Camair-co : l’introuvable directeur

Née sur les cendres de la défunte Camair qui fut la fierté du Cameroun, ce qui reste de la compagnie aérienne camerounaise, Camair-co est à son 8eme directeur en 14 ans, sans espoir de prendre l’envol définitif

écouter l’éditorial

Le 26 juillet 1971, il y a 49 ans, le président Ahmadou Ahidjo, dans un sursaut d’orgueil, créait la compagnie aérienne baptisée Cameroon Airlines, en abrégé Camair, qui symbolisait les ailes dont se dotait le pays pour voler désormais à travers le monde. La création intervenait ainsi quelque mois après le retrait de l’Etat camerounais du capital de la compagnie panafricaine Air Afrique. 6 mois plutôt, le 22 janvier 1971, le gouvernement camerounais avait dénoncé le traité de Yaoundé de 1961 qui liait le pays à la compagnie panafricaine. Le 2 février 1971, la presse est informée, par les soins du ministre des Transports d’alors, Vincent Efon, de la décision du Cameroun de se retirer, et le communiqué rendu public indiquait également que la création d’une compagnie nationale était envisagée.

Toujours à la recherche d’un nouvel “esprit”

Envol

D’après l’historique de cette compagnie retracée dans le site internet de la Cameroon Civil aviation autority  Ccaa, un mini-sommet réunissant les présidents du Niger, du Tchad et un représentant spécial du chef de l’Etat sénégalais se tint à Garoua autour du président Ahidjo en mars 1971. A l’annonce de ce sommet, les observateurs pensaient que les personnalités présentes auprès du président Ahidjo finiraient par le convaincre de renoncer à son dessein de laisser tomber Air Afrique et voler de ses propres ailes. Mais à l’issue de la rencontre, il confirma dans une interview à radio Garoua, le caractère ” irrévocable ” de la décision du gouvernement Camerounais de se retirer de Air Afrique. Un projet de loi est déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale fédérale lors de sa session budgétaire de mai 1971. Ce texte, qui doit consacrer la naissance légale de Cameroon Airlines, est examiné et approuvé en séance plénière. La loi sera promulguée le 4 juin 1971 par le président de la République fédérale. Le 26 juillet 1971, l’Assemblée générale constitutive des actionnaires se réunit à Yaoundé. Cette assemblée qui regroupe les représentants du gouvernement camerounais et ceux de la compagnie nationale française de transport aérien, Air France, décide de fixer à 1 milliard 500 millions de francs CFA le capital social de Cameroon Airlines, divisé en 30 000 actions de 50 000 francs CFA chacune. Cameroon Airlines est créée. La compagnie à laquelle on ne donnait pas 6 mois de vie, pris rapidement corps et s’imposa sur le ciel africain. Après la mise en service de son Boeing 747- Combi, la Camair fut nominée dans le classement IATA au 6ème rang mondial en juin 1983, mieux classée que son parrain Air France, alors classé 18ème.

…et chute

Et puis vint le renouveau. Qu’importe les explications qu’on peut donner, le constat est évident aujourd’hui, la 11eme province, l’étoile du Cameroun qui brillait dans le ciel et faisait la fierté des fils et filles du pays, est devenue un astre mort, pâle. Au sol, le matériel est progressivement devenu des coquilles vides, des bâtiments sans vie ou des coques d’avions dans la broussaille. La compagnie florissante est devenue un malade agonisant, qui ne veut pas ouvrir les yeux malgré la quantité de perfusion administrée. Comme de coutume chez les bantous, l’on a pensé que c’est le nom de la compagnie qui portait malheur, et il a été changé. Le 11 septembre 2006 en effet, par décret présidentiel la Camair-Co a été créée pour remplacer la Camair, qui était désormais sous administration provisoire. La nouvelle compagnie, ou plutôt l’ancienne compagnie avec son nouveau nom a effectué son vol inaugural le 28 mars 2011, sans aller plus loin. Cinq ans plus tard, en 2016, à la demande du gouvernement camerounais, le constructeur Boeing a proposé un plan de redressement de la compagnie, resté lettre morte. En 2020, le virus à couronne qui a plombé l’activité des compagnies aériennes, a fini d’achever la Camair-co, dont le président a demandé un nouveau de plan de restructuration et de développement en vue de la privatiser, un peu comme mettre une nouvelle couche de peinture sur une voiture et la revendre.

Le énième bouc émissaire

Jean Ernest Ngalle Bibehe (3eme à partir de la droite), entouré du Dg Ela Nguema (extrême droite),

Dans le même temps, la Camair-Co a battu de record en termes de turn-over au niveau du top mangement depuis sa création il y a 14 ans. Depuis le 7 janvier 2021, elle a un nouveau directeur, Jean Christophe Ela Nguema, le 8eme. Il remplace Louis Georges Njipendi Kouotou en poste depuis 2019, donc deux ans. Avant lui, il y a eu Ernest Dikoum de 2016-2019, Jean-Pierre Nana Sandjong de 2014-2016, Frédéric Mbotto Edimo de 2013-2014, Boertien Matthijs Johannes de 2013-2013, Alex Van Elk 2009-2013 et Gilbert Mitonneau de 2008-2009 . Huit directeurs en 14 ans, soit une moyenne d’un nouveau directeur tous les 18 mois. En la matière Camair-co défie toutes les règles et lois régissant les entreprises publiques au Cameroun, où les directeurs sont nommés pour une durée de trois ans renouvelable. Avec comme paradoxe, que cette rotation au top management de la compagnie n’est pas suivie de résultats. Un peu comme si les différents directeurs n’avaient pas un cahier de charge défini sur une durée précise. On en est à se poser la question de savoir si c’est le mangement qui fait problème. L’entreprise est devenue aujourd’hui entre les mains du gouvernement, comme une boutique laissé en héritage à un enfant qui a tôt fait de dilapider les fonds, et ne sait désormais plus quoi en faire, partagé entre la volonté de brader complètement le reste, et le devoir coutumier de préserver l’héritage ancestral au risque de devenir la honte du village. Mais au stade où on en est, il est simplement urgent de confier l’enfant à son père géniteur, sans doute il aura la solution. La Camair, ancêtre de la Camair-Co, est née à l’Assemblée nationale. La même chambre des représentants peut encore décider du sort à lui réserver, s’il faut avoir le courage de pratiquer l’euthanasie et tuer l’enfant définitivement, ou si l’Etat doit continuer à le trainer dans ses pattes comme une tâche honteuse sur le visage, qui suce du sang sans cesse mais ne donne aucun signe de guérison.

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code