Assemblée nationale : l’Union pour le statut quo

Une coalition morte née a été annoncée par les partis de l’opposition, et son caractère éphémère  caractérise bien le paysage politique camerounais. Les élus pour soi d’abord !

Le 11 mars 2022, 4 partis politiques représentés à l’Assemblée nationale camerounaise, le Pcrn, le Sdf, l’Udc et l’Ums ont signé une déclaration publique annonçant la création d’un groupe parlementaire dénommé « Union pour le Changement » Un groupe parlementaire étant défini à l’article 20 du règlement intérieur de la chambre: «(1) les députés peuvent s’organiser en Groupes par partis politiques. Aucun Groupe ne peut comprendre moins de 15 membres, non compris les députés apparentés. (2) les députés qui n’appartiennent à aucun Groupe peuvent s’apparenter à un Groupe de leur choix, avec l’agrément du bureau de ce Groupe, afin de pouvoir figurer sur sa liste électorale. (3) les Groupes sont constitués après remise au doyen d’âge ou au président de l’assemblée nationale d’une liste de leurs membres et des députés apparentés accompagnée d’une déclaration publique, commune à tous les membres, signée par eux et tenant lieu de programme d’action politique. (4) aucun député ne peut appartenir à plus d’un Groupe. (5) les députés apparentés comptent pour le calcul des sièges à accorder aux Groupes dans les diverses commissions de l’assemblée nationale prévues par le présent règlement intérieur. (6) chaque Groupe communique au président de l’assemblée nationale la composition de son bureau qui comprend un président, un Vice-président et un Secrétaire. »

Certains membres de la coalition née morte se sont expliqués sur ce qui se serait passé, mais toutes ces sorties cachaient mal la vraie raison pour laquelle la coalition ne pouvait tenir, à savoir la partage des privilèges.

Assemblée nationale, siège des privilèges

Comme programme politique, le groupe de l « ’Union pour le changement », qui comptait 16 députés au total se proposait de défendre les intérêts du peuple camerounais à l’Assemblée nationale, travailler pour la justice sociale et l’égalité des chances pour tous entre autres. Trois jours après la déclaration publique annonçant le groupe parlementaire, il est était déjà contesté sur le plan légal par deux députés membres de la commission des lois, qui rappelaient qu’un parti politique devrait avoir déjà au moins 15 députés pour former un groupe, avant d’ouvrir ses portes à d’autres partis qui ne comptent pas 15 députés et veulent se joindre à un groupe. A cette attaque les signataires n’ont pas opposé un argument solide, relevant davantage l’absence de qualité des dénonciateurs. Le 18 mars, lors de l’élection des membres du bureau de la Chambre, la Coalition a montré son vrai visage, celui d’un fantôme. Jean Michel Nintcheu du Sdf a présenté sa candidature pour la présidence, et l’on devrait logiquement s’attendre à 16 voix en sa faveur, correspondant aux 16 députés de l’Union pour le changement, mais il s’en est sorti avec une voix, la sienne sans doute. Certains membres de la coalition née morte se sont expliqués sur ce qui se serait passé, mais toutes ces sorties cachaient mal la vraie raison pour laquelle la coalition ne pouvait tenir, à savoir la partage des privilèges.

même si le groupe de l’ « Union pour le changement » avait survécu aux arguments de la légalité, sa destruction était déjà programmée par le caractère juteux des postes qui attendaient à côté.

Partage

L’article 119 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, qui traite des avantages à l’Assemblée nationale est édifiant à ce sujet : « (1) le président, le premier Vice-président, les Vice-présidents et les questeurs ont droit à un hôtel de fonction, aux moyens de transport et à du personnel domestique dont le nombre est fixé par un arrêté du bureau. (2) les présidents de Groupe ont rang et prérogatives de Vice-président. (3) les Vice-présidents de Groupe ont rang et prérogatives de questeur. (4) les Secrétaires de Groupe ont rang et prérogatives de Secrétaire du bureau de l’assemblée nationale. (5) les bureaux de Groupes parlementaires ont droit à un local servant de bureau et à un secrétariat dont la composition sera définie par arrêté du bureau. (6) le montant des indemnités, des frais de représentation et les frais de mission versés aux membres du bureau, ainsi que les frais de mission des autres députés, sont fixés par arrêté du bureau. (7) le bureau de l’assemblée nationale fixe les indemnités, les avantages en nature ainsi que la préséance parlementaire des présidents de Groupe. » Pour dire simplement, même si le groupe de l’ « Union pour le changement » avait survécu aux arguments de la légalité, sa destruction était déjà programmée par le caractère juteux des postes qui attendaient à côté. Le président de ce groupe parlementaire, devait avoir rang et prérogative de vice-président de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire avoir droit à un hôtel de fonction, aux moyens de transport et à du personnel domestique dont le nombre est fixé par un arrêté du bureau. Qui de Pierre Kwemo de l’Ums, Osih Osuah du Sdf, Cabral Libi’i du Pcrn ou Koupit Adamou de l’Udc était prêt à céder ce poste à un autre. Pareil pour le vice-président du groupe qui a rang de questeur avec les mêmes avantages ?

Le vers dans le fruit

Jean Michel Nintcheu, le cavalier solitaire?

Hors de l’Assemblée nationale, le paysage politique camerounais est habitué à des unions et coalitions des partis politiques, qui survivent juste le temps que la question des privilèges soit abordée, et les égos personnels reprennent le dessus. Tout porte à croire que la même gangrène aurait rongé l’Union de l’Assemblée nationale. A moins que les membres de cette coalition ne rendent publics les accords  paraphés de tous et répartissant entre eux les  postes qui reviennent de droit à un groupe parlementaire. Autrement, l’Union pour le changement du 11 mars 2022 ressemble à tout point de vue à un braquage qui a mal tourné au moment du partage du butin. Les députés dit de l’opposition, dont certains se réclament même être de proposition, voulaient une fois de plus se payer des avantages sur la tête du peuple, en prenant soin, comme tous les hommes politiques, de préciser dans leur déclaration qu’ils avaient à cœur de défendre les intérêts du peuple. Les députés du parti au pouvoir au moins fonctionnent à visage découvert, ils ont la majorité parlementaire pour mieux protéger un gouvernement qui a réussi l’exploit de transformer le pays en poudrière en attente, avec les préavis de grève désormais au mètre carré. Ceux dit de l’opposition veulent hélas laisser croire qu’ils font autrement, mais cette hypocrisie politique ne sert pas le peuple, à qui il ne reste plus qu’à prendre acte. Comme le disait le député Jean Michel Nintcheu après le 18 mars 2022 : « Ma candidature était une candidature symbolique et surtout de témoignage. Témoignage à l’endroit du peuple camerounais qui sait désormais à quoi s’en tenir lors des prochaines consultations électorales. Témoignage également à l’endroit des députés qui ont refusé de s’émanciper du diktat de l’Exécutif. Témoignage enfin à l’endroit des collègues non apparentés Rdpc qui se complaisent et s’accommodent de  la monarchie parlementaire à outrance. Au peuple Souverain d’en tirer les conséquences qui s’imposent. »

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *