Can 2021 : les exigences de développement

Le Cameroun s’en sort avec le visage relooké par endroit, mais le défi reste ce en adviendra après  

Bafoussam au rythme de la Can 2021

Pour la deuxième fois de son histoire, le Cameroun organise et accueille la coupe d’Afrique des Nations de football. Pour la première, c’était la 8eme édition organisée en 1972, avec 8 équipes à l’époque. La compétition s’était déroulée dans les deux stades omnisport nouvellement construits à Douala et à Yaoundé. Celui de Yaoundé prendra plus tard le nom de stade Ahmadou Ahidjo, alors que celui de Douala prendra le nom de baptême de stade de la Réunification. Que cette première édition ait pu se dérouler à date fut un exploit pour le Cameroun. En effet, après la 7eme édition au Soudan, il fallait désigner le pays qui devrait organiser la prochaine. D’après des témoignages, à cette époque, le mode de choix du pays hôte était encore simplifié, le sport était encore une fête qui permettait aux pays de communier et renforcer les liens, il n’était pas encore embrigadé par les lobbies économiques qui de nos jours imposent des conditions drastiques et soumettent des candidatures à un examen sérieux. C’est ainsi que lors de la réunion de fin de compétition en 1970, la Caf demanda aux pays les volontaires pour l’organisation de la 8eme édition en 1972. Le représentant du Cameroun à la réunion proposa son pays, ce qui fut adopté. Le président Ahidjo, sceptique au départ à cause du défaut des infrastructures, se résolu finalement à se consacrer à l’essentiel, les stades. Les deux chantiers furent lancés la même année. Un an plus tard, le stade de Douala était testé lors d’un match amical Togo-Cameroun, et la compétition put se dérouler l’année suivante. Les deux stades n’étaient peut-être pas au niveau d’achèvement le plus complet, mais le Cameroun venait de se doter de ses premières infrastructures sportives de niveau international, grâce à la coupe d’Afrique des Nations. Deux ans avant, la construction de ces infrastructures n’était pas une priorité du gouvernement.

Et le Cameroun s’y est mis. Avec au final un changement de visage observé, que ne boudent pas les populations dans l’ensemble. Dans la ville de Bafoussam par exemple qui s’est retrouvée littéralement transformée, des voies de contournement et de desserte de la ville, prévues depuis des années dans les plans d’aménagement, mais qui avaient été abandonné​e​s, ont été ressuscitées et mises en exécution. Pour les habitants de la ville, ce qui se passe dans les stades n’est plus qu’accessoire, ils tiennent déjà leur Can, ne serait-ce qu’au niveau de l’amélioration des routes urbaines et périphériques.

Remake

50 ans après, on peut dire que l’histoire s’est répété. L’attribution de l’organisation de la coupe d’Afrique des nations au Cameroun depuis 2014, aura été un booster de développement. Depuis 1970, les exigences de la Confédération africaine de football, désormais sous des contraintes marketing, ont été revues à la hausse. Il ne suffit plus d’avoir deux cuvettes avec des chaises où on peut s’assoir et regarder un match, il fa​ut​ désormais offrir un complexe sportif, qui va au-delà du stade et inclut des hôtels et autres infrastructures nécessaires pour un site accueillant du monde, temporairement ou pas. Les voies de communication étaient exigées, des moyens de télécommunication, des centres hospitaliers avec un plateau technique mis à niveau, des aéroports aux standards internationaux. Ces exigences ne se sont pas limitées à l’amélioration des infrastructures, l’accueil est même examiné. Et le Cameroun s’y est mis. Avec au final un changement de visage observé, que ne boudent pas les populations dans l’ensemble. Dans la ville de Bafoussam par exemple qui s’est retrouvée littéralement transformée, des voies de contournement et de desserte de la ville, prévues depuis des années dans les plans d’aménagement, mais qui avaient été abandonné​e​s, ont été ressuscitées et mises en exécution. Pour les habitants de la ville, ce qui se passe dans les stades n’est plus qu’accessoire, ils tiennent déjà leur Can, ne serait-ce qu’au niveau de l’amélioration des routes urbaines et périphériques. Les villes de Douala, Limbé, Yaoundé et Garoua ont également fait, à l’occasion des préparatifs de cette compétition, l’objet d’une attention particulière, avec une pression soutenue  Ce qui n’aurait pas le cas si la Coupe d’Afrique des nations n’était pas derrière. Dans l’absolu, On ne pourra donc pas dire qu’il n’y a pas eu les retombées de la Can, hier, comme aujourd’hui

Dans un communiqué du 30 décembre 2021, le maire de la ville de Douala regrettait que sur les 34 carrefours à feu installés dans la ville, 15 sont en arrêt du fait des actes de vandalisme et de vol sur les armoires des commandes qui sont très souvent remplacés mais subissent aussitôt la récidive. Il en est ainsi des gardes fous érigés un peu partout dans la ville aux abords des carrefours et des marchés pour délimiter les zones piétonnes, qui sont vandalisés au quotidien ou transformés en comptoir d’exposition des marchandises.

Et après

Un chantier de la Can da la ville de Garoua

Il reste que les habitudes des populations suivent le rythme et s’adaptent au peu qui est fait jusqu’ici. Dans la plus part des cas, ces populations sont surprises par le changement physique des visages des villes, et les vieilles habitudes tardent à prendre le train de l’évolution. Dans un communiqué du 30 décembre 2021, le maire de la ville de Douala regrettait que sur les 34 carrefours à feu installés dans la ville, 15 sont en arrêt du fait des actes de vandalisme et de vol sur les armoires des commandes qui sont très souvent remplacés mais subissent aussitôt la récidive. Il en est ainsi des gardes fous érigés un peu partout dans la ville aux abords des carrefours et des marchés pour délimiter les zones piétonnes, qui sont vandalisés au quotidien ou transformés en comptoir d’exposition des marchandises. Des habitudes qui vont dévaloriser rapidement le peu que la Can aura apporté au pays, et si rien n’est fait, le visage des villes sera redevenu terne au lendemain de la Can. Quelques années plus tard le pays sera encore en incapacité d’accueillir un événement mondial, sans se mettre la pression de tout refaire, même ce qui est déjà un acquis. Respecter un feu rouge, jeter le papier dans une poubelle, avoir de l’égard pour la chose publique, même si c’est un simple trait sur la chaussée pour délimiter une zone, font partie des habitudes à cultiver pour préserver le peu que la Can aura laissé au pays. Le stade de la Réunification de Douala, qui faisait la fierté du pays au lendemain de la Can de 72, a été rejeté en 2018 comme un stade pouvant accueillir les matches de compétition, et n’a été retenu que pour le stade d’entraînement. Pareil pour le stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé. L’honneur de ces deux stades n’a été finalement sauvé qu’avec le passage du tournoi de la Can à 24 équipes, ce qui a imposé leur réhabilitation au forceps, sinon ces deux infrastructures auraient été perdues définitivement, faute d’entretien. Si on ne peut balayer la maison qu’à l’arrivée d’un étranger, on devrait au moins la garder propre après son départ.

Roland TSAPI​

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