Cameroun : de mal en pis depuis 39 ans

La courbe est allée descendante, et comparé aux autres pays qui ont pris leurs destins en main, le Cameroun se retrouve plus qu’en dessous du pont quatre décennies plus tard

39, c’est le nombre d’années que les Camerounais nés en 1982 ont déjà fait sur terre, ne connaissant comme président de la république que seul Paul Biya. Dans le même temps, les Chinois du même âge, dont le pays était comme le Cameroun en voie de développement en 1982, ont déjà connu 5 présidents de la République, l’Ethiopien du même âge est à son 7eme président. Pour ces quelques exemples de pays, le niveau de développement a considérablement évolué pendant ce temps, et dans bien de domaines ou leurs niveaux était en deçà de celui du Cameroun il y a 39 ans. Le transport dans toutes ses variantes est en la matière, assez édifiant.

39 ans après, il était 11h 30mn le 03 novembre 2021, quand un petit avion qui porte encore ce nom atterrissait à l’aéroport de Bafoussam Bamougoum venant de Douala ou de Yaoundé, avec à son bord 6 passagers. Le ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe était en visite sur les lieux ce jour, et le geste de la tête en signe de désolation, de quelques membres de la délégation qui l’accompagnaient, était assez expressif. La compagnie est devenue l’ombre d’elle-même.

Vol en rase compagne

Cameroon Airlines, la belle époque

Pour le transport aérien, l’administration de l’aviation civile de Chine (CAAC), fut créée, en tant qu’organisme gouvernemental en 1949, pour exploiter la flotte aérienne commerciale de la Chine. En 1987 elle fut scindée en six compagnies semi-autonomes, tout en conservant la structure mère qui devenait alors un organisme de régulation et de réglementation aérienne, qui restait le principal actionnaire des compagnies chinoises. En 2002, le gouvernement a fusionné les neuf plus grandes compagnies aériennes en trois groupes régionaux : Air China avec à l’époque un chiffre d’affaires de 7 milliards de dollars, 20 000 salariés et 15,6 millions de passagers transportés ; China Eastern Airlines avec un chiffre d’affaires de 6 milliards de dollars, 19 000 salariés et 16,2 millions de passagers transportés ; et China Southern Airlines, avec un chiffre d’affaires de 4,7 milliards de dollars, 30 000 salariés et 24,1 millions de passagers transportés, toujours en 2002. Ces trois compagnies opèrent la plupart des vols extérieurs de la Chine, alors que 6 compagnies assurent les vols intérieurs. Ensemble, ces neuf compagnies aériennes ont une flotte combinée de près de 1 580 avions en 2010. En 2007, la Chine comptait 467 aéroports.

Quant à l’Ethiopie, le pays a une compagnie aérienne publique, Ethiopian Airlines, qui assure 22 liaisons intérieures, 24 liaisons continentales vers 23 pays d’Afrique, et 17 liaisons intercontinentales vers 14 pays d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord. Le pays compte également 84 aéroports.  Au Cameroun, la Cameroon Air lines, avait acquis en 1979 son premier gros porteur le Boeing 747, « Le Combi » que les Camerounais avaient baptisé  Mont Cameroun. La Camair était l’orgueil du pays, qui en avait fait sa 11 eme province. 39 ans après, il était 11h 30mn le 03 novembre 2021, quand un petit avion qui porte encore ce nom atterrissait à l’aéroport de Bafoussam Bamougoum venant de Douala ou de Yaoundé, avec à son bord 6 passagers. Le ministre des Transports Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe était en visite sur les lieux ce jour, et le geste de la tête en signe de désolation, de quelques membres de la délégation qui l’accompagnaient, était assez expressif. La compagnie est devenue l’ombre d’elle-même.

Pendant que la demande en moyens de transport évolue d’années en années, pas un centimètre de rail n’a été ajouté à ce qui existait en 1982, et ce qui tient lieu de chemin de fer au Cameroun, n’est en réalité qu’un chemin d’enfer.

Le chemin d’enfer

Pour le transport ferroviaire, le rail est le principal mode de transport en Chine. Le pays  possède le second plus grand réseau de chemin de fer avec près de 144 000 km en décembre 2020, alors qu’il n’était que de 67 524 km en 1999. Ce total comprend plus de 100 000 km de voies normales (à 1 435 mm d’écartement) soit 69,5 % électrifiés et plus de 56 000 km en double voie, soit près de 39 % du réseau. Le réseau comprend encore plus 3 600 km de voie avec un autre écartement comme 1 000 mm ou 750 mm, pour les lignes industrielles et autres. En décembre 2020, 39 000 km ont été aménagés pour la grande vitesse ferroviaire. Le réseau ferré comprenait 15 456 locomotives tant électriques que diesel, avec près de 520 000 wagons pour le fret et 40 000 voitures pour le trafic passager. En 2006 s’est achevée à l’Ouest du pays la construction d’une ligne de 1 080 km, présenté comme  la plus haute ligne du monde à 5 072 m d’altitude. Les voitures sont équipées pour la haute altitude, avec un système de pressurisation, circuits d’alimentation en oxygène et protection contre les rayons ultra-violets, un peu comme les avions. Au Cameroun, les rails qui reliaient à l’époque la ville de Douala à Nkongsamba, ont été démontés par les vandales et revendus au noir, la bretelle Mbanga Kumba est abandonnée, ce qui subsiste du chemin de fer entre Douala et N’Gaoundéré, en passant pas Yaoundé, ainsi que les wagons qui roulent dessus, forment un ensemble à risque élevé d’accident, le drame d’Eséka du 21 octobre 2016, n’y étant qu’un épiphénomène. Pendant que la demande en moyens de transport évolue d’années en années, pas un centimètre de rail n’a été ajouté à ce qui existait en 1982, et ce qui tient lieu de chemin de fer au Cameroun, n’est en réalité qu’un chemin d’enfer.

…vers l’abîme

Les Camerounais de 20 ans en 2021, qui sont au parfum de l’évolution du monde, se demanderont comment on peut faire une comparaison entre le Cameroun et la Chine, à leurs yeux le jour et la nuit. La raison est simple : c’est qu’à une époque de l’histoire, les deux pays étaient considérés par la géopolitique mondiale comme des pays sous-développés, des pays pauvres. Mais en 40 ans les deux ont pris des chemins opposés. D’après une étude économique du site internet capital.fr, la Chine comptait 981 millions d’habitants en 1980, et était peuplé 1milliard 300 millions d’habitants en 2017  soit une augmentation de 319 millions de personnes en quarante ans. Et ce, malgré la politique de l’enfant unique instaurée elle aussi en 1979 et stoppée en 2015. Dans le même temps, le  Produit intérieur brut chinois a été multiplié par 37, affichant un taux de croissance moyen de plus de 10% par an sur la période. La chine est désormais à la conquête du monde. Pendant ce temps, le Cameroun est passé de pays en voie de développement à Pays pauvre très endetté, et mendie aujourd’hui aux genoux de la Chine. La Chine a su se développer, le Cameroun s’est enfoncé dans l’abime, et par coïncidence, cette période correspond à celle du Renouveau, dirigé par le même homme, depuis 39 ans

Roland TSAPI

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