Cameroun: l’autre cri de cœur de Sokoudjou J.R: « Ils sont arrivés au sommet et ont tiré l’échelle »

Il ne cesse de tirer la sonnette d’alarme, d’interpeller la société camerounaise dans toutes ses composantes pour une refondation sociale profonde, qui partirait de la refonte complète des cœurs et une concentration sur l’humain comme seul centre d’intérêt.

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Où va le Cameroun, au regard des violences verbales, morales, psychologiques que vivent les populations à ce jour ?  C’est une question qui taraude encore et toujours l’esprit du doyen des chefs traditionnel du Cameroun, sa majesté Jean Rameau Sokoudjou chef supérieur des Bamendjou dans la région de l’Ouest. Le 28 juin 2020, pour une troisième fois depuis le début de l’année, il  s’est apitoyé sur le sort du Cameroun, dans un pamphlet dont la teneur interpelle, a plus d’un titre. Toujours dans son langage ancré dans les cultures traditionnelles et dépouillé de toute recherche de style de la langue française, il dit :

« Même si on dit chez nous qu’on ne pleure pas sa mère pour passer au marché, comment ne pas  porter le deuil au marché en voyant ou va le Cameroun !!! Face aux incertitudes qui planent sur ce pays, au lendemain plus qu’incertain, aux nombreux nuages qui noircissent chaque jour le ciel de notre pays, comment rester les bras croisés ? Comment fermer la bouche et me taire face à l’effondrement d’un pays que nous avons dormi sans dormir parce qu’on dormait le rêve que ce pays sera  quelque chose!!

Me taire face à un régime médiocre qui ne sait que gâter  sans rien arranger, un régime qui a les oreilles mais refuse de se comprendre, des gens qui sont  tellement rassasiés jusqu’à ça ressort par les narines mais ils ne cessent de manger, cependant le peuple meurt de famine. Comment ne pas pleurer le deuil au marché alors que le village est détruit par des faux notables qui non seulement ont  gagné  le pari de semer la misère partout  mais sont capables d’accoucher leurs propres enfants et de  les manger dans le seul but de conserver le  pouvoir jouant ainsi avec le destin de tout un village!!! Comment fermer ma bouche face à une opposition égoïste,  mal organisée, mal structurée et porté par des gens qui ont même  plus faim que le peuple qu’ils disent vouloir  sauver, une société civile inexistante qui lèche les mains des deux côtés et qui ne peut pas s’entendre, avoir même bouche et de manière pacifique établir un réel rapport de force pour bousculer ces gens qui sont arrivés au sommet de l’arbre et ont tiré l’échelle vers le haut en attachant les mains du peuple en l’air.

Me taire en voyant ces nombreux jeunes obèses de diplômes qui montent et descendent dans  les rues, réduits à conduire les motos et faire la sauvette, sans avenir, désespérés, clochardisés par un pouvoir qui fait tout et tout  pour  se rassurer que ces enfants ne seront rien demain ? Me taire quand je vois que le baobab est en train de tomber et je ne conseille  pas  aux enfants s’ils doivent fuir par les branches ou vers le tronc afin d’éviter que l’eau en se versant la calebasse se casse aussi?

Rester sans mot dire face à une société en perte de repère et en déperdition totale ?

Une société où tout est désacralisé, nos valeurs ancestrales sont piétinées, où on ne respecte plus rien, même pas les  morts. Une société où on voit femmes et enfants sécher le corps de leur père et époux au soleil pour se livrer à un piteux spectacle dans les tribunaux? Fotso Victor avait-il besoin que vous le tuez une seconde fois? Face à autant de dérives que je vois, je ne peux que pleurer mon propre corps, pleurer mon pays  et appeler les dieux de mes ancêtres au secours.

Parfois je me dis que au lieu de voir ce que je vois là, mieux je deviens aveugle et que d’écouter certaines choses que mes oreilles écoutent à longueur de journée, il serait préférable pour moi de devenir sourd. Quel Camerounais normal et honnête peut aujourd’hui nier l’existence de nombreuses plaies dans ce pays que nous avons juste recouvert de poussières et qu’il faut nettoyer et cicatriser définitivement  pour le bien de tous? Pourquoi faire souffrir autant un peuple? Vous n’êtes plus sensible à la douleur ? Avez-vous même pitié de vos propres enfants ? Où vous croyez que garantir leur avenir avec l’argent de tout un peuple que vous avez détourné est suffisant ? Pourquoi voulez-vous que ces enfants payent le prix de vos forfaitures où en partant vous allez arrêter leurs mains ?

Que ceux qui rêvent dans leur tête et voient  un autre novembre 82 sachent que le peuple a grandi et n’est plus prêt à avaler n’importe quelle qualité de vin. Le chef n’est chef que parce que le peuple est là et se reconnaît en lui, et si tu te  trompes de chemin à l’aller et te  trompes également au retour, demandes déjà qu’on fabrique ton cercueil.  Chaque fois que le jour se lève les choses changent qu’on le veuille ou pas. A ceux-là qui dorment et ne voient que le sang versé dans ce pays, ceux-là qui activent le feu avec l’eau dans la bouche,  je leur dit que la quantité de sang qu’on a versé dans ce pays au moment de son indépendance, le sang qui coule chaque jour en zone anglophone est déjà trop  pour qu’on pense encore à la guerre comme mode de résolution de nos problèmes.    Nous allons avec le concours des dieux de nos ancêtres arranger notre pays sans que le sang d’un camerounais ne se verse et nous n’en sommes plus loin. À vous qui voyez l’argent comme dieu, qui êtes prêt à tout pour avoir l’argent, vous qui croyez que quand vous avez l’argent vous détenez les clés du monde, sachez que personne n’est jamais parti avec quelque choses. Vous gagnerez à construire votre vie autour d’un idéal autre que l’argent. Remettez l’être humain au centre de vos préoccupations. Où sont les Soppo Priso, Kouam Samuel, Noutchogouin Jean Samuel, Njoya Arouna, Kadji Defosso,  T Bella, Jean Ndengue, Sohaing André, Fotso Victor ?  Ils sont tous partis sans même prendre une aiguille, tu crois que c’est toi qui feras quoi au moment de partir?… »

A suivre

Roland TSAPI

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