Can 2021 : de la fête et du sang

Des morts et des blessés à la suite d’une bousculade à l’entrée du stade Olembé le 24 janvier 2022. Destin forcé des âmes innocentes, ou responsabilité organisationnelle ? La mort était au rendez-vous dans tous les cas

Ce matin du 25 janvier 2022, la brise de l’aube est venue en ajouter aux larmes qui ont coulé toute la nuit, des rares moments, ils ont essayé de trouver le sommeil, mais il a été agité par des cauchemars, dans lesquels ils voyaient encore leur père, leur mère, leur fille, leur fils, leurs amis, et prononçait inconsciemment les mots « non ce n’est pas vrai ». Des paroles entrecoupées par des sanglots qu’ils arrivaient à peine à étouffer. Ils n’auraient même jamais voulu arrêter de pleurer, tant les larmes voulaient couler. Ils en voulaient tant à eux-mêmes, de n’avoir pas été là, de n’avoir pas pu empêcher que cela n’arrive. Ce matin encore ils ne cessent de secouer la tête de gauche à droite, le regard hagard, ils ne cessent d’appeler le nom en disant : tu ne m’as pas fait ça !Ils l’ont pourtant fait. Bilongue Ambassa Mandela, le petit de 6 ans. Nzinga Ndongo Louis Bruno, le petit de 14 ans, Nga Ndongo Marie Louise, l’étudiante. Ebaneck Bernard, Onana Beyene Donald, Véronique Dorothée Djilo l’enseignante, Tchouanzi Tchatou Vanessa, elle aussi, Nkeben Nana Bradok l’autre étudiante, Aboule Arsène, Adamou Adamou, Bate Ndip, pour ne citer que ceux-là. Oui, ils sont partis. Sans doute contre leur gré, mais le fait est là. Ils ne sont plus là. Que reste-t-il à faire ? Garder de l’espérance, comme le disait  Mgr Bougaud dans sa prière :

Sur la terre, au milieu des humains, ils enverront des émissaires sur les lieux, ils ouvriront des enquêtes, ils feront des déclarations, même des promesses. Mais rien de tout cela ne ramènera à la vie. Mandela, Louis Bruno, Marie Louise, et les autres, vous êtes partis.

Stoïcisme

« La grande et triste erreur de quelques-uns, même bons, c’est de s’imaginer que ceux que la mort emporte nous quittent. Ils ne nous quittent pas. Ils restent. Où sont-ils ? Dans l’ombre ? Oh non, c’est nous qui sommes dans l’ombre. Eux sont à côté de nous sous le voile, plus présents que jamais. Nous ne les voyons pas parce que le nuage obscur nous enveloppe, mais eux nous voient. Ils tiennent leurs beaux yeux pleins de gloire arrêtés sur nos yeux pleins de larmes. Ô consolation ineffable, les morts sont des invisibles, ce ne sont pas des absents. J’ai souvent pensé à ce qui pourrait le mieux consoler ceux qui pleurent. Le voici : c’est la foi à cette présence réelle et ininterrompue de nos morts chéris. C’est l’intuition claire, pénétrante que par la mort ils ne sont ni éteints, ni éloignés, ni même absents, mais vivants, près de nous, heureux, transfigurés, et n’ayant perdu dans ce changement glorieux ni une délicatesse de leur âme, ni une tendresse de leur cœur, ni une préférence de leur amour, ayant au contraire, dans ces profonds et doux sentiments, grandi de cent coudées. La mort pour les bons est la montée éblouissante dans la lumière, dans la puissance et dans l’amour. Ceux qui jusque-là n’étaient que des chrétiens ordinaires, deviennent parfaits : ceux qui n’étaient que beaux deviennent bons, ceux qui étaient bons deviennent sublimes! »

Pourquoi sont-ils morts ? Pas besoin de chercher la raison, ni le coupable, ou de rejeter le tort. Ils voulaient être de la partie, faire partie de cette grande fête de football, et ils sont partis. Pour de bon. Victor Hugo disait : « Ne dites pas : mourir ; dites : naître. Croyez.
On voit ce que je vois et ce que vous voyez ;
On est l’homme mauvais que je suis, que vous êtes ;
On se rue aux plaisirs, aux tourbillons, aux fêtes ;
On tâche d’oublier le bas, la fin, l’écueil,
La sombre égalité du mal et du cercueil ;
Quoique le plus petit vaille le plus prospère ; »

« Le destin de ces disparus a voulu qu’ils soient la a un moment où il ne fallait pas. La suite, c’est la mort. Que Dieu veuille les recevoir dans son royaume mais que cela ne se répète plus. La fête, ce n’est pas la mort. »

Fête ou mort ?

Faut-il maudire la Can, ou la célébrer ? Est-elle venue nous donner de la joie, ou nous l’enlever ? Des questions vont succéder aux questions, les réponses resteront vaines. Quelqu’un se sent-il coupable, avec Dieu il en parlera. Personne ne commande la mort, et personne n’y échappe. Sur la terre, au milieu des humains, ils enverront des émissaires sur les lieux, ils ouvriront des enquêtes, ils feront des déclarations, même des promesses. Mais rien de tout cela ne ramènera à la vie. Mandela, Louis Bruno, Marie Louise, et les autres, vous êtes partis. Quant aux vivants, comme le dit David Harkins, “L’absent”

« Vous pouvez verser des larmes parce qu’il est parti, ou
Vous pouvez sourire parce qu’il a vécu.

Vous pouvez fermer les yeux et prier qu’il revienne, ou
Vous pouvez ouvrir les yeux et voir ce qu’il nous laisse.

Votre Cœur peut être vide parce que vous ne pouvez le voir, ou
Il peut être plein de l’amour que vous avez partagé.

Vous pouvez tourner le dos à demain et vivre hier, ou
Vous pouvez être heureux demain parce qu’il y a eu hier.

Vous pouvez vous souvenir de lui et ne penser qu’à son départ, ou
Vous pouvez chérir ce souvenir et le laisser vivre.

Vous pouvez pleurer et vous fermer, ignorer et tourner le dos, ou
Vous pouvez faire ce qu’il aurait voulu:

Sourire, ouvrir les yeux, aimer et continuer. »

Et le professeur Henri Claude Njoke de conclure : « Le destin de ces disparus a voulu qu’ils soient la a un moment où il ne fallait pas. La suite, c’est la mort. Que Dieu veuille les recevoir dans son royaume mais que cela ne se répète plus. La fête, ce n’est pas la mort. »

Roland TSAPI

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