Afrique-France : le point de rupture et le temps des décomptes

La France, contrainte de quitter le sol malien, traite désormais l’ « ami » d’hier de tous les maux, évoquant au passage le nombre des soldats français tombés au front, oubliant aussi les tirailleurs noirs qui se sont sacrifiés pour la France et ont été abandonnés dans l’ingratitude

Des soldats français au Mali

La France quitte le Mali, du moins dans sa phase militaire. Après 9 ans de présence effective sur le terrain. Le président Emmanuel Macron l’a annoncé le 17 février 2022, après un bras de fer engagé par la transition dirigée par le Colonel Assimi Goïta. Macron explique : « la transition qui est au Mali depuis l’été 2020 a décidé de ne plus faire le travail de sécurité pour son propre pays. Et comme je le disais nous ne pouvons pas être les partenaires d’un Etat qui ne fait pas sa part de travail. La deuxième chose c’est que cette transition a été condamnée par la région. La Cedeao et l’Uemoa, et que nous avons ensuite répliqué en tant qu’européen ces sanctions. Quelle cohérence aurions-nous à continuer d’aider un pouvoir politique qui décide de ne pas respecter les règles de la transition qu’il s’était donné à lui-même et qui ne respecte pas la médiation qu’il a avec le reste de la région ? Et enfin, la transition malienne a explicité de manière très claire le fait qu’elle ne voulait plus travailler avec les européens en renvoyant les forces spéciales danoises, en renvoyant notre ambassadeur, et je le dis encore une fois de manière très claire, nous avons depuis lié dans notre intervention, lutte contre le terrorisme, soutien à des Etats souverains. Quand vous avez un Etat qui décide de faire alliance avec des mercenaires privés, qui n’est plus claire dans sa lutte contre le terrorisme, et qui décide de ne plus travailler avec vous, ce n’est plus à nous, dans ce cas-là d’avancer. » Au passage le président français décrit le mercenaires privés auxquels il fait allusion en ces termes : « ces mercenaires sont présent depuis des années en Libye pour prélever les ressources qui doivent revenir aux Libyens, ils sont présent depuis plusieurs années en République centrafricaine avec des exactions terribles contre les populations civiles qualifiées par les Nations Unis, ils arrivent au mali avec des finalités prédatrices. Mais pourquoi, parce que la junte qui est au pouvoir au Mali, après deux coups d’Etat, considère que ce sont les meilleurs partenaires qu’ils peuvent trouver pour protéger leur propre pouvoir, pas pour lutter contre le terrorisme. » Un contraste tout de même, pendant que le président français vilipende la transition au Mali, les populations au pays saluent la bravoure de leurs jeunes soldats et les encouragent par les manifestations de soutien. Peut-on aimer un peuple plus que lui-même ? Si le peuple malien approuve la présence des « mercenaires prédatrices », pourquoi cela ferait mal à quiconque, pourquoi certains voudraient toujours jouer le gendarme chez les autres, à quand une base militaire malienne en France ? Parlant de mercenaire, le dictionnaire des français Petit Robert, définit ce mot en tant que nom masculin comme un soldat à la solde d’un gouvernement étranger, et en tant qu’adjectif comme quelqu’un qui n’agit que pour un salaire, qui est inspiré par le profit. Les soldats français en terre africaine se retrouvent-ils dans le nom ou dans l’adjectif ?

le 1er décembre 1944, des tirailleurs africains, tout juste rentrés au Sénégal après avoir combattu et libéré la France annexée par l’Allemagne nazi , réclament leur solde au camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, où ils avaient été casés, en attendant que chacun rentre dans son pays. Leurs frères d’armes français répriment la manifestation dans le sang, et la France reconnaît la mort de 35 soldats… il y aurait en fait des centaines de victimes. Pendant ce temps, leurs camarades blancs étaient bien traités en France. Jean Yves Le Drian a donné le ton en évoquant les 53 soldats français morts pour la libération du Mali. Il faudra qu’on ouvre tous les tiroirs pour faire les décomptes.

Les comptes ?

Les tirailleurs noirs qui se battaient pour la France lors de la 2eme guerre mondiale

Dès que les jeunes militaires de la transition au Mali ont commencé à rappeler à la France que le Mali, en tant que pays souverain, n’a pas de compte à rendre à qui que ce soit quant à ses choix des partenaires, le ministre de l’Europe et des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, sentant la rupture, a déclaré que 53 soldats français ne peuvent pas être morts au Mali pour rien. En réponse à une question sur la situation au Mali, à l’Assemblée nationale le 15 février 2022, il a encore réitéré : « Monsieur le Député, J’ai eu l’occasion, il y a quelques jours, de rappeler dans cet hémicycle le souvenir des 53 soldats morts pour la France et pour la liberté du Mali, merci de l’avoir rappelé à cet instant. » Et les tirailleurs sénégalais, qu’est-ce qu’on en fait ? Aujourd’hui, tout le monde peut aller sur un moteur de recherche sur la toile et en avoir une idée. Voici ce qu’en dit l’encyclopédie libre wikipédia : « Les tirailleurs sénégalais étaient un corps de militaires appartenant aux troupes coloniales constitué au sein de l’empire colonial français en 1857, principal élément de la « Force noire » ou de l’« Armée Noire » et dissous au début des années 1960. Bien que le recrutement de tirailleurs ne se soit pas limité au Sénégal, (c’est dans ce pays que s’est formé en 1857  le premier régiment de tirailleurs africains), ces unités d’infanterie vont rapidement désigner l’ensemble des soldats africains de couleur noire qui se battent sous le drapeau français et qui se différencient ainsi des unités d’Afrique du Nord, tels que les tirailleurs algériens. En 1895, ils participent à la conquête de Madagascar et de 1895 à 1905, ils sont employés à la « pacification » de ce pays. De 1914-1918, lors de la Première guerre mondiale, ce sont environ 200 000 « Sénégalais » de l’AOF qui se battent sous le drapeau français, dont plus de 135 000 en Europe. Environ 15 % d’entre eux, soit 30 000 soldats, y ont trouvé la mort et beaucoup sont revenus blessés ou invalides. » Plus grave, à côté de wikipédia, d’autres archives et articles de presse, font état de ce que le 1er décembre 1944, des tirailleurs africains, tout juste rentrés au Sénégal après avoir combattu et libéré la France annexée par l’Allemagne nazi , réclament leur solde au camp militaire de Thiaroye, près de Dakar, où ils avaient été casés, en attendant que chacun rentre dans son pays. Leurs frères d’armes français répriment la manifestation dans le sang, et la France reconnaît la mort de 35 soldats… il y aurait en fait des centaines de victimes. Pendant ce temps, leurs camarades blancs étaient bien traités en France. Jean Yves Le Drian a donné le ton en évoquant les 53 soldats français morts pour la libération du Mali. Il faudra qu’on ouvre tous les tiroirs pour faire les décomptes.

Roland TSAPI

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