Bip 2021 : la région du Sud victime de ses avantages

Elle bénéficie d’une des plus importantes enveloppe budgétaires, sans aucune garantie que qu’au  bout les conditions de vie des populations soient impactées

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Le journal des projets prévus dans le budget d’investissement public pour l’exercice 2021 a été rendu public par le gouvernement et disponible sur le site internet du ministère de l’économie et du plan. Dans l’absolu, le document est conçu pour permettre à chaque citoyen camerounais de savoir s’il y a un projet prévu devant sa porte ou dans son quartier, son village, son arrondissement, département et région. Pour cette année 2021, les enveloppes prévues pour chaque région sont de 45 351 506 000 francs cfa pour l’Adamaoua, 336 773 985 000 pour le Centre, 40 748 697 000 pour l’Est, 86 834 599 000 pour l’Extrême Nord, 63 519 909 000 pour le Littoral, 46 993  276 000 pour le Nord, 48 191 706 000 pour le Nord-Ouest, 44 331 763 000 pour l’Ouest, 195 035 473 000 pour le Sud et 37 274 291 000 pour le Sud-Ouest. En faisant une lecture comparative des chiffres, la région du Sud s’en sort avec une enveloppe de 195 milliards de fcfa, un montant 5 fois supérieur à celle du Sud-Ouest qui bénéficie de la plus petite enveloppe de 37 milliards.

Grands projets structurants

Des populations encore dans ces conditions dans la région du Sud

Des questions surgissent immédiatement sur la différence qui existe globalement sur le montant de ces enveloppes. La région du Sud semble à première vue privilégiée, mais dans le fond il n’en est rien. Dans cette région, les projets auxquels sont réservés des gros montants sont par exemple  les travaux de construction de la route Ebolowa – Akom II – Kribi pour  5 milliards,  le projet d’adduction en eau potable de 7 centres BADEA – OFID à Ebolowa pour 2 milliards, le projet de construction des lignes de transport d’électricité Ebolowa-Kribi et Mbalmayo-Mekin avec leurs ouvrages connexes pour 9 milliards, la poursuite des travaux de construction du barrage hydroélectrique de Memve’ele pour 3 milliards 500 millions, la réalisation des travaux d’extension du Port en Eau profonde de Kribi (phase 2) pour 38 milliards, la réalisation du Système d’Alimentation en eau potable du même port pour 1 milliard 500 millions, les travaux de construction de l’autoroute Edea-Kribi (Lot 1), Kribi-Lolabé pour 31 milliards 700 millions, les travaux de construction de la section de route Grand Zambi – Kribi pour 6 milliards 500 millions, les travaux de construction de la section de route Bingambo – Grand Zambi pour 8 milliards, les travaux de construction de la section de route Olama – Bingambo pour 10 milliards 700 millions. Les travaux de bitumage de la route Bikoula-Djoum pour 4 milliards, le bitumage du tronçon Djoum – Mintom,  Mintom – Lélé et Lélé – Ntam – Mbalam pour 22 milliards, le bitumage de la route Mengong-Sangmelima pour 8 milliards 500 millions, les travaux de bitumage des routes communales de Meyomessala (boucle du Dja phase 3) pour 4 milliards, la construction de deux ponts sur la voie d’accès au site de la centrale hydroélectrique de Mekin (pont sur la Dja à Assok et pont sur la Lobo à Ngalla) pour 25 milliards.

Paradoxe

Barrage de Memve’ele

Il s’agit donc en majorité des grands travaux d’infrastructure en principe profitables à tout le pays sur le plan macro-économique, notamment au niveau de la Douane. Si ces routes sont ouvertes dans l’ensemble, elles permettront davantage de fluidifier le trafic routier dans le transport des marchandises en direction des pays de la sous-région, marchandises qui sont au préalable dédouanées dans les ports où l’argent est encaissé.  Les populations riveraines ne verront pas automatiquement leur niveau de vie s’améliorer, puisque dans le même temps aucune politique agricole par exemple n’est prévue pour moderniser la production des vivres en quantité, du moment où l’agriculture de subsistance reste la principale activité dans cette région. En plus, certaines lignes prévues dans le budget de cette région ressemblent à des prétextes pour distraire l’argent du contribuable, et qui gonflent de fait l’enveloppe. On note par exemple que dans la commune de Meyomessala, une somme de 50 millions est prévue pour la régulation du commerce intérieur. Qu’est-ce que c’est exactement, et en quoi la vie du paysan sera améliorée ? Un autre programme dit « insertion socio-économique des jeunes » présente aussi des curiosités, il prévoit 4 500 mille dans la commune de Sangmélima, 10 millions dans la commune de Meyomessala et 60 millions dans la commune de Meyomessi. Qu’est ce qui peut justifier un écart aussi énorme de 55 millions pour un même programme entre deux communes dont le profil des habitants et le nombre sont sensiblement les mêmes ? Est-ce à dire que la commune de Meyomessi est 15 fois plus peuplée que celle de Sangmélima, ou qu’il y a 15 fois plus de jeunes ayant besoin d’une insertion socio-économique à Meyomessi qu’à Sangmélima ?

Appropriation

Et au-delà de ces remarques, le but ultime de la publication du journal des projets reste de mettre les populations au courant de ce qui est prévu d’être réalisé au cours de l’année pour leur bien-être. L’objectif étant qu’elles en prennent connaissance et veillent à ce qu’ils soient effectivement réalisés. Les montants alloués ne constituent généralement pas le problème, puisque les prix sont gonflés à volonté et des lignes prévues sans que l’on ne sache à quoi cela sert. Il reste simplement aux populations de saisir la balle au bond, s’approprier de ces projets et veiller à leur exécution. C’est ici qu’entrent en jeu les relais communautaires et les chefs traditionnels. C’est eux qui doivent scruter et savoir ce qui est désormais prévu pour eux, inviter au besoin leurs élites pour expliquer et décortiquer ces projets lors des réunions aux populations et les inviter à suivre de près. Autrement, les projets continueront d’être détournés, et le peu qui seront réalisés avec une qualité approximative seront présentés comme la magnanimité du chef de l’Etat. Au demeurant, la région du Sud présentée comme privilégiée dans la répartition du budget, peut en réalité n’être qu’une victime, où des projets inscrits au budget sont plutôt des maquillages pour sécuriser des sommes d’argent à récupérer par d’autres moyens, en l’absence du contrôle par les populations pas toujours au courant de ce qui est prévu. On se rappelle encore le paradoxe du pays organisateur de feu Charles Ateba Yene, qui décrivait la région du Sud comme la plus sous développée du pays alors qu’en surface elle bénéficie de tous les avantages, même ceux des plus grosses enveloppes budgétaires, sauf qu’on ne sait pas toujours où cet argent va finalement

Roland TSAPI

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