Assemblée nationale : le bilan évasif de la session de juin 2021

Alors que les populations attendaient des clarifications sur le covidgate, l’Assemblée nationale a refusé de recevoir la Chambre des comptes de la Cour suprême qui devait présenter l’audit

Après 30 jours de session, les députés et les sénateurs camerounais ont clôturé leurs travaux respectifs le 07 juillet 2021, avec les habituels discours de clôture des présidents de ces deux chambres. Pour Cavaye Yeguié Djibril, président de l’assemblée nationale depuis 29 ans sans discontinuer, la préoccupation essentielle est l’intensification de la vaccination de la population camerounaise contre le coronavirus, pour éradiquer la pandémie. Se muant en agent de campagne, il s’étonne de ce que l’opération lancée depuis le 12 avril 2021 tarde à décoller, malgré l’acquisition des milliers de doses du vaccin sous « la très haute impulsion du chef de l’Etat », et la multiplication des centres de vaccination à travers le pays. Il ne comprend pas pourquoi les compatriotes restent réfractaires au vaccin, et « pire, ils se laissent séduire par la propagande anti-vaccin que diffusent à profusion les réseaux sociaux, encore ces réseaux sociaux »

Que les députés l’acceptent ou pas, le corona virus et tout ce qui tourne autour, sont aujourd’hui perçus par le commun des mortels comme des prétextes utilisés par la classe dirigeante et ses ramifications pour détourner les fonds publics, s’engraisser davantage sur le dos de la misère du peuple et agrandir le fossé de la fracture sociale. Les riches qui s’enrichissent encore et encore, les pauvres qui voient leurs conditions s’empirer au quotidien.

Question éludée

Ainsi, sur tous les questionnements soulevés par les populations depuis la survenance de la pandémie jusqu’ici, les représentants du peuple n’ont trouvé rien d’autre à dire que de lui demander de se ruer vers les points de vaccination, tout en accusant les réseaux sociaux de les empêcher de vacciner en rond. Sur ce point de la vaccination, les populations que les députés disent représenter, attendaient d’avoir plus de clarifications sur la nature du vaccin qui se trouve sur le territoire camerounais. Après avoir écouté le ministre de la Santé publique sur la question, la représentation  nationale est-elle en mesure d’informer les populations sur l’existence ou pas des effets indésirables de ces vaccins, leur efficacité dans la protection contre la maladie ? Il n’est pas si sûr. Et rien dans l’attitude des députés n’encourage par ailleurs les populations à s’intéresser davantage à ce vaccin. Ils sont tous supposés être vaccinés, mais ils arborent encore tous des masques. De quoi ont-ils encore peur alors, s’ils ont pris la substance qui les protège de la maladie, et s’ils continuent de prendre des précautions pour ne pas contracter le virus en portant des masques, n’est-ce pas une preuve que le vaccin contre le coronavirus reste douteux, à moins que la définition de vaccin n’ait changé ?

Cavaye Yéguié Djibril, Pan

Si les députés étaient vraiment les représentants du peuple, ils devaient savoir que dans le pays profond, le peuple qui souffre dans sa chair, qui se bat au quotidien pour la subsistance ont d’autres problèmes, et les adresser. Que les députés l’acceptent ou pas, le corona virus et tout ce qui tourne autour, sont aujourd’hui perçus par le commun des mortels comme des prétextes utilisés par la classe dirigeante et ses ramifications pour détourner les fonds publics, s’engraisser davantage sur le dos de la misère du peuple et agrandir le fossé de la fracture sociale. Les riches qui s’enrichissent encore et encore, les pauvres qui voient leurs conditions s’empirer au quotidien. Pour celles des populations qui en doutaient encore, le covidgate est venu les rassurer que cela ne peut être autrement. Et la Chambre des représentants leur a donné davantage d’assurance, en refusant, c’est comme cela qu’il faut le dire, de recevoir le rapport d’audit de la Chambre des comptes de la cour suprême, sur la gestion du fonds de solidarité créé en avril 2020 et doté d’une somme de 180 milliards de francs Cfa. Les bribes du contenu de ce rapport étaient déjà connues du public, mettant à nu les malversations et les vastes détournements impliquant ministres et directeurs d’administration, en complicité avec les hommes d’affaires de fortune créés pour la cause. Et l’on attendait que l’Assemblée nationale se saisisse de ce rapport pour mettre sur pied une commission d’enquête parlementaire. Là encore elle a déçu.

Au final, 7 projets de lois ont été examinés et adoptés, autrement dit les députés ont une fois de plus applaudi et validé sept documents venus du gouvernement, mais aucune proposition de loi c’est-à-dire un document émanant des députés eux-mêmes n’a été examinée.

Discrédit sur la Chambre

Dans le décret 2020/3221 du 22 juillet 2020 fixant la répartition de la dotation du fonds spécial, le premier ministre Joseph Dion Ngute avait clairement spécifié à l’article 5 alinéa 3 que « la chambre des comptes assure un audit indépendant sur l’utilisation des ressources du fonds dont les résultats sont présentés au Parlement. » C’est dire que la présentation de ce rapport n’était pas un exercice de routine faisant partie de l’agenda de l’Assemblée nationale qui pouvait modifier, c’est une prescription légale qui s’imposait. En ne recevant pas ce rapport, l’Assemblée nationale violait ainsi ouvertement la loi, en complicité avec les sénateurs d’ailleurs, puisque le décret parle de Parlement qui est constitué par l’Assemblée nationale et le Sénat réunis. Et lorsque les représentants du peuple font preuve d’aussi peu d’égard vis-à-vis des prescriptions légales, ils ne se rendent pas compte que cela les rend peu crédibles, et leurs discours aussi. Ce qui plonge davantage les populations dans l’incertitude et le désespoir. Sortir de la session parlementaire de juin 2021, dans un contexte secoué par autant de scandales, sans la mise sur pied d’au moins une commission d’enquête parlementaire, a été une occasion manquée pour l’Assemblée nationale de donner au moins l’impression qu’elle sert à quelque chose.

Au bilan de la session, des séances plénières spéciales au cours desquelles des ministres ont exposé sur certaines questions d’ordre nationale. Les députés les ont écouté, d’autres ont posé des questions, et après plus rien. Au final, 7 projets de lois ont été examinés et adoptés, autrement dit les députés ont une fois de plus applaudi et validé sept documents venus du gouvernement, mais aucune proposition de loi c’est-à-dire un document émanant des députés eux-mêmes n’a été examinée. Et même, à quoi cela sert d’applaudir et laisser passer  à chaque session des lois, alors que l’on n’est pas en mesure d’appliquer soit même une simple ligne d’un décret, qui de surcroît aiderait la Chambre à mieux remplir ses missions de contrôle ? Le ministre des Finances a annoncé que le budget de l’année 2022 sera de 5649 milliards. En novembre les députés reviendront l’applaudir, chacun signera ses frais de session et rentrera vaquer à ses occupations. Ainsi va l’Assemblée nationale camerounaise.

Roland TSAPI

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