Cameroun : la difficile construction de la nation

Depuis 1884 que le Cameroun existe en tant qu’Etat, suite à la signature du traité germano-duala et les résolutions de la conférence de Berlin. Mais depuis lors une nation tarde à se construire, les Camerounais sont encore à la recherche d’une identité commune

Qu’est devenu le Cameroun, y a-il une Nation, qu’est ce qui fait la fierté des Camerounais aujourd’hui ? Y a-t-il un symbole national comme la statue de la liberté aux Etats Unis, la Tour Eiffel en France, la place Rouge en Russie, la place Tiananmen, la grande muraille, la cité interdite, et autres en Chine ? Qu’est ce qui unit les Camerounais et les mettent d’accord en dehors des Lions indomptables ? Ces questions et bien d’autres devraient être au centre de la réflexion des gouvernants qui ont obligation d’y apporter des réponses claires et concrètes, loin des discours.

Territoire

Rétrospectivement, une fois la conquête du Cameroun acquise à la conférence de Berlin en 1884 par l’empire allemand, leurs émissaires envoyés sur le terrain marquèrent le territoire et fixèrent les frontières en accord avec les décisions de Berlin. De 1884 à 1911, le territoire appelé Ancien Cameroun mesure environ 478 000 mètres carré. Le 14 novembre 1911, un accord conclu entre la France et l’Allemagne à propos du Maroc, ajoute au Cameroun une partie du territoire de l’Afrique équatoriale française (Aef) soit une superficie  de 275 000 km2, constitué d’une partie du Tchad, de la République centrafricaine, du Congo Brazzaville  et du Gabon. La nouvelle superficie est alors de 753 000 km2 et constitue ce qui est appelée le Grand Kamerun. Avec l’éclatement de la guerre en 1914 des troupes françaises, britanniques et belges venant du Nigéria, de l’Oubangui-Chari et du Congo belge occupent le Cameroun pour en finir le 18 février 1916, date à laquelle les troupes allemandes quittent définitivement la Cameroun. Sur la base du Traité de Versailles du 28 juin 1919 la Société des Nations (Sdn)  accorde un mandat pour la partie occidentale à la Grande Bretagne et un autre pour la partie orientale à la France. La partie du territoire confiée à la France est intégrée dans l’Afrique équatoriale française, mais la France prend soin de récupérer déjà les 275 000 mètres carré cédés à l’Allemagne 5 ans plus tôt, ramenant la superficie du Kamerun à 478 000 mètres carré. De l’autre côté, au British Cameroons on distingue le  Northern Cameroon, habités par des populations islamisées et le Southern Cameroon, habitées plutôt par des populations christianisées et animistes. En 1954 le British Cameroon devient une partie autonome de la colonie britannique de Nigéria, mais après un plébiscite au mois de mars 1961 le Northern Cameroon rejoint le Nigéria indépendant et le Southern Cameroon, qui a décidé de rester, devient une partie de la République fédérale du Cameroun à partir du 1er octobre 1961. Le rattachement du Northern Cameroon au Nigéria fait encore perdre au territoire une importante superficie, qui est finalement réduite à 475 442 km2 connue au 21eme siècle

Les Camerounais, au mieux, s’identifient chacun par leurs cultures locales. Les discours politiques vantent la diversité de la culture camerounaise présentée comme une richesse, mais un véritable symbole de la nation reste invisible. La raison est qu’à ce jour, les dirigeants camerounais n’ont réussi qu’à maintenir des peuples diverses sur un territoire, dont le seul dénominateur commun est la détention d’une carte d’identité sur laquelle est marquée République du Cameroun.

Nation

Plusieurs cultures, sans nation

Voilà pour le territoire du Cameroun, sur lequel chacun devrait se sentir libre chez lui, d’après la Constitution. Mais sur le territoire la nation elle peine à se former, à se construire. Le territoire c’est ce qui généralement appelé le pays, et qui devrait être distingué, d’après les anthropologues et politologues, de la nation et de l’Etat. Le pays c’est cette portion d’un territoire délimité par des frontières, la nation c’est une association des peuples divers, comme les ethnies au Cameroun, qui identifient leurs valeurs communes, à partir desquelles ils se donnent une constitution, qui à son tour encadre la mise sur pied des institutions, qui forme l’Etat. La confusion, explique un pasteur nigérian au cours d’une conférence, c’est qu’en Afrique, c’est qu’en Afrique on a tendance à réduire la nation à l’Etat. « Nous avons le pays, par le fait qu’on est sur un territoire,  mais nous n’avons pas de nation. Nous avons des institutions qui font l’Etat, et on fait fondre la nation dans l’Etat, les pouvoirs sont donnés plutôt à cet Etat qu’à la Nation, ce qui est dangereux. L’Etat a le dernier mot sur toutes les questions, il est plus puissant que le citoyen qui fait la nation, ce qui est un récipient pour l’impunité. Nous le savons tout, l’Etat, c’est le chef de l’Etat ou le gouverneur ou toute personne qui les représente. Tout ce qu’ils disent, tout le monde doit se plier, qu’ils aient raison ou pas, qu’ils soient juste ou partial. Donc nous n’avons pas de démocratie dans le vrai sens du terme…jusqu’à ce que nous identifiions nos valeurs partagées, nous n’aurons pas commencé à bâtir une nation. Ce que nous avons pour le moment, c’est l’Etat qui se dresse d’une main de fer. Quand l’Etat commence à opprimer le citoyen, il y aura la crise de la marginalisation, il y aura des sécessionnistes, il y aura de l’insécurité. On est dans la mauvaise direction et on devait se retourner »  Au quotidien on scande la formule selon laquelle l’Etat est plus fort. Les régimes sont ainsi bâtis en Afrique en général, au Cameroun en particulier. L’Etat et ceux qui l’incarnent sont suprêmes, les peuples qui font la Nation subissent. Ainsi occupés à se défendre, chaque peuple de son côté, l’idéal commun qui fait une Nation n’a plus de place. Les replis identitaires prennent le pas, les associations communautaires foisonnent. Et l’Etat rapace, au lieu de trouver un idéal commun qui fragilisera ces replis en faveur de la construction d’une nation, cherche plutôt le moyen de s’en servir. L’Afrique Noir est mal partie, disait Franz Fanon, on pourrait ainsi de la construction d’une Nation sur le territoire camerounais, qui n’est pas mal partie, mais qui n’est  même pas encore en chantier. Les Camerounais, au mieux, s’identifient chacun par leurs cultures locales. Les discours politiques vantent la diversité de la culture camerounaise présentée comme une richesse, mais un véritable symbole de la nation reste invisible. La raison est qu’à ce jour, les dirigeants camerounais n’ont réussi qu’à maintenir des peuples diverses sur un territoire, dont le seul dénominateur commun est la détention d’une carte d’identité sur laquelle est marquée République du Cameroun.

Roland TSAPI

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