Budget 2022 : les dettes sociales oubliées

Le recadrage budgétaire envisagée sous la pression des enseignants est une preuve que le gouvernement avait mis de côtés ces dépenses et ne l’intégrait plus dans ses prévisions

Le 21 mars 2022, le Secrétaire général de la présidence de la république, dans une correspondance adressé au secrétaire général du Premier ministre, lui faisait savoir que le président de la  république a marqué son « Très Haut Accord » pour la mise en œuvre de certaines mesures, suite aux revendications formulées par les syndicats d’enseignants relevant du ministère de l’Education de base. Et de préciser, « compte de l’augmentation imprévue des dépenses des personnels de l’État au titre de l’année 2022, le chef de l’État instruit le ministre des Finances de procéder au réajustement du cadrage budgétaire de l’exercice en cours ». Ces mesures prévoyaient en effet le déblocage de plusieurs milliards de fcfa pour satisfaire les revendications des enseignants du primaire, qui à la suite du mouvement « On a trop supporté » de leurs collègues de l’enseignement secondaire, avaient ressuscité à leur tour leurs griefs en attente, porté par le mouvement « On a trop souffert. » Pour ces enseignants du primaire, le gouvernement envisage d’apurer dès le mois de juillet 2022 des rappels relatifs au paiement de l’indemnité de non logement, et à partir du mois d’août, le paiement des effets financiers consécutifs à l’intégration des contractuel déjà détenteurs des actes mais qui attendaient encore. Sans compter que pour les enseignants du secondaire, le gouvernement a décidé payer à partir du mois de mars 2022, le complément salarial d’un tiers retenu par le passé, et l’indemnité de non-logement due à ceux qui n’en recevaient pas.

Comme le père de famille pris comme une image, si le Gouvernement camerounais n’est pas de mauvaise foi pour laisser les enfants affamés, il est sans conteste victime de la gestion calamiteuse des ressources

Le gouvernement débordé

Louis Paul Motaze Minfi. Occupé à négocier pour les dettes extérieures

Les termes de la correspondance de Ferdinand Ngoh Ngoh « l’augmentation imprévue des dépenses des personnels de l’Etat au titre de l’année 2022 », trahissent la situation actuelle de l’économie camerounaise, conséquence de la gestion qui la caractérise. Ainsi, malgré le temps que durent les revendications soulevées en février 2022 par les enseignants, malgré que certains étaient à 10 ans sans salaire, le gouvernement n’avait pas toujours prévu ne serait-ce que le paiement d’une partie de ces dettes. Pourquoi ? Il a fallu la pression des mouvements OTS pour qu’il intègre partiellement ces dépenses en demandant un recadrage budgétaire, qui devrait être soit une augmentation de l’enveloppe globale, soit une diminution du contenu des différentes enveloppes. Dans le fond, le Cameroun est aujourd’hui comme un père de famille, qui occupé à se battre pour payer des lourdes dettes, sans forcément être  de mauvaise foi, oublie au passage que les enfants à la maison n’ont pas mangé. Mais comment on en arrive là ? Dieudonné Essomba donne une explication dans l’une de récentes publications : « Le Cameroun est sorti de la crise en 2006, après 19 années d’un ajustement structurel dont les Camerounais gardent de sinistres souvenirs. C’était une occasion en or pour que notre pays se relance sur de nouvelles bases… Malheureusement, la gouvernance macroéconomique s’est retrouvée entre les mains  … d’imposteurs … ils ont embarqué le pays dans un … programme économique, articulé autour des fameux Grands Projets, et dont le terme aujourd’hui est un endettement abyssal de 11.110 Milliards, dont 8.000 Milliards de dette extérieure ! Avec des recettes extérieures n’atteignant pas 2.500 milliards, nous allons faire comment pour rembourser une telle dette ? Et si au moins, les projets engagés avaient été réalisés ! Le Cameroun n’est parcouru que de demi-projets, demi-projets ! Et pourtant, ce n’est pas faute des mises en garde …j’ai alerté depuis au moins 10 ans que la politique économique du Cameroun nous conduisait vers l’abîme, … c’est justement dans cette ambiance d’amateurisme et d’imposture que la gouvernance du Cameroun a été menée depuis 2006, jusqu’au gouffre où nous nous retrouvons aujourd’hui. » Comme le père de famille pris comme une image, si le Gouvernement camerounais n’est pas de mauvaise foi pour laisser les enfants affamés, il est sans conteste victime de la gestion calamiteuse des ressources

Il est donc techniquement impossible que le Cameroun échappe à une baisse de la masse salariale dans les jours à venir. Cette baisse pourra prendra deux formes possibles : soit une baisse nominale, auquel cas celui qui gagnait 100.000 FCFA va désormais gagner 60.000 dans le meilleur des cas, soit de manière monétaire, à travers une dévaluation du CFA de la CEMAC.

Solution

Un chantier abandonné,

Dans la même correspondance du 21 mars, le SgPr écrivait : « monsieur le président de la république demande enfin au Premier ministre chef du gouvernement de lui soumettre dans les meilleurs délais possibles : 1-des mesures visant à rationaliser à court et à moyen terme, les recrutements dans la fonction publique, 2- des solutions structurelles permettant de maîtriser l’évolution de la masse salariale. » En d’autres termes, les recrutements dans la fonction publique vont encore s’arrêter, du moins officiellement, et pour ceux qui y sont déjà, l’avenir est sombre. Là encore l’économiste Dieudonné Essomba prévient : « Le Cameroun doit l’argent aux étrangers et il doit payer. C’est cela la règle et c’est pour cette raison que le FMI est là : nous devons payer! Lors de la crise qui a  éclaté en 1987 et qui a duré 20 ans, le Cameroun avait encore un grand nombre de sociétés que pouvaient saisir le FMI et régler au moins une partie de la dette. Aujourd’hui, de telles entreprises n’existent plus et le seul mécanisme de remboursement est le budget qui a déjà été saisi. Il est donc techniquement impossible que le Cameroun échappe à une baisse de la masse salariale dans les jours à venir. Cette baisse pourra prendra deux formes possibles : soit une baisse nominale, auquel cas celui qui gagnait 100.000 FCFA va désormais gagner 60.000 dans le meilleur des cas, soit de manière monétaire, à travers une dévaluation du CFA de la CEMAC. Hélas ! Les agents publics, plutôt que d’attendre une amélioration de leurs conditions de vie et de travail, devraient plutôt prier Dieu que la baisse soit la moins élevés possible. C’est à cela que nous mène une gouvernance de l‘imposture. Maintenant, tout l’ensemble du Cameroun s’engouffre dans le trou béant. Sans la moindre possibilité de résistance… Et sans la moindre espérance. Le pire est devant nous ! » Comment s’en sortir ? Esquisse de réponse dans le prochain éditorial

Roland TSAPI

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