Cameroun/France : les molles réactions de Yaoundé

Face des propos du président français  que le pouvoir considère comme une offense et une atteinte à son intégrité, le Régime de Yaoundé multiplie des faux fuyants au lieu de poser des actes de souveraineté

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Une manifestation de rue, préparée presque de nuit a eu lieu à Yaoundé aux premières heures de la matinée le lundi 24 février 2020, menée par des « jeunes » qui tenaient à riposter contre la sortie du président français deux jours plus tôt au Salon de l’agriculture à Paris, disant clairement qu’il met souvent la pression sur le président Camerounais pour obtenir qu’il règle certains problèmes camerounais .  Les jeunes, issus de soi-disant de 32 associations venant de trois régions, étaient réunis dès 7h du matin au pied du monument de la réunification, d’où est partie la manifestation en direction de l’ambassade de France à Yaoundé. Ils  brandissaient des pancartes et des banderoles bien confectionnées, estampillés du drapeau camerounais d’un côté et de l’effigie du président Paul Biya de l’autre, sur lesquels on pouvait lire « France, pourquoi portes tu atteinte à mon futur en permettant le financement du terrorisme dans mon pays, chapeau bas à l’armée camerounais, professionnelle et loyale… » Dans les vidéos distribuées dans les réseaux sociaux, chacun de ces « jeunes » y allait de sa verve pour vomir le président français, rappelant qu’ils forment une barrière derrière le président Paul Biya et exigeant des excuses du d’Emmanuel Macron entre autres. La  manifestation a bénéficié de l’encadrement des plusieurs corps de sécurité comme le Groupement spécial d’intervention, le Groupement mobile d’intervention, des éléments de la gendarmerie de Melen et de Biyem Assi. Une autre vidéo  montre les manifestants en train de s’enregistrer sur une liste de présence, qui devrait permettre de vérifier la participation effective à la marche.

La loi superbement ignorée

En tant de guerre, la loi est mise entre parenthèses, disent souvent les hommes de loi, pour expliquer pourquoi les dispositions légales d’un pays peuvent être ignorées à un moment donné. C’est vrai qu’à tout considérer on dirait que le Cameroun est constamment en guerre puisque des lois, même la Constitution est régulièrement ignorée, mais ces manifestations des « jeunes »  devant l’ambassade de France lundi 24 février  2020 ont démontré que les propos de Emmanuel Macron avaient déclenché une véritable guerre au Cameroun, puisqu’en la matière les lois ont été grossièrement mises de côtés. La loi n°90 /055 du 19 décembre 1990 fixant le régime des réunions et des manifestations publiques dit : « article. 6.- (1) Sont soumis à. l’obligation de déclaration préalable, tous les cortèges, défilés, marches et rassemblements de personnes et, d’une manière générale, toutes les manifestations sur la voie publique. (2) Dérogent à l’obligation visée à l’alinéa 1er les sorties sur la voie publique conformes aux traditions et usages locaux ou religieux. Article. 7.- (1) La déclaration prévue à l’article 6 ci-dessus est faite au district ou à la sous-préfecture où la manifestation doit avoir lieu, sept jours francs au moins avant la date de ladite manifestation. (2) Elle indique les noms, prénoms et domicile des organisateurs, le but de la manifestation, le Lieu, la date et l’heure du rassemblement et, s’il y a lieu, l’itinéraire choisi, et est signée par l’un d’eux faisant élection de domicile au chef-lieu ou de l’arrondissement ou du district. »

Il était 13 heures exactement le samedi 22 février 2020, lorsque l’activiste  Abdoulaye Thiam interpellait Emmanuel Macron au Salon de l’Agriculture à Paris, occasion au cours de laquelle il a fait ces déclarations qui ont résonné à Yaoundé comme une bombe. Quand et dans quelle sous-préfecture est-ce qu’une déclaration de manifestation qui devait avoir lieu lundi a été déposée ? Le caractère subit de l’évènement et sa survenance un weekend n’ont pas laissé au pouvoir la possibilité de faire semblant de respecter la loi, en antidatant même les documents. Et même si cela avait été possible, il reste la contrainte légale de temps. La loi parle de déposer la déclaration 7 jours francs avant la manifestation, ce qui ne pouvait être possible. La marche des « jeunes » de Yaoundé devant l’ambassade de France étaient illégale à tout point de vue. Elle a pourtant bénéficié de l’encadrement des forces de l’ordre, les lances eaux ne sont pas sortis, le gaz lacrymogène n’a pas explosé à la figure des manifestants, comme ce fût le cas il n’y a pas longtemps pour des enseignants qui ne demandaient qu’à rendre hommage à un collègue lâchement assassiné à cause des négligences du système.

Des chasses mouches contre des mitraillettes

Ainsi, pour répondre à un colon qui affirme à haute voix avoir une main mise sur le Cameroun, le pouvoir de Yaoundé n’a trouvé mieux que de manipuler des enfants et les monter pour une manifestation illégale devant l’ambassade de France. On peut y ajouter la sortie un jour plus tôt du ministre de la Communication qui a condamné l’activiste en évitant soigneusement de s’attaquer de dénoncer les propos de Macron, on peut y ajouter la sortie le 24 février 2020 au soir du Secrétaire générale à la présidence de la république, qui dans un communiqué n’a pas fait mieux, que cela ne change rien. Dans les deux communiqués rendus publics, les auteurs ne cessent de rappeler le caractère souverain du Cameroun. Mais il ne suffit plus de le clamer, il suffit de poser aussi des actes de souveraineté qui rendent les camerounais fiers.

Au lieu d’envoyer des enfants devant l’ambassade de France et multiplier des communiqués, les Camerounais, qui sont fiers d’eux-mêmes, se seraient attendus à ce que Yaoundé convoque l’ambassadeur de France au Cameroun dès lundi matin au ministère des Relations extérieures ou à la Présidence de la république, pour lui signifier le mécontentement de toute la nation. Voilà des actes de souveraineté, que posent des Etats souverains. L’écrivain nigérian disait : « le tigre ne proclame pas sa tigritude, il attrape sa proie et la mange. » A plus forte raison un lion…

Roland TSAPI

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