Cameroun : confort dans la médiocrité

Alors qu’il dispose d’énormes potentialités pour exceller dans divers domaines, le Cameroun, de l’instance gouvernementale à la masse populaire se complait dans l’à peu près, et se félicite même des situations les plus défavorables considérées comme une avancée.

Le Cameroun jubile après l’élimination au 1er tour Coupe du monde 2022

Le Cameroun a pris part à la coupe du monde de football 2022 au Qatar, pour la 8eme fois depuis la première édition de cette fête sportive en 1930. Depuis l’exploit de 1990 quand la sélection des Lions indomptables avait atteint les quarts de finale, elle n’a plus jamais franchi le premier tour. On avait depuis lors attribué cette stagnation aux problèmes qui minent la Fédération camerounaise de football, constamment soumise à la thérapie de normalisation et trainée devant les Cours de justice nationales et internationales. Des problèmes qui avaient un impact direct sur la tenue et la composition de l’équipe nationale, elle aussi devenue la chasse gardée de certains joueurs et administratifs dits influents qui avaient transformé l’équipe soudée aux objectifs communs des années 80, en de petits clans aux intérêts divers. L’arrivée de Samuel Eto’o Fils à la tête de la fédération en décembre 2021 a créé une lueur d’espoir pour de meilleures performances futures, espoir entretenu par le concerné lui-même qui n’a cessé de rappeler à l’opinion que son ambition était de gagner la coupe du monde. Mais pour cette édition encore l’équipe nationale n’a pas franchi le premier tour. On aura beau supputer sur les raisons de cette performance, cela fait partie des règles de la compétition, qui ne continue que parce que certaines équipes la quittent à un stade comme à un autre. Le Cameroun n’était par conséquent pas seul à quitter la compétition à ce stade, même les grandes nations de football comme l’Allemagne ou la Belgique dont personne ne peut contester la solidité du jeu ont dû plier bagages après trois matches. La différence avec les autres équipes, c’est qu’elles ont montré sur le stade leurs déceptions, alors que la sélection camerounaise jubilait, aux motifs qu’elle venait de remporter une victoire sur le Brésil au dernier match, d’après le commentaire de la chaîne de télévision nationale. Sentiment de joie devenue contagieux au sein de l’opinion, qui oubliait sur le coup qu’une fois de plus le Cameroun n’a pu franchir le premier tour. L’équipe a démontré qu’elle pouvait faire quelque chose, revenir dans le jeu, se défendre, se déployer en attaque. Elle a livré des matches de bonne facture, elle n’a concédé qu’une seule défaite (0-1) devant la Suisse, fait un match nul avec la Serbie (3-3) et remporté une victoire (1-0) face au Brésil, elle a marqué 4 buts, mais elle est rentrée au premier tour.

Même si le football est fortement gouverné par le hasard, même si l’on admet que ce jeu n’est pas scientifique donc n’est gouverné par aucune logique, il reste tout de même légitime de penser qu’après avoir atteint les quarts de finale au cours d’une édition, l’équipe nationale devrait désormais sinon aller plus loin, du moins rester à un niveau moyen de la compétition et s’imposer au fils des années comme l’une des nations qui comptent.

Objectif

En d’autres termes, l’équipe nationale camerounaise n’a pas atteint ses objectifs, ceux de passer au deuxième tour et d’aller le plus loin possible dans la compétition, sans se faire des illusions étant entendu qu’en face aucune équipe n’est venue distribuer des points. L’objectif des Lions indomptables, de la nation entière, du gouvernement n’était pas d’aller au Qatar gagner le Brésil, qui malgré son palmarès n’est qu’une sélection comme toute autre, donc susceptible d’être battue sur le terrain. Même si le football est fortement gouverné par le hasard, même si l’on admet que ce jeu n’est pas scientifique donc n’est gouverné par aucune logique, il reste tout de même légitime de penser qu’après avoir atteint les quarts de finale au cours d’une édition, l’équipe nationale devrait désormais sinon aller plus loin, du moins rester à un niveau moyen de la compétition et s’imposer au fils des années comme l’une des nations qui comptent. Cela a été possible au niveau continental, où depuis 1984 l’équipe nationale a pu maintenir le cap et a remporté 5 trophées de la coupe d’Afrique des nations. Mais depuis 32 ans après l’exploit de 90, soit en 8 éditions de la coupe du monde, le Cameroun a pris part à 6 (Etats-Unis en 1994, France en 1998, Corée du Sud/Japon en 2002, Afrique du Sud en 2010, Brésil en 2014 et Qatar en 2022) mais n’a plus jamais franchi le premier tour.

Médiocrité

Ce qui inquiète, avec l’épisode de Qatar 2022, c’est que le Cameroun se complait désormais dans cette posture d’accompagnateur, et oriente ses objectifs non plus sur la qualification aux tours suivant mais sur la victoire sur une équipe. Un peu comme un élève qui échoue au baccalauréat depuis 6 ans et dit à ses parents que sur le relevé des notes il a au moins eu 12 de moyenne en mathématiques, la matière la plus difficile. Et ce qui se fait au niveau du sport, se fait dans tous les domaines de la société camerounaise, où on ne se complait plus seulement dans la médiocrité, on jubile des défaites. On jubile qu’un bailleur de fonds ait encore consenti à accorder un prêt au Cameroun, alors que la dette traverse la borne de 10 000 milliards, le système de santé est médiocre, on dit qu’on fait mieux que d’autres pays, le sous-sol boue de gaz naturel, on en arrive quand même à la pénurie dans les ménages et l’on annonce en grande pompe qu’un bateau est arrivé de l’extérieur avec une cargaison suffisante, etc… Après l’élimination du Cameroun et la paradoxale euphorie qui s’en est suivit, le journaliste Haman Mana a eu ce commentaire : « Comparaison n’est sans doute pas raison: si dans tous les domaines, les acteurs camerounais se rangeaient parmi les trente-deux meilleures nations du monde, le Cameroun serait bien meilleur, pour tous…En toute honnêteté, nous devrions donc tirer le chapeau à Aboubakar et ses camarades, qui portent bien haut le drapeau de notre pays. Mais tout bien pensé, avec le potentiel que l’on avait, on pouvait faire bien mieux et plus encore! A la fin, on se contente de sauver juste l’honneur, là où on pouvait se rapprocher bien plus encore de l’Olympe. C’est tout à l’image de notre Cameroun: tirer orgueil de peu, faire beaucoup de bruit autour, alors qu’on a les moyens de faire bien plus et mieux. Il y a un mot pour désigner cela : la médiocrité. »

Roland TSAPI

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