Budget 2021 : 41 milliards pour trois instances inutiles

Le Senat, le Conseil économique et social et l’Assemblée nationale, sont entre autres des organes étatiques engraissés chaque année mais sans impact sur le bien-être des populations 

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Le 5 novembre 2020, pendant que les Conseils régionaux se préparaient à se mettre en place par les élections, les députés de la nation achevaient quant à eux leur mission à l’Assemblée nationale, celle de doter au cours de la dernière session de l’année le pays d’un budget pour l’année 2021. Le projet de loi déposé sur leur table par le gouvernement a été adopté et le budget de l’État pour l’exercice 2021 s’équilibre en ressources et en emplois à 4 865 200 000 000 de francs cfa,dont 4 670 000 000 000 F.CFAau titre du budget général et 195 milliards 200 millions de francs pour les Comptes d’affectation Spéciale. Les impôts et taxes des contribuables vont produire 2 743 000 000 000 fcfa de cet argent. Pour la répartition de l’enveloppe, la présidence de la république aura droit à 40 602 000 000, destinés notamment à assurer la mise en œuvre du programme des grandes réalisations, préserver l’intégrité du territoire national et la stabilité politique, et appuyer la mise en œuvre des programmes opérationnels.

Il est à noter ici que la présidence de la république est devenue moins budgétivore depuis deux ans. Pour l’exercice budgétaire 2019, les députés avaient réservé dans leur vote 51 489 000 000 pour la présidence, mais le président Paul Biya a été lui-même obligé de réduire ce montant de 6 milliards 351 millions pour le ramener à 45 138 000 000. Cette année encore l’enveloppe a maigri pour se retrouver à 40 602 000 000. La présidence de la république resserre la ceinture peut-on dire, ou a éliminé certains postes de dépenses jugé inutiles. Une initiative à louer d’ailleurs, et à encourager, car en simplifiant les calculs on constate que la présidence de la république coûte quand même 111 238 400 francs cfa par jour, avec ce budget de 40 milliards. Et ce sans compter les services rattachés à la présidence qui bénéficient dans le budget voté d’une enveloppe de 5 931 000 000, alors que les missions sont les mêmes que celle de la présidence de la république elle-même.

Assemblée nationale, 24 milliards pour les parades

L’assemblée nationale quant à elle, s’est octroyé la somme de 24 682 000 000 de francs Cfa, plus importante que celle des services du Premier ministre qui s’élève à 17 676 000 000. Et à quoi vont servir les 24 milliards de l’Assemblée nationale, le document budget renseigne que 6 700 000 000 sont destinés au renforcement parlementaire de l’action gouvernementale, aux fins de contribuer à l’efficacité des politiques publiques, tandis que 17 982 000 000 iront à la gouvernance et à l’appui institutionnel des services de l’Assemblée nationale.

Conseil économique et social : financé pour ne rien faire

Ayang Luc, président du Conseil économique et social

De même, la somme de 1 591 000 000 est réservée au Conseil économique et social, qui lui servira à améliorer la coordination des services et assurer la bonne mise en œuvre de ses programmes. Tout comme le Senat qui s’en sort avec 15 162 000 000, destinés à la gouvernance et à l’appui institutionnel de la chambre, sans plus. Ces trois instances cumulent ainsi 41 435 000 000 de franc cfa au budget de l’Etat, soit 113 520 547 francs qu’elles coûtent au Cameroun par jour. Et pour quel rendement ? L’interrogation est plus sérieuse pour le Conseil économique et social déjà. Un organe complètement transparent, dont personne n’entend parler tout le long de l’année, mais qui figure toujours dans la feuille du budget et dont les membres sont même en bonne place dans le protocole d’Etat. Institué par l’article 54 de la Constitution, il a fait l’objet en date du 12 juillet 2017, de la promulgation de  la loi n° 17-9  par le président de la république, fixant les attributions, l’organisation et le fonctionnement du Conseil économique et social.  En substance, il a pour mission de conseiller le pouvoir exécutif dans le domaine économique, social, culturel et environnemental. En outre, il est chargé d’émettre des avis concernant les projets de loi, ordonnance ou de décret sur demande du Président de la République. Ces avis s’étendent également lorsqu’il surgit des difficultés sur les questions relatives à la compétence du Président de la République. Le Gouvernement recourt au Conseil pour mener des enquêtes pour la mise sur pied des plans de développement et sur l’évolution de la conjoncture en proposant des mesures susceptibles d’améliorer la production et la consommation. Depuis 1974 le Conseil a eu deux présidents, Felix Sabal Leco pendant 10 ans de 1974 à 1984, et depuis 1984 Ayang Luc. Resté longtemps dans la léthargie, la loi de 2017 était comme pour le réveiller, mais il continue d’être l’un des organismes moribonds qui épuisent le budget de l’Etat chaque année.

Senat, le prix du repos

Et que dire du Senat et de l’Assemblée nationale ? C’est une lapalissade de dire que ces deux chambres du parlement ne sont utiles qu’aux membres qui les composent, sans plus. Depuis son existence, l’Assemblée nationale ne peut brandir aujourd’hui une loi émanant des députés, qui l’ont élaborée en tenant compte des besoins des populations à la base. Les rares propositions faites par quelques députés de l’opposition au fil des années ont systématiquement été mises sous le boisseau par une Assemblée sous la domination du parti au pouvoir. Quant au contrôle de l’action gouvernemental qui est l’une de ses missions, il a simplement été tronqué contre les avantages qui se distribuent entre le pouvoir et le législatif, le titre de député étant devenu plus une clé pour ouvrir les portes et arpenter les couloirs du pouvoir, que le symbole d’une mission confiée par le peuple à un homme pour défendre ses intérêts. Pour le Senat, en dehors des titres aussi, il ne reste rien à ses membres. Par formalité, les lois introduites à l’assemblée nationale y sont envoyées après débat mais juste pour donner un sens au vocable navette parlementaire, mais dans le fond les sénateurs ne peuvent rien y apporter. Ils peuvent simplement donner des avis ou des recommandations, auxquels les députés ne sont pas tenus. Finalement l’on a un Senat figurant, une assemblée nationale passoire et un Conseil économique inexistant, trois instances qui réussissent tout de même à poncer 41 milliards de francs cfa au budget de l’Etat, chaque année,

Roland TSAPI

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