Camwater : des primes pour l’absence d’eau

Les syndicats veulent entrer en grève pour réclamer des primes, que ne justifient pas un accès à l’eau par des populations. Les missions de l’entreprise sont aujourd’hui reléguées au dixième plan

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Le climat social au Cameroun semble se dégrader chaque jour qui passe, pas seulement au sein des classes désœuvrées à la recherche de la pitance quotidienne à chaque lever du soleil. La grogne se fait sentir aussi dans les entreprises plus structurées, où à priori beaucoup de jeunes à la recherche du travail voudraient se voir recruter, du fait du traitement jugé meilleur des employés et même des avantages, mais qui de l’intérieur font l’objet des récriminations de ceux qui y sont employés parfois depuis 30 ans. Certaines entreprises publiques ou dont le capital est détenu à la majorité par l’Etat n’échappent pas au phénomène. Matgenie, Camtel, Camair-Co, Eneo, Camwater pour ne citer que quelques-unes renferment des grognes sourdes qui cherchent meilleurs moment pour s’exprimer publiquement, après vaines tentatives de trouver une entente en interne

Primes à Camwater

A la Cameroon water utilities par exemple, la synergie des syndicats des travailleurs y opérant a adressé une correspondance depuis le 14 octobre 2020 au premier ministre, avec en objet « pétition valant préavis de grève.» Ils demandent « avec insistance » l’application effective des résolutions contenues dans un procès-verbal de concertation qui a eu lieu le 12 décembre 2019, et des solutions aux demandes additionnelles introduites auprès du ministère du travail et de la sécurité sociale, ils demandent également que toutes les retenues opérées sur les salaires des agents, en violation d’après eux, du code du travail soient rétablies. Faute de quoi « en cas de non application de ces dernières jusqu’au 5 novembre 2020, l’ensemble des travailleurs de la Camwater se verra obligé d’observer un arrêt de travail illimité à compter du 6 novembre 2020 à zéro heure. » A ces exigences, le mangement de la Camwater oppose la transparence de gestion, et explique dans une correspondance datant du 7 octobre 2020 au Secrétaire général des services du premier ministre, que « la suppression de 25% de salaire à 52 cadres affectée procède de la mise en application de la résolution du Conseil d’administration numéro 037 du 22 décembre 2018, tirant les conclusions d’une mission du Contrôle supérieur de l’Etat ayant jugées certaines primes dénuées de fondement juridique. Sous ce rapport, leur réclamation pourrait s’assimiler à l’apologie de détournement des deniers publics réprimé par les textes en vigueur. » En résumé les syndicats disent : nous voulons nos avantages, le management dit : je ne peux pas, ou plutôt je ne peux plus. Chaque partie campe sur sa position, chacun a sa raison, mais la raison sociale dans tout ça ?

Intérêts

Ce qui se passe à Camwater est un cas d’école qui appelle à la conscience collective d’abord et interpelle ensuite sur les missions sociales de certaines entreprises. D’abord, au-delà du caractère légal de la grève pour un travailleur, il se pose parfois la question de la légitimité de cette grève et de l’opportunité des revendications dans certains cas. Il faut déjà être heureux que les revendications ici portent sur des accessoires de salaires, des ajouts, des primes. Dans un contexte où un virus a imposé des restrictions budgétaires à beaucoup d’entreprises, ce qui aurait été à craindre, c’est les arriérés de salaires, des coupes de salaires, des mises en congés technique comme à Camair-Co ou simplement des licenciements comme on l’a connu dans d’autres entreprises. Dans un rapport du 24 avril 2020, le Groupement inter patronal du Cameroun indiquaient que la crise sanitaire du corona virus a eu un impact négatif sur les activités de 92% des entreprises, soit un impact très négatif sur 52% et simplement négatif sur 40%. Et cela ne concerne pas seulement les entreprises du privé, dont la plupart dépend souvent des donneurs d’ordre publics. Dans une pareille situation, peut-on légitiment faire un arrêt de travail pour réclamer des primes, avec un salaire intact alors que d’autres sont en grèves pour exiger parfois jusqu’à des années de salaires ?

Missions oubliées

Et que dire des missions sociales de la Camwater ensuite ? Tous les employés passés ou présents, concernés par les revendications ou pas, mais qui au moins bénéficient à vie de la gratuité de l’eau, peuvent-ils se dire fiers d’avoir contribué à donner l’eau à cet enfant de Kolofata qui discute les nappes phréatiques avec les chameaux ? Quel est le taux d’accès à l’eau des populations camerounaise après autant d’année d’existence de la société en charge de la distribution, combien de quartiers pourtant connectés au réseau de distribution  même dans les grandes villes sont sans eau pendant des mois et des mois, combien de ces quartiers dans ces villes qui s’élargissement, ont simplement oublié Camwater pour se retourner vers des forages à l’entretien douteux ? Les primes réclamées souvent sont-elles celles du travail bien fait ou bien du temps passé au travail comme employé ? Avec un pays arrosée de bout en bout, et dont la plus part des départements portent le nom d’un fleuve, jusqu’à quand va-t-on mendier des forages à l’Unicef et autres missions de coopération ? A ce jour, si ceux qui sont passés ont fatalement manqué à la mission, les principaux acteurs actuels du secteur de l’eau, travailleurs comme dirigeants, devraient se mettre droit devant un miroir, se regarder et se poser la question simple : après mes intérêts personnels et égoïstes à la limite, les missions sociales de mon entreprise sont-elles remplies ? Et si ces missions avaient été oubliées, il est temps de se rappeler que pour résoudre le problème d’approvisionnement en eau dans les ménages, l’État du Cameroun avait décidé de créer en 1964 le Service Provisoire des Eaux du Cameroun (SPEC). Des études furent alors menées pour mettre en place un organisme national chargé de produire et de distribuer l’eau potable, qui ont abouti à la création le 22 mai 1967 de la société Nationale des Eaux du Cameroun, chargée en régime de concessions des activités de production et de distribution d’eau potable dans les agglomérations urbaines du pays. De mutations en mutations dictées par les conjonctures économiques, le Service provisoire des Eaux du Cameroun d’il y a 56 ans est devenue Camwater aujourd’hui, mais ses missions n’ont pas changé, elles restent résumé dans le slogan : l’eau, un service public.

Roland TSAPI

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