Can 2021: l’autre visage de la colonisation

Les Africains dépendent encore des médias occidentaux pour vivre leur fête du football

La Coupe d’Afrique des nations 33ème édition se joue au Cameroun depuis le 9 janvier 2022, entre 24 pays. Au Cameroun comme dans les autres pays en compétition, les matchs se suivent plus à la télévision, et sur ce terrain le constat est que l’Afrique est absente. L’impression, au regard du nombre des chaînes de télévisions européennes sur lesquelles les matchs sont regardés, est que la Coupe se joue en Afrique pour les Africains, mais ces derniers la vivent  sur les chaînes de télévision occidentales. En plein cœur de Yaoundé, de Douala, Bafoussam et autres villes, la télévision nationale publique qui produit officiellement le signal, et les télévisions privées qui ont reçu l’autorisation de le  reprendre, ne sont regardées que par affinité, la majorité des téléspectateurs est câblée ailleurs. Pour le dire simplement, l’Afrique vit encore plus que jamais, sur le plan audiovisuel, la colonisation avec cette coupe d’Afrique. Imagine-t-on un européen en Europe,  regarder un match de la coupe d’Europe sur une télévision africaine, même américaine ? Peut-on imaginer cela en Russie, en Asie, ou sur tout autre continent ? Dans une courte vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, un africain exprime sa colère en ces termes : « mes frères Africains, j’ai un problème. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi on dit qu’on a organisé une coupe d’Afrique des nations, pour les Africains, et que cette coupe-là, si ce n’est pas à cause de canal Horizon  on ne peut pas la regarder. Ça ce n’est pas normal, ça c’est honteux. On est en Afrique, on organise une coupe d’Afrique. Au Burkina, au Sénégal, au Mali, tous ces pays-là, vous ne pouvez pas regarder, c’est vous qui jouez au ballon, et c’est canal Horizon en France qui vous donne les images. Vous les présidents africains, vous voyez ça et vous ne dites rien. Mais c’est quel jour les Africains vont se réveiller ? » L’homme va plus loin, pour regretter qu’en tant que Burkinabé, pour avoir les informations sur le Mali voisin, il doit écouter une radio française, Radio Burkina ne peut pas les lui donner, encore moins la télévision Burkinabé  

Mal être

L’homme remet au goût du jour le mal être d’un Africain fier de lui, jaloux de son identité, tout en interpellant les dirigeants sur le positionnement du Continent sur la sphère communicationnelle. Comment en effet, expliquer à l’enfant de l’école primaire dont les parents habitent à Anguissa à Yaoundé, Bépanda à Douala, Tamdja à Bafousam, Mile 4 à Limbé ou Djamboutou à Garoua, que les matches qui se jouent au stade Olembe, Japoma, Kouekong, omnisport de Limbé ou Roumdé Adja, il doit les regarder à sur une télévision française ? « Papa, notre télé ne peut pas aussi arriver au stade là ?»,  a naïvement demandé un enfant à son père dans un ménage. Si le pauvre parent avait seulement une réponse !

C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire ; le guide Libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire.

Espoir éteint

Cette situation amène à regretter une fois de plus le guide lybien Mouammar Khadafi lâchement assassiné par une coalition occidentale, alors qu’il avait un vaste projet de libération de l’Afrique, dont un volet est la télécommunication. Jean Paul Pougala, dans une analyse intitulée  Les mensonges de la guerre de l’Occident contre la Libye, rapporte « L’histoire démarre  en 1992 lorsque 45 pays africains créent la société RASCOM pour disposer d’un satellite africain et faire chuter les coûts de communication sur le continent. Téléphoner de et vers l’Afrique est alors le tarif le plus cher au monde, parce qu’il y avait un impôt de 500 millions de dollars que l’Europe encaissait par an sur les conversations téléphoniques même à l’intérieur du même pays africain, pour le transit des voix sur les satellites européens comme Intelsat […]. Un satellite africain coûtait juste 400 millions de dollars payable une seule fois et ne plus payer les 500 millions de location par an. Quel banquier ne financerait pas un tel projet ?

Mais l’équation la plus difficile à résoudre était : comment l’esclave peut-il s’affranchir de l’exploitation servile de son maître en sollicitant l’aide de ce dernier pour y parvenir ? Ainsi, la Banque Mondiale, FMI, les États-Unis, l’Union Européenne ont fait miroiter inutilement ces pays pendant 14 ans. C’est en 2006 que Kadhafi met fin au supplice de l’inutile mendicité aux prétendus bienfaiteurs occidentaux pratiquant des prêts à un taux usuraire ; le guide Libyen a ainsi mis sur la table 300 millions de dollars, La Banque Africaine de Développement a mis 50 millions, la Banque Ouest Africaine de Développement, 27 millions et c’est ainsi que l’Afrique a depuis le 26 décembre 2007 le tout premier satellite de communication de son histoire. Dans la foulée, la Chine et la Russie s’y sont mises, cette fois en cédant leur technologie et ont permis le lancement de nouveaux satellites, Sud-Africain, Nigérian, Angolais, Algérien et même un deuxième satellite africain est lancé en juillet 2010. Et on attend pour 2020, le tout premier satellite technologiquement 100 % africain et construit sur le sol africain, notamment en Algérie. Ce satellite est prévu pour concurrencer les meilleurs du monde, mais à un coût 10 fois inférieur, un vrai défi. Voilà comment un simple geste symbolique de 300 petits millions peut changer la vie de tout un continent. La Libye de Kadhafi a fait perdre à l’Occident, pas seulement 500 millions de dollars par an mais les milliards de dollars de dettes et d’intérêts que cette même dette permettait de générer à l’infini et de façon exponentielle, contribuant ainsi à entretenir le système occulte pour dépouiller l’Afrique »

Bien entendu, le projet de Khadafi, était à terme que le ciel africain soit couvert par la télévision africaine. Le combat était déjà bien avancée, mais depuis son assassinat le 20 octobre 2011 à Syrte, l’offensive des groupes médiatiques occidentaux ont repris de plus belle en Afrique, et avec la bénédiction des dirigeants, ils ont  inondé les ménages des plus bas-fonds du continent. 11 ans après la mort de Kadhafi, l’Afrique doit encore dépendre des médias occidentaux, pour regarder les matches de la coupe d’Afrique !

Roland TSAPI

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