Cameroun : l’Etat défaillant

La compétition internationale de football qui a lieu en ce moment au Cameroun, est loin d’être une preuve que le pays se porte bien.

Le Cameroun abrite sur son sol la 33 eme coupe d’Afrique des nations, une compétition internationale. Ce qui implique que sur le plan international le Cameroun est reconnu comme un Etat, c’est-à-dire une entité avec une administration, un peuple et un territoire, et surtout doté d’une mission. D’après Ousseni Illy, dans l’article « L’État en faillite » en droit international, publié en 2015  dans la Revue Québécoise de droit international, volume 28-2, « L’État n’est pas une structure qui doit seulement revendiquer le monopole de la contrainte physique légitime. Il a des missions vis-à-vis de ses populations qu’il doit remplir. Parmi ces missions, il y a celles dites régaliennes, à savoir la sécurité, le maintien de l’ordre, la justice, la défense et la diplomatie, mais il y a également les missions dites de base que sont l’éducation, la santé, la nourriture, l’eau potable, les infrastructures, les transports, l’électricité, etc. ».

la défaillance se fait lorsque « en tant que centre d’impulsion et de décision, l’État est paralysé et inopérant ; en tant que symbole d’identité, il ne représente plus grand-chose aux yeux de sa population ; en tant que territoire, il n’est plus sécurisé ; en tant qu’organisation politique, il a perdu sa légitimité ; et en tant qu’organisation socio-économique, ses biens sont détruits et il n’a plus le soutien de sa population, qui par ailleurs n’attend plus rien de lui.

Echec à plusieurs niveaux

Paul Biya, président de la République du Cameroun

Le 21 janvier 2022, 4 jeunes, membres de la Coalition Stand Up for Cameroon qui réunit des organisations de la société civile, des partis politiques et des citoyens pour la construction d’une véritable démocratie, ont été libérés de prison, après 16 mois d’incarcération. Interpellés à la sortie d’une réunion un soir, ils avaient été traduits devant le tribunal militaire et accusés d’insurrection contre l’Etat du Cameroun. Edith Kah Wallah, leader du mouvement, n’a cessé pendant ce temps de dénoncer une arrestation arbitraire et des accusations cousues de fil blanc. L’intégrité de la justice au Cameroun, ainsi que son indépendance, est en effet devenue questionnable à bien des égards. Assurer une justice équitable est pourtant l’une des missions de l’Etat tel que reconnu sur le plan international. Il en est de même pour l’approvisionnement en eau, la fourniture de l’électricité, les infrastructures, les transports publics et autres. La Cameroun, quoique s’affirmant sur le plan international comme un Etat, est aujourd’hui classé parmi des pays membres d’institutions internationales, dont en premier lieu l’Onu, qui reçoivent des évènements internationaux, organisent des élections, etc… mais ne parviennent pas à remplir leurs fonctions de base. Appelés États ou encore États défaillants, ces États, se caractérisent souvent par les phénomènes qui les touchent, ces derniers étant « confrontés à des oppositions ethniques, à des conflits internes entre communautés qui se déchirent – ce qui se traduit par l’oppression réciproque, voire par des massacres plus ou moins organisés – et les États dont les services publics ne fonctionnent plus, qui ne peuvent plus remplir leurs fonctions régaliennes, assurer la sécurité, la justice, l’éducation pour tous, et qui connaissent des phénomènes de corruption, de criminalité, une sorte de décomposition de l’appareil d’État. », d’après Serges Sur, cité par Daoud Noel Massenat dans sa thèse intitulée « De l’Etat défaillant comme vecteur de conflictualité régionale : le cas libyen » Pour sa part, le chercheur Ira William Zartman, explique que la défaillance se fait lorsque « en tant que centre d’impulsion et de décision, l’État est paralysé et inopérant ; en tant que symbole d’identité, il ne représente plus grand-chose aux yeux de sa population ; en tant que territoire, il n’est plus sécurisé ; en tant qu’organisation politique, il a perdu sa légitimité ; et en tant qu’organisation socio-économique, ses biens sont détruits et il n’a plus le soutien de sa population, qui par ailleurs n’attend plus rien de lui. »

Mais il fallait avoir le courage de pointer du doigt la vraie cause du problème, le gouvernement. Qu’une compétition internationale se tienne au Cameroun ne saurait être un sauf conduit, ou un quitus que le pays se porte bien, comme le clament certaines personnalités de l’Etat au Stade Olembé, narguant le petit peuple avec du vin hors de prix, alors qu’une bonne partie de ce peuple  vit toujours sans électricité et sans eaux, le minimum.

Mesures drastiques pour en sortir

Joseph Dion Ngute, Chef du Gouvernement

Mais être un état défaillant n’est pas une fatalité. Daoud Massenat l’illustre pas l’exemple américain, et explique que « Sur le sommet des marches du Capitole à Washington, le 20 janvier 1981, l’ancien acteur Ronald Reagan prête serment et devient le quarantième Président des États-Unis d’Amérique. Élu durant le mois de novembre précédent, son élection s’inscrit dans le cadre d’une crise économique et morale majeure aux États-Unis. En 1980, l’inflation est à 18% ; le chômage atteint 8% ; la productivité est en berne, le pays le plus puissant et le plus riche de la planète est alors en pleine récession. Comme pour Thatcher, l’ennemi est tout trouvé : l’État bureaucratique. Durant sa campagne, il déclare par exemple : « Mon plan repose sur une réforme de la fiscalité. Il s’agit de réduire les extravagantes dépenses de l’État. Il y a tellement de gras là-dedans que si on en faisait du savon, on pourrait laver le monde. » Sur le ton de l’humour, l’essentiel est dit ici, mais c’est dans son discours d’investiture qu’il se fait le plus clair, son analyse étant que « Dans cette crise actuelle, le gouvernement n’est pas la solution à notre problème; le gouvernement est le problème. De temps en temps, nous avons été tentés de croire que la société est devenue trop complexe pour être gérée par l’autonomie, que le gouvernement par un groupe d’élite est supérieur au gouvernement pour, par et du peuple. Eh bien, si personne parmi nous n’est capable de se gouverner lui-même, alors qui parmi nous a le pouvoir de gouverner quelqu’un d’autre? Nous tous ensemble, au sein et hors du gouvernement, devons porter le fardeau. Les solutions que nous recherchons doivent être équitables, aucun groupe ne devant payer un prix plus élevé… J’ai l’intention de réduire la taille et l’influence de l’État fédéral et d’exiger la reconnaissance de la distinction entre les pouvoirs accordés au gouvernement fédéral et ceux réservés aux États ou aux gens. Il faut nous rappeler à tous que le gouvernement fédéral n’a pas créé les États, les États ont créé le gouvernement fédéral. » » La mise en application de ces mesures permit au pays de se remettre en selle. Mais il fallait avoir le courage de pointer du doigt la vraie cause du problème, le gouvernement. Qu’une compétition internationale se tienne au Cameroun ne saurait être un sauf conduit, ou un quitus que le pays se porte bien, comme le clament certaines personnalités de l’Etat au Stade Olembé, narguant le petit peuple avec du vin hors de prix, alors qu’une bonne partie de ce peuple  vit toujours sans électricité et sans eaux, le minimum.

Roland TSAPI

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