Cameroun : La longue marche vers l’unité (1)

L’ unité célébrée le 20 mai de chaque année a une histoire. Jonchée d’embûches et alourdies par des contentieux toujours pas liquidés. Les prémisses.

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La Cameroun fête l’unité ou est à la quête de l’unité ? La question mérite aujourd’hui d’être posée, parce que ce vocable « unité » fait partie des mots les plus utilisés dans les discours gouvernementaux depuis quelques années. La récurrence de ce mot, dont le but ultime est de l’installer de gré ou de force dans la conscience populaire, est une preuve qu’il y a péril en la demeure. De quoi marquer un arrêt et interroger les fondements d’une célébration supposée réunir tout un peuple, mais dont l’évocation divise plus que jamais. Pourquoi parle-t-on d’unité au Cameroun, comment y est-on arrivé, tous les contentieux historiques qui ont émaillé le processus ont-ils été liquidés ? Toutes ces questions ne peuvent trouver de réponse qu’en faisant le parcours inverse de ce que nous appelons la longue marche vers l’unité.

A l’origine, la fin de la première guerre mondiale

La littérature abonde aujourd’hui, qui essaie de retracer le parcours du Cameroun vers l’unité. Littérature de laquelle nous nous inspirons aussi, et qui nous apprend qu’il n’est pas superflu de rappeler qu’à l’origine, l’entité  « que l’on appelle de nos jours «Cameroun» fut un protectorat allemand, à la suite d’un accord passé le 12 juillet 1884, au terme duquel les chefs Douala abandonnaient totalement les droits concernant la souveraineté, la législation et l’administration du territoire nommé Cameroun », d’après Pierre Fabien Nkot, dans un article intitulé Le référendum du 20 mai 1972 au Cameroun : analyse de quelques tendances de la doctrine. L’existence même de ce traité de même que son contenu sont aujourd’hui contestés, mais toujours est-il qu’il eut un accord qui permit aux Allemands de s’installer en terrain conquis, et d’obtenir l’onction de ses pairs occidentaux lors de la conférence de Berlin en 1885 au cours de laquelle l’Afrique était partagée comme un gâteau.

L’Allemagne installa pendant 32 ans sa suprématie sur le Cameroun qui s’écrivait alors avec K et U, jusqu’à l’avènement et la fin de la première guerre mondiale en 1916. La coalition internationale qui avait permis de vaincre l’Allemagne au cours de cette guerre, entrepris de la déloger de toutes ses colonies, sous l’égide de la Société des Nations, l’ancêtre de l’organisation des Nations Unis. Le grand Kamerun fut divisé en deux et confié  aux deux puissances coloniales qui occupaient les pays voisins : la France pour la partie orientale et la Grande Bretagne pour la partie occidentale. En juillet 1922, un accord de mandat est signé, confiant l’administration du Cameroun à ces deux pays, et après la seconde Guerre mondiale, le pays est placé sous la tutelle de l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui venait alors d’être créée, et au nom de laquelle la France et la Grande-Bretagne l’administraient désormais.

La séparation des chemins

A partir de ce moment les deux parties du grand Kamerun suivront chacun son chemin. De chaque côté, l’une des actions essentielles du nouveau maître des lieux était de faire oublier l’ancien, en commençant par effacer sa langue. La France imposa comme outil d’apprentissage et de travail le français, la Grande Bretagne fit pareil pour l’anglais de l’autre côté. Les deux langues devinrent alors les principaux éléments identitaires, on avait désormais les francophones d’un côté et les anglophones de l’autre. Des appellations qui avec le temps ont pris d’autres significations, se sont nourries des sous-entendus et même des démons qui continuent de hanter et de diviser de nos jours. Mais restons dans l’histoire pour suivre chaque partie de son côté.

Côté Cameroun oriental, les autorités françaises prirent des fortes mesures pour effacer le passé allemand et apprendre aux populations à aimer la France et à devenir Français. L’enseignement du français fut mis en œuvre sur l’ensemble du territoire. Charles Atangana ainsi que d’autres chefs indigènes furent invités à aller en France et Paul Soppo Priso fut promu président de la Jeunesse Camerounaise française, la Jeucafra. Sur le plan politique, une Assemblée représentative du Cameroun (ARCAM) fut constituée en 1946, Paul Ajoulat et Alexandre Douala Manga Bell devinrent députés à l’Assemblée nationale française. En 1952, l’Assemblée change de nom est devient Assemblée territoriale du Cameroun (ATCAM). Entre temps, l’Union des populations du Cameroun militait déjà pour l’unification des deux Cameroun et une indépendance immédiate. Mais il est interdit en 1955, et en 1956, la France accorde l’autonomie interne et l’Assemblée devient Assemblée législative du Cameroun (ALCAM). Un an plus tard, André-Marie Mbida devient premier ministre et Ahmadou Ahidjo son adjoint. Le 1er janvier 1960, le Cameroun sous tutelle française devenait indépendant et prenait le nom de « République du Cameroun ».

L’indirect rule

Du côté du Cameroun Occidental, le territoire était à l’époque plus large que ce  qu’il est aujourd’hui. Les Britanniques avaient découpé administrativement ce territoire en deux régions, le Northern Cameroons et le Southern Cameroons. Le Southern Cameroons était découpé en quatre districts dirigés par un district officer. Les chefs-lieux étaient Victoria, actuel Limbé, Kumba, Mamfé et Bamenda. Le territoire était placé sous administration indirecte encore appelée indirect rule. Des autorités indigènes (native-authorities) avaient le soin d’administrer les populations locales selon leurs coutumes, sauf lorsque celles-ci étaient en contradiction avec les principes de la civilisation britannique. Les autorités britanniques déterminaient les grandes orientations et en laissaient la mise en œuvre aux autorités indigènes. Par ailleurs, les maitres blancs gardaient la mainmise sur le commerce, l’exploitation des ressources économiques et minières et l’administration des Européens.
Lorsque le Cameroun français et le Nigéria devinrent indépendants en 1960, se posa la question de ce qu’il convenait de faire de la partie anglophone du territoire que l’Allemagne avait laissé. Après de nombreuses discussions puis un référendum de 1959 à 1961, il fut décidé que la région du Northern Cameroons musulman serait rattachée le 31 mai 1961 au Nigéria, tandis le Southern Cameroons fusionna avec l’ex-Cameroun français  pour constituer la République fédérale du Cameroun le 1er octobre 1961. C’est ce jour-là que les premiers jalons de la réunification ont été posés.

A suivre

Roland TSAPI

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