Can 2021 : le retard qui valait la peine

La qualité des cérémonies et des infrastructures à l’ouverture de la coupe d’Afrique des nations au Cameroun le 9 janvier 2022, montre bien que les années de retard aura plutôt été un recul, même imposé, pour mieux sauter

Mieux vaut tard que jamais dit l’adage, et parfois il vaut mieux que ce soit tard. La coupe d’Afrique des Nations de football, parvenue à sa 33eme édition s’est ouverte le 9 janvier au Stade Olembé à Yaoundé, après cette brève allocution du président Paul Biya : « je déclare ouverte la 33 édition de la coupe d’Afrique des Nations », pas plus. Au-delà des parades et du jeu, l’Afrique entrait ainsi en fête au Cameroun, dans un décor neuf, des infrastructures neuves ou qui avaient refait leur toilette. Pour le stade Olembé, l’accouchement a été difficile, mais le bébé n’est pas moins vivant. Des routes et des hôtels ont été contraints de revoir leurs visages, pour en offrir une de finalement bien digeste. Pour les adeptes des beaux-arts,  la vue du site qui a accueilli la compétition, en direct ou à travers des écrans, procurait un sentiment de plénitude, de satisfaction, de sublime. Le monde entier a ainsi pu voir que l’Afrique subsaharienne était en mesure d’offrir un autre visage, celui d’une Afrique moderne, d’un peuple fier de lui et déterminé à sortir de l’obscurantisme.

Le Cameroun avait déjà vécu pareil bricolage entretenu par des membres du gouvernement, avec le Comice agro pastoral d’Ebolowa. Les assurances avaient été données par les personnes indiquées, comme c’était le cas en 2019, que tout était prêt pour la tenue de l’événement. Elles firent un tel saupoudrage pour le faire croire, que le président de la République, une fois sorti de là, oublia simplement les comices agro pastoraux

Précipitation

Paul déclare ouverte la Can 2021

Il y a deux ans, en 2019, le Cameroun n’aurait pas pu offrir un tel spectacle, n’étant pas prêt. Seulement, la partie de l’opinion qui le faisait remarquer, était taxée par le gouvernement d’anti patriote. Bien au courant de ce qui se passait, parce qu’étant au cœur des évènements, des ministres ont juré la main sur le cœur et avec énergie que le Cameroun était prêt en 2019, simplement par ce que le chef de l’Etat l’avait dit. Où voulaient-ils entraîner le Cameroun, sinon dans le bricolage ? Le Cameroun avait déjà vécu pareil bricolage entretenu par des membres du gouvernement, avec le Comice agro pastoral d’Ebolowa. Les assurances avaient été données par les personnes indiquées, comme c’était le cas en 2019, que tout était prêt pour la tenue de l’événement. Elles firent un tel saupoudrage pour le faire croire, que le président de la République, une fois sorti de là, oublia simplement les comices agro pastoraux. L’hôtel Bengo’o, autrement appelé hôtel du comice, dont les travaux de construction avaient été lancés en novembre 2010 en prélude à cet évènement, a été inauguré 10 ans plus tard, le 31 janvier 2020. En 0ctobre 2021, le Secrétaire général de la présidence de la république Ferdinand Ngoh Ngoh faisait encore le tour des villes hôtes de la Can pour évaluer le niveau d’avancement des travaux, une tournée qui a aussi été baptisée campagne de promotion des infrastructures sportives du Cameroun. Le Secrétaire général avait en effet invité des journalistes étrangers pour sa tournée, question de convaincre l’opinion internationale. Cela n’a pas empêché un journaliste étranger partie de la délégation, Philippe Doucet, à affirmer plus tard qu’il y avait encore pas mal de choses à faire. Le 30 novembre 2021, le ministre des Sport et de l’éducation physique annonçait pour le 3 décembre une cérémonie de réception du Stade Olembé, finalement reportée à une date ultérieure, ce qui ne devait pas, selon le ministre dans les colonnes de Cameroon Tribune, impacter la cérémonie d’ouverture. Juste pour relever que 2 ans plus tôt, dire que le Cameroun n’était pas prêt n’avait rien d’antipatriotique, les faits l’ont par la suite confirmé

ue les Lions indomptables remportent cette compétition ou pas, le Cameroun en sortira grandi, l’Afrique en sortira grandie. Et ce ne sera pas grâce à la détermination du gouvernement comme ils le diront, ce sera grâce à la hargne des critiques, journalistes, hommes politique, société civile, simples citoyens, qui n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme, qui ont refusé l’appel soit disant patriotique des membres du gouvernement et de certains militants du parti au pouvoir, appel selon lequel il fallait se taire face aux insuffisances de préparation pour ne pas salir l’image du pays.

Nécessaire critique

Stade Olembé à l’ouverture de la Can 2021

L’ouverture de la Can 2021, avec des infrastructures qui font désormais la fierté des populations, est une preuve que les ennemis du Cameroun ne sont pas du côté où l’on croit, mais au cœur du système. A longueur de journée, de semaines, des mois et des années, ils présentent la situation exactement comme elle ne l’est pas. Pour eux tout va bien. Le Cameroun n’a pas de problème, il est conduit depuis 39 ans par un homme infaillible, aux qualités incommensurables. Et c’est ainsi qu’au fil des années ils fabriquent la mauvaise réputation que traîne le pays. Que les Lions indomptables remportent cette compétition ou pas, le Cameroun en sortira grandi, l’Afrique en sortira grandie. Et ce ne sera pas grâce à la détermination du gouvernement comme ils le diront, ce sera grâce à la hargne des critiques, journalistes, hommes politique, société civile, simples citoyens, qui n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme, qui ont refusé l’appel soit disant patriotique des membres du gouvernement et de certains militants du parti au pouvoir, appel selon lequel il fallait se taire face aux insuffisances de préparation pour ne pas salir l’image du pays. Ces critiques avaient effectivement compris que se taire, c’est se rendre complice d’une mascarade qui se préparait, à l’image du comice agro pastoral d’Ebolowa. Il n’est pas anodin de remarquer que ce comice, organisé dans la région d’origine du président de la république, et qui devait par honneur pour le fils du terroir être le plus relevé en termes de qualité, a été à tel point médiocre qu’il a tué l’idée. C’est vers ce déshonneur que les « patriotes » voulaient encore entraîner celui qu’ils prétendent aduler, avec la Can. Coup de pouce pour ceux des Camerounais qui voulaient que les choses soient bien faites et demandaient que l’échéance soit retardée, il y avait cette fois ce regard extérieur de la Confédération africaine de football, qui avait son mot à dire. Ce qui a contribué à freiner l’élan des « patriotes » qui se battaient pour que la Coupe se joue à date, sans doute pour qu’une fois la compétition passée, les travaux non achevées soient noyés dans des procès-verbaux fictifs de réception, l’argent redistribué, laissant derrière soi des chantiers abandonnés comme l’hôtel du Comice ou des projets sabotés comme les tracteurs agricoles qui se sont retrouvés dans la brousse dans la même ville d’Ebolowa. Avec la Can, on n’en est pas à ce niveau, le sentiment de fierté est partagé et cela vaut mieux pour tous. C’est l’occasion pour les gouvernants d’intégrer cette assertion de Jean de la Bruyère, « Il faut qu’un auteur reçoive avec une égale modestie les éloges et la critique qu’on fait de ses ouvrages ».

Roland TSAPI

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