Afrique : les vestiges de Berlin

138 ans après que l’Afrique ait été partagé comme un gâteau et par la suite annexé par les « propriétaires », le Continent reste sous le joug du colonialisme, à travers les dirigeants héritiers du système. Des idées émergent heureusement, qui proposent de revenir sur cette conférence de Berlin pour effacer les frontières artificielles érigées pour diviser les peuples et mieux régner sur elles.

La conférence de Berlin

Le 15 novembre 1884, il y a 138 ans, Otto Von Bismarck, le Chancelier allemand de l’époque, ouvrait à Berlin une conférence sur l’Afrique, consignée dans les annales sous le nom de la Conférence de Berlin ou le partage de l’Afrique. Il s’est en effet agit au cours de cette rencontre entre les puissances impérialistes, de déposer une carte de l’Afrique sur la table et prendre un cayon pour se la diviser, comme le géomètre fait un travail de morcellement sur un terrain familial pour attribuer la parcelle de chaque héritier. L’Allemagne était alors inquiète de voir l’avance prise dans l’exploration de l’Afrique par la France, la grande Bretagne, l’Italie et le Portugal. Les expéditions de Savorgnan de Brazza préparaient la colonisation française, celle de Henri Morton Stanley préfiguraient la colonisation britannique, et le chancelier Bismarck se saisit d’un différend sur le Congo pour réunir cette conférence internationale sur l’Afrique du 15 novembre 1884 au 26 février 1885 à Berlin. 14 puissances participent aux débats : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Empire ottoman, l’Espagne, les Etats Unis, la France, la Grande Bretagne, l’Italie, le Pays-Bas, le Portugal, la Russie, et la Suède. Le but affiché était de garantir la liberté de navigation sur les fleuves Niger et Congo ainsi que la liberté de commerce dans les bassins du Congo. Mais il est également imposé à chaque puissance d’occuper effectivement chaque territoire avant de le revendiquer comme le sien, un peu comme au Cameroun il est demandé de prouver la mise en valeur ou une occupation effective d’un terrain avant d’en solliciter un titre foncier. C’est ainsi qu’au cours de la Conférence, le titre de propriété est reconnu au roi belge Léopold II sur le territoire du Congo. Finalement, l’objectif de la Conférence est détourné, si jamais il avait été réellement dévoilé, puisqu’à partir de ce moment s’engage une course pour le partage de de l’Afrique. A l’aide d’un crayon et d’une règle, les frontières du continent étaient tracées et les parcelles attribuées. Les frontières issues du partage tenaient strictement compte des intérêts des puissances, au détriment des groupes sociaux linguistiques dont certains se retrouvèrent éparpillés parfois sur quatre, trois ou deux pays.

Ce qui est important à noter également c’est qu’aucun Africain n’était convié à cette conférence. C’est comme si pour les puissances coloniales le Continent étaient habité par les animaux ou par des sous hommes dont l’avis ne comptait pas.

Richesses africaines

L’Afrique partagée

Pourquoi la course vers l’Afrique s’était-elle engagée ainsi ? Pour les puissances européennes, la question ne se pose pas, c’était à cause des richesses découvertes dans le sous-sol du continent. Ces pays européens étaient alors en pleine révolution industrielle, et ils cherchaient la matière première pour transformer dans les usines. Il faut noter que parmi les participants à cette rencontre, tous n’avaient pas des ambitions sur l’Afrique. Ainsi, au final, sur les 14 puissances dans la salle, seuls 7 se partagèrent le continent : l’Allemagne, la France, la Grande Bretagne, la Belgique, l’Espagne, le Portugal et l’Italie. Les autres ne se montrèrent pas intéressés sur le moment, soit par manque d’ambition, soit par repli stratégique comme l’avenir le fera savoir. Il s’agit des Etats Unis, Russie, Danemark, Pays-Bas, l’Empire Ottoman, la Suède et l’Autiche-Hongrie. Ce qui est important à noter également c’est qu’aucun Africain n’était convié à cette conférence. C’est comme si pour les puissances coloniales le Continent étaient habité par les animaux ou par des sous hommes dont l’avis ne comptait pas. Elles le prouveront d’ailleurs par la manière avec laquelle les populations africaines seront traitées par les maîtres blancs, une fois revenus en force au sortir de la maison du partage de Berlin, chacun conforté d’être le propriétaire avec tous les droits, comme celui qui jouit entièrement de sa propriété après l’obtention du titre foncier. Tout ce qui était sur territoire appartenait à son propriétaire : hommes, femmes, enfants, sol, sous-sol, et même la vie, qu’on pouvait ôter à tout indigène qui osait soulever la tête, surtout qu’il n’était pas supposé réfléchir et poser des questions, mais se taire et obéir.

Un énième appel à l’auto-conscientisation de l’Afrique, comme le soutenait  Jean Emmanuel Pondi pour qui : « le développement de l’Afrique doit être fait par des Africains… et contre personne».

Conscience

138 ans après la conférence de Berlin, l’Africain lui-même a-t-il compris les enjeux que représente le Continent, surtout avec la nouvelle forme douce d’impérialisme impulsé par les puissances qui en 1884 s’étaient réservées, comme les Etats Unis et la Russie, et par d’autres qui se sont révélées avec le temps comme le Chine ? Pour les impérialistes, l’appétit est indéniablement aiguisé par la richesse du sous-sol, mais les agissements de certains dirigeants africains, surtout ceux hérités de la colonisation et qui perpétuent le vieux système, laissent croire qu’ils n’ont pas encore compris. Comment sortir de l’enfermement ? L’une des solutions est proposée par Benoit B. Bouato, auteur de l’ouvrage L’Afrique confisquée ou De l’urgence d’une contre-conférence de Berlin, qui a fait l’objet d’une conférence le 20 juillet 2022 à Yaoundé, organisée par le Centre international de recherche et de documentation sur les traditions et les langues africaines (Cerdotola). L’auteur soutient que l’Afrique, malgré la décolonisation et les indépendances, est toujours sous le joug des colons, et plaide pour l’organisation d’une autre conférence sur le continent africain, avec les Africains réunis pour discuter de l’avenir du continent et explorer les pistes de solutions visant à recoller les morceaux de cette Afrique qui a été dépecée en 1884 et 1885 lors de la conférence de Berlin. L’Afrique, qui a été sédimentée et transformée en micros Etats, devrait se réunir pour faire tomber les frontières héritées de la colonisation et entretenues par le néocolonialisme. Un énième appel à l’auto-conscientisation de l’Afrique, comme le soutenait  Jean Emmanuel Pondi pour qui : « le développement de l’Afrique doit être fait par des Africains… et contre personne».

Roland TSAPI

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