Afrique : la marche vers la conscience

La longue marche vers la dignité africaine a commencé avec l’abolition de l’esclavage, les mouvements panafricanistes et la montée du nationalisme. A chaque étape, les puissances impériales n’ont pas tari d’ingéniosité pour maintenir le Noir dans l’obscurité, et la mission impérieuse de la jeunesse est désormais de renverser la donne.

Anthénor Firmin, l’un des précurseurs du panafricanisme

L’histoire enseigne que l’Afrique était bien partie depuis l’antiquité pour porter dignement son titre de berceau de l’humanité. L’un des exemples qui illustre les progrès d’alors est la pyramide d’Egypte, construite grâce à la force et l’ingéniosité humaine, et qui jusqu’à nos jours reste une référence pour les travaux d’architecture. Elle demeure un mystère pour les Occidentaux malgré le développement technologique. Mais cet élan fut freiné, pour ne pas dire stoppé net par l’esclavage, l’exportation et/ou l’extermination des génies africains, le pillage des atouts culturels et des reliques de la science. Les impérialistes se sont comportés comme des brigands qui dévalisent une maison, emportant tout et manquant de peu de mettre le feu avant de partir. Le temps aidant, la prise de conscience s’est faite progressivement, et au début du 19 eme siècle est né le panafricanisme, un mouvement et une idéologie politique qui promeut l’indépendance totale du continent africain et encourage la pratique de la solidarité entre les Africains et les personnes d’ascendance africaine, où qu’ils soient dans le monde, indépendamment de leurs origines ethniques, leurs appartenances religieuses, ou leurs apparences physiques. La Première Conférence panafricaine se tient à Londres du 23 au 25 juillet 1900 dans un climat de racisme exacerbé, de crises économiques et sociales, et de conquête progressive des territoires africains par les puissances occidentales. La question coloniale divise les socialistes européens : certains y voient un processus « inévitable et fatal », d’autres, tel Lénine, s’y opposent fermement. Une solution à ce contexte de crise pour le monde africain semble s’imposer aux haïtiens Anténor Firmin et Benito Sylvain, le caribéen Edward Wilmot Blyden, l’américain William. E. B. Du Bois ou  le jamaïcain Joel Augustus Rogers : s’unir et s’organiser afin de résister.

Bref, les revendications portaient sur la dignité de l’homme Noir, principal victime à tout point de vue de la maltraitance et de la violation de ses droits fondamentaux.

Résolutions

La résolution principale de la Conférence est une Adresse aux Nations du Monde adoptée à l’unanimité, comportant divers points : la couleur et la race ne doivent plus être des « critères de distinction » entre les noirs et les blancs, les libertés des « indigènes d’Afrique » doivent être respectées, au même titre que leur droit d’accéder aux « voies du progrès et de la culture », les missions chrétiennes ne doivent plus être le prétexte de « l’exploitation économique et l’effondrement politique des nations les moins développées », la nation britannique doit accorder « les droits dignes d’un gouvernement responsables aux colonies noires d’Afrique et des Indes Occidentales », les États-Unis doivent octroyer aux Noirs-Américains « le droit de vote, la sécurité des personnes et la propriété », les colonies françaises, allemandes et belges doivent se souvenir que leur richesse réside dans la « prospérité », le « progrès » et le « bonheur » du peuple noir, les puissances impérialistes doivent respecter « l’intégrité et l’indépendance » de l’Éthiopie, du Liberia et d’Haïti. Le texte final de la Conférence comporte également un passage destiné « A sa Gracieuse Majesté, Reine de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, Impératrice de l’Inde », implorant son attention envers « la situation alarmante des autochtones en Afrique du Sud ». Les revendications des signataires portent notamment sur le travail forcé, le droit de vote, le droit à la propriété et les différentes lois de ségrégation telles que « le couvre-feu, l’interdiction de marcher sur les trottoirs et l’utilisation de transports publics séparés ». Bref, les revendications portaient sur la dignité de l’homme Noir, principal victime à tout point de vue de la maltraitance et de la violation de ses droits fondamentaux.

L’Afrique a ainsi passé plus de 600 ans à se battre pour retrouver sa dignité, pour se débarrasser des impérialistes accrochés comme une sangsue qui sucent et sucent encore. Tout cela a fait que l’Afrique accuse un énorme retard, qu’il faut désormais rattraper. C’est la mission aujourd’hui dévolue à la jeunesse, qui doit savoir d’où elle vient pour savoir où elle va. La lutte est loin d’être achevée, quelques batailles ont été gagnées mais la guerre reste ouverte, et se mène désormais sur un terrain où se chevauchent technologie pointue et maîtrise de ses origines.

A l’ère moderne

Patrice Lumumba

Les impérialistes avaient en effet, depuis l’abolition de l’esclavage en 1848, dans des proportions variables,  progressivement renoncé au racisme et à l’esclavage sous sa forme brutale, mais étaient loin de renoncer à leur dessin d’asservissement de l’Africain. Ne pouvant plus organiser le pillage à vue des ressources humaines et matérielles, ils se sont approprié le Continent et se le sont partagé comme un gâteau, avec une règle et du crayon au cours de la conférence de Berlin du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. Chacun en sorti avec sa parcelle et ils développèrent ce qui a été appelé le colonialisme. Avec le temps, le panafricanisme se mua en mouvements nationalistes, favorisés par les mouvements de solidarité en faveur du tiers monde, l’impact des deux guerres mondiales au cours desquelles le noir se rendit compte que le blanc était aussi mortel, le rôle des élites intellectuelles et les contradictions du système colonial. Après avoir une fois de plus exterminé les populations africaines dans les guerres d’indépendance, les colons partirent par la porte pour rapidement revenir par la fenêtre. Comme l’ennemi ne dort jamais, ils ont développé d’autres moyens plus subtils pour continuer à asservir l’homme Noir. La monnaie comme le franc cfa en est un exemple, de même que les systèmes de gouvernement sous contrôle et des contrats d’exploitation des ressources du sous-sol africain. L’Afrique a ainsi passé plus de 600 ans à se battre pour retrouver sa dignité, pour se débarrasser des impérialistes accrochés comme une sangsue qui sucent et sucent encore. Tout cela a fait que l’Afrique accuse un énorme retard, qu’il faut désormais rattraper. C’est la mission aujourd’hui dévolue à la jeunesse, qui doit savoir d’où elle vient pour savoir où elle va. La lutte est loin d’être achevée, quelques batailles ont été gagnées mais la guerre reste ouverte, et se mène désormais sur un terrain où se chevauchent technologie pointue et maîtrise de ses origines.

Roland TSAPI

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