Can 2021 : exit la fête, retour à la réalité

La vie doit continuer après la coupe, le dévouement au travail se devrait alors d’être maintenu côté gouvernants

Exit la Coupe d’Afrique des nations 2021. La fête africaine de football, 33eme édition de l’histoire, organisée sur le sol camerounais s’est achevée le 6 février au soir, avec la remise du trophée par le président Paul Biya pour la première fois, au Sénégal qui le soulevait aussi pour la première fois. La cérémonie de clôture s’est déroulée également pour la première fois au stade d’Olembé qui a longtemps été boudé, mais est finalement parvenu à l’accueillir. Tout est bien qui finit bien en somme, surtout pour le Sénégal qui grâce à cette coupe tient désormais les reines du football africain. L’équipe camerounaise quant à elle a fini troisième, bien peu pour certains, assez pour d’autres, mais c’est la loi du jeu, il fallait bien qu’une équipe cède la place à une autre à un moment ou à un autre de la compétition. Il reste déjà un goût amer de cette compétition, avec la perte des 8 camerounais, parmi lesquels des enfants, décédés suite de bousculades devant le stade Olembé lors du match des 8eme de finale livrée par l’équipe nationale camerounaise. Rien de souhaité, un incident mis au compte des errements de début, mais qui ne devrait pas être passé par perte et profit. Aucun dédommagement de la famille ne ramènera ceux- là à la vie, mais maintenant que le vide s’est fait tout autour du stade, que le calme est revenu et que les esprits sont moins surchauffés, juste une stèle à l’entrée du stade, avec les noms de ces camerounais gravées dessus, les rendra immortels, au même moment qu’elle rappellera aux spectateurs à chaque fois qu’ils viendront au stade, que le jeu n’est pas la mort, qu’on ne devrait pas trouver la mort en allant au jeu.

Comment fait-on pour ne pas prévoir un pareil système de suppléance dans une structure hospitalière de référence au Cameroun ? Encore que le prévoir ne suffit pas, il faut qu’il soit fonctionnel. Comment arrive-t-on à manquer de l’eau dans un hôpital, quel que soit son standard d’ailleurs ? De pareilles saletés qui entachent la beauté du Cameroun peuvent être multipliées.

Au-delà de la fête, la réalité

L’équipe du Sénégal, vainqueur de la Can 2021

Passées les passions, retour à la réalité. A la vie normale. Les citoyens des villes et villages se seront bien rendu compte qu’au lendemain de la Can, rien n’a changé. Sur le marché, les prix des denrées alimentaires de base n’ont pas diminué, au contraire. Les robinets d’eau sont aussi secs qu’avant, même à des endroits insoupçonnés. Le 29 janvier 2022, en pleine compétition, un malade a été transporté d’urgence à l’hôpital général de Yaoundé. Après examens, il lui a été détecté une insuffisance rénale, et une première séance de dialyse lui a été prescrite. Elle n’aura pas lieu à l’heure prévue, parce qu’il n’y avait pas d’eau à l’hôpital général de la capitale politique du Cameroun. Comme quoi, après les multiples manifestations des malades devant les principales institutions hospitalières, suivies d’autant de promesses de trouver une solution définitive au problème des malades d’insuffisance rénale au Cameroun, on en est encore à manquer le minimum, l’eau courante. Situation d’autant plus incompréhensible que les défaillances de la société distributrice d’eau ne devront pas être évoquées dans le cas d’espèce. Même dans les domiciles privés de ceux qui sont chargés de ces institutions, que ce soit en phase de construction ou de gestion quotidienne, un système secondaire d’alimentation d’eau est prévu pour pallier la carence de Camwater. Comment fait-on pour ne pas prévoir un pareil système de suppléance dans une structure hospitalière de référence au Cameroun ? Encore que le prévoir ne suffit pas, il faut qu’il soit fonctionnel. Comment arrive-t-on à manquer de l’eau dans un hôpital, quel que soit son standard d’ailleurs ? De pareilles saletés qui entachent la beauté du Cameroun peuvent être multipliées.

la Can est finie mais la vie continue, toujours plus exigeante que jamais, et il n’est pas question pour les gouvernants de se dire qu’ils peuvent maintenant se reposer, au contraire, ils devraient maintenir le rythme tout en s’améliorant. Car en fin de compte, s’il est bien de faire le ménage pour accueillir l’étranger, il est encore mieux de s’assurer que la maison reste propre après son départ.

Dévouement opportuniste ?

Avant et pendant la coupe d’Afrique des nations, les gouvernants ont redoublé d’ardeur au travail, chacun à son niveau voulant s’assurer que tout va bien. Dans  les villes de Douala et Yaoundé la circulation n’avait jamais connu autant de communiqués administratifs pour sa régulation. Avec pour objectifs de juguler les embouteillages et permettre une circulation plus fluide dans les capitales. Cette marque d’attention pour la mobilité urbaine devrait être constante, car les habitants des deux villes passent souvent des heures sur place à ronger les freins et user les disques d’embrayage, sans que l’on ne remarque autant de débauche d’énergie de ces autorités. Ce sera le retour à la case départ au lendemain de la Can. Le souhait aurait pourtant été que ce dévouement au travail observé pendant la compétition soit généralisé d’abord et ensuite devienne une vraie routine, pour soulager les populations qui ont le sentiment d’être abandonnées à leur propre sort. Si chacun à son niveau veillait comme cela a été le cas lors de la Can 2021, nul doute que les choses iraient mieux pour le pays, on ne se retrouverait plus dans les hôpitaux sans eau, les rues des villes seront moins encombrées par les vendeurs à la sauvette qui y ont élu domicile, les chantiers ne seront plus entamés et abandonnés le lendemain, les enseignants n’auront plus à corriger les examens officiels et attendre des mois pour être payés alors que l’argent est disposé dans les comptes depuis le paiement des frais d’examen en début d’année, ceux des enseignants nouvellement sorti de l’école et affectés dans des zones reculées du pays n’auraient plus à attendre des années pour voir leur premiers soldes, les étudiants n’auraient plus à se plaindre de l’absence de laboratoire, de toilettes, de salles de classes et d’amphithéâtres, et on peut étendre à tous les domaine.

Bref,  la Can est finie mais la vie continue, toujours plus exigeante que jamais, et il n’est pas question pour les gouvernants de se dire qu’ils peuvent maintenant se reposer, au contraire, ils devraient maintenir le rythme tout en s’améliorant. Car en fin de compte, s’il est bien de faire le ménage pour accueillir l’étranger, il est encore mieux de s’assurer que la maison reste propre après son départ.

Roland TSAPI

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