi irréversible monte peu à peu entre cette province et l’Etat Biya, avec son appareil répressif et ses conseillers franco catholiques suicidaires, et elle risque de déboucher sur un bain de sang. » Et il n’est pas le seul à avoir tiré la sonnette d’alarme sur l’avènement de cette crise, au regard de la conduite de la politique dans le Cameroun en général, dont les méfaits étaient ressentis deux fois plus dans les régions anglophone du fait du sentiment de marginalisation qui les habitait déjà. C’est dire que ce monstre dans la maison, beaucoup l’ont vu il y a longtemps, et l’ont dit.

Les images horribles qui viennent des deux régions anglophones du Cameroun sont horribles, et aucune âme ne peut rester insensible. Le sang continue de couler, tout comme les larmes. Et jusqu’à quand, la question reste toujours posée il est donc plus que temps, que chacun mette du sien pour que ce montre soit exorcisé  

Roland TSAPI

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