Can 2022 : le saupoudrage des villes

Comme une fiancée qui attend son élu du cœur, les villes camerounaise hôtes de la Can de janvier 2022 font le ménage. Mais il ne s’agit qu’un nettoyage de surface, les textes d’urbanisations étant enterrés dans les tiroirs

Accueillir la Coupe d’Afrique des nations au Cameroun en janvier 2022,  est le prétexte désormais avancé par le gouvernement, à travers tous ses démembrements locaux pour faire la toilette des villes. A Douala, Yaoundé et Bafoussam, les maires des villes, les gouverneurs des régions concernées ne parlent que de l’organisation de la compétition, qui doit être une réussite. Le 1er novembre 2021, le maire de la ville de Yaoundé, Luc Atangana Messi signait à cet effet un communiqué à l’attention des habitants de la ville de occupant les immeubles bâtis attenants à tous  les axes routiers, leur demandant de peindre en couleur jaune ocre ou blanche leurs bâtiments, immeubles et clôtures avant le 30 novembre 2021. Ils devront également procéder au désherbage systématique de leurs alentours, en même temps qu’ils devaient se rappeler que le séchage du linge est interdit sur les balcons des immeubles et des maisons. Quelques mois auparavant, s’exprimant sur les antennes de la radio nationale le 10 août 2021, le maire de la ville de Yaoundé avait même expliqué qu’il comptait aller plus loin dans l’assainissement, avec « le retrait progressif de la circulation des taxis et des véhicules des particuliers présentant un mauvais aspect physique ; l’aménagement et la réhabilitation des trottoirs des grands axes ; le bouchage des nids-de-poule. » Il était aussi annoncé l’enlèvement dans les rues des malades mentaux qui devront être conduits au Centre Jamot pour être pris en charge par le centre de psychiatrie.

des hangars des commerçants brûlés au marché Bonamoussadi Douala (Novembre 2021)

« On ne nourrit pas la poule le jour du marché », disent souvent les parents à leurs enfants qui ont passé du temps à jouer et à la veille de l’examen donnent l’impression qu’ils apprennent trop leurs leçons. Les parents relèvent ainsi un fait devenu une habitude : en réalité l’enfant n’est en ce moment pas en train d’apprendre des leçons comme devant faire partie des éléments qui doivent façonner sa personnalité et lui permettre de s’intégrer dans la vie plus tard, il est en train d’apprendre à réciter quelques cours pour les répéter mécaniquement sur du papier le jours de l’examen. L’objectif étant de passer l’examen, d’avoir le diplôme. La substance même du diplôme ne l’intéresse pas tant, tout ce qu’il compte c’est d’être parmi les admis à la fin et ne pas avoir à subir les reproches des parents ou la honte des camarades de classe. C’est ce qu’on appelle faire impression. On en est là avec les villes camerounaises aujourd’hui.

Les plans d’urbanisation existent

Dans la multitude des textes qui existent au Cameroun dans le domaine de l’aménagement des villes, il y a  loi n° 2004/003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun. Au regard de l’anarchie avec laquelle les villes s’étaient développées malgré l’existence des schémas directeurs d’aménagement urbain de 1982 et d’autres textes antérieurs, cette loi de 2004 parlait de la restructuration et de la rénovation des villes, définies à l’article 53 : « (1-) La restructuration urbaine est un ensemble d’actions d’aménagement sur des espaces bâtis de manière anarchique, dégradés ou réalisées en secteur ancien, destinées à l’intégration d’équipements déterminés ou à l’amélioration du tissu urbain des agglomérations. (2) La rénovation urbaine est un ensemble de mesures et opérations d’aménagement qui consiste en la démolition totale ou partielle d’un secteur urbain insalubre, défectueux ou inadapté, en vue d’y implanter des constructions nouvelles. Article 54 : « La restructuration et la rénovation urbaine ont pour objet: – L’amélioration des conditions de vie et de sécurité des populations au regard: de la situation foncière; de l’état des constructions; des accès aux habitations; des espaces verts; de l’environnement; des voiries et réseaux divers – Le renforcement de la fonctionnalité du périmètre considéré, au regard : De la vie économique; Des équipements collectifs d’ordre social et culturel »

A l’Assemblée nationale, les députés ont voté quelques lois à ce sujet, juste pour donner un sens à leur existence. Il est évident qu’après le saupoudrage exigé par les maires des villes, le problème des villes camerounaises ressurgira de plus belle au lendemain de la Can. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que les gestionnaires du pouvoir et des villes camerounaises, comprennent que la beauté d’une ville ne se résume pas au rafraîchissement de la peinture sur un mur la veille de noël ou aux casses de quelques kiosques occupants des trottoirs, elle est assise sur la planification contenue dans les textes, et dont la mise en application ne se fait pas en pensant à son ventre et aux prochaines élections, mais en pensant à la prochaine génération.

A cette loi s’est ajouté le Plan directeur d’urbanisme de 2008 pour a ville de Yaoundé, qui projetait une capitale politique ultra moderne en 2020, c’est-à-dire il y a un an déjà, et qui contient entre autres le schéma directeur de déplacement urbain et un plan local de l’environnement, dont la simple mise en application absorbe automatiquement tous les problèmes soulevés à la veille de 2022. 17 ans après l’adoption et la promulgation de la loi de 2004, 13 après l’adoption du Plan directeur d’urbanisme de la ville de Yaoundé, le maire en est encore à demander aux habitants de faire du saupoudrage pour le paraître. Plus explicite encore sur le laxisme systémique du pouvoir  à mettre en application les textes pour résoudre les problèmes dans la durée, ce sont ces premières lignes du préambule de ce Plan directeur 2008: « Le projet de Plan Directeur d’Urbanisme 2020 et le Projet de Ville 2010 résultent d’une démarche pragmatique qui a débuté par l’organisation à l’Hôtel de Ville de Yaoundé en 2001 d’une réunion d’information sur le lancement de l’actualisation du Schéma directeur d’aménagement urbain de 1982, en présence des autorités civiles et politiques. » On comprend donc que les différents textes et documents sur l’urbanisme au Cameroun, ne sont en réalité que des variants d’un schéma directeur d’aménagement des villes, qui existe depuis 1982, l’un des derniers documents de planification que l’ancien président de la République Ahmadou Ahidjo a laissé à son prédécesseur. Il y a 39 ans jour pour jour. Au fil des années on a tenu des séminaires d’imprégnation ou d’amélioration, émargé des perdiems et fait des rapports pour remplir les tiroirs. A l’Assemblée nationale, les députés ont voté quelques lois à ce sujet, juste pour donner un sens à leur existence. Il est évident qu’après le saupoudrage exigé par les maires des villes, le problème des villes camerounaises ressurgira de plus belle au lendemain de la Can. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que les gestionnaires du pouvoir et des villes camerounaises, comprennent que la beauté d’une ville ne se résume pas au rafraîchissement de la peinture sur un mur la veille de noël ou aux casses de quelques kiosques occupants des trottoirs, elle est assise sur la planification contenue dans les textes, et dont la mise en application ne se fait pas en pensant à son ventre et aux prochaines élections, mais en pensant à la prochaine génération.

Roland TSAPI 

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