Assemblée nationale : exemple de recrutement et de licenciement

Le secrétaire général de l’Assemblée nationale a été limogé avec des méthodes propres à la gouvernance publique au Cameron, sans aucune élégance  

Gaston Komba, l’ex Sg An

Le secrétaire général de l’Assemblée nationale Gaston Komba, a été définitivement relevé de ses fonctions, au cours d’une réunion du bureau qui avait pour seul sujet inscrit à l’ordre du jour, « de relever monsieur Gaston Komba de ses fonctions de Secrétaire générale de l’Assemblée nationale. » Dans son discours d’ouverture, le président de l’Assemblée nationale Cavaye Yeguié Djibril, a rappelé aux autres membres du bureau, qu’il a été amené à saisir le chef de l’Etat pour lui dire qu’il ne travaillerait plus avec l’intéressé. « Vous le savez bien, c’est le chef de l’Etat qui nous l’avait proposé, et nous l’avons élu. Aujourd’hui, monsieur Komba est devenu un opposant, nous ne pouvons plus travailler avec lui. L’image de l’institution et de son chef est écornée chaque jour qui passe par le fait d’un fonctionnaire irrespectueux, méprisant et véreux, qu’on avait cru utile d’aider en son temps en le repêchant d’une élection législative perdue où il a été littéralement battu sur le terrain, pour le hisser à ce poste…Je dis, ça suffit avec monsieur Komba, il n’a qu’à aller s’amuser avec les réseau sociaux, il n’a qu’à écrire, nous insulter, nous n’avons pas à l’écouter…Pire encore, après le contrôle effectué par les questeurs, sa gestion financière est chaotique, catastrophique, avec une gabegie sans précédent, qui exige que des comptes soient rendus…pour toutes ces raisons, je vous propose de relever purement et simplement monsieur Komba de ses fonctions pour faute lourde, et si vous en avez convenance, je procède à la signature de cet arrêté du bureau séance tenante… » Véritable plaidoyer à charge, suivi immédiatement de la lecture de l’arrêté qui sonnait le glas pour le désormais ex secrétaire général de l’auguste Chambre.

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Cette actualité de l’Assemblée nationale, ne cristallise pas les opinions par l’acte même de démettre un secrétaire général, ce qui est tout le droit de toute structure, mais davantage par les informations qu’elle révèle sur les pratiques qui ont cours au quotidien dans la gestion des affaires de la république. On apprend là par exemple, que le secrétaire général de l’Assemblée nationale n’a pas été désigné sur des critères objectifs, qui auraient mis en compétition plusieurs candidats et permis d’en choisir le plus en même de répondre aux attentes de la chambre en matière d’une gestion administrative efficace. « C’est le chef de l’Etat qui nous l’avait proposé et nous l’avons élu », rappelle le président de la chambre. Et de révéler aussi que celui qui occupait le poste de patron administratif des députés, n’avait pas lui-même réussi à se faire élire député dans sa circonscription, et que malgré cela, il s’est retrouvé à être la plaque tournante de l’institution. En lien toujours avec ces voies empruntées pour arriver à certaines fonctions au Cameroun, on a vu dans les médias, une délégation des chefs traditionnels du Littoral en mission spéciale à Yaoundé, parce que,  selon le porte-parole sa majesté Salomon Binyembel Matig « sur le plan traditionnel nous avons senti qu’il y a des démangeaisons quelque part. Les chefs sont donc venus pour mettre en relief le fait que dans le cadre de la chefferie traditionnelle et même dans le cadre patriarcal, il n’y aucune poubelle dans laquelle on jette les enfants qui ont fait pipi soir dans la gandoura, soit sur le pagne, soit sur l’habit. Cet enfant restera votre enfant, parce que Gaston Komba c’est l’enfant du président de l’Assemblée nationale, et on a toujours eu du plaisir à voir cet enfant travailler à côté de son père… » La délégation s’est rendue d’abord chez le Président de l’Assemblée pour lui « souhaiter la bonne année », avant de se retrouver chez Gaston Komba pour le « rassurer », accompagné du député Albert Ndooh Collins membre du bureau, qui témoignait que le Sg sortant était celui qui a modernisé l’Assemblée nationale, et qu’il était victime d’une cabale, tout ce qui est dit sur lui étant faux.  

Cavaye Yeguié Djibril a simplement rappelé comment l’intéressé était arrivé là, et qu’il avait bien repris le même chemin pour le faire partir, en allant dire au Chef de l’Etat qu’il ne pouvait plus travailler avec lui. On se dirait là dans une sorte de parallélisme de forme.

Effet boomerang

Cavaye Yeguié Djibril, Pan

Et comme on fait son lit on se couche, le départ du secrétaire général de l’Assemblée nationale aurait emprunté le même chemin de l’absurde et de l’incompréhensible. Depuis le 28 janvier 2022, Gaston Komba faisait l’objet d’une suspension de signature par le président de la Chambre. Mesure conservatoire en attendant que le Bureau de l’Assemblée, seul habileté à désigner un secrétaire générale, ou à le démettre, soit convoqué. Ce qui a été fait le 12 février 2022, mais au cours de laquelle, alors qu’on se serait attendu à ce que les dossiers soit mis sur la table et débattus, que la possibilité soit donnée à l’intéressé de se défendre, Cavaye Yeguié Djibril a simplement rappelé comment l’intéressé était arrivé là, et qu’il avait bien repris le même chemin pour le faire partir, en allant dire au Chef de l’Etat qu’il ne pouvait plus travailler avec lui. On se dirait là dans une sorte de parallélisme de forme. Si on entre par la porte, on ressort par la porte, si on entre par la fenêtre, normal qu’on ressorte par là. Si les règles qui gouvernent un domaine sont bafouées au départ d’une procédure, il ne faut pas s’attendre à ce qu’elles soient respectées à la fin. Le trafic d’influence, la prépondérance des réseaux, le clientélisme, sont autant de pratiques qui ont cours au Cameroun depuis des années pour l’accession à des postes ou à des fonctions, l’attribution des marchés et autres. Ce n’est pas ce qu’un candidat connait ou ce qu’un soumissionnaire peut faire qui compte, c’est qui il connait qui est le plus important. Et dans ce schéma, il arrive parfois que deux protagonistes connaissent la même personne, et à ce moment c’est le plus fort qui gagne. Le combat à l’Assemblée nationale en est une parfaite illustration.

Roland TSAPI

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