Afrique: des talents au détriment du Continent

Qatar 2022, la forte présence des joueurs africains dans les équipes nationales autres que leurs pays d’origine, traduit au niveau du football le niveau de fuite des talents du continent, obligés de servir les autres parfois au détriment de leur propre pays. Mais est-ce leur faute ?  

La mythologie grecque raconte l’histoire d’Œdipe, un enfant qui tua son père et épousa sa mère. D’après divers récits, le roi de Thèbes Laïos et sa femme Jocaste décident de consulter l’oracle de Delphes, qu’on désigne en Afrique par marabout, avant la naissance de leur fils. L’oracle prédit qu’il tuera son père, puis épousera sa femme, prédiction confirmée par plusieurs autres. Pris de peur, le couple emmène son nouveau-né dès l’accouchement sur le mont Cithéron pour « l’exposer ». En Grèce antique, cela signifie abandonner un enfant à sa naissance. Laïos attache son fils à un arbre par les pieds, après les lui avoir percés. Des bergers nomades qui passaient par là découvrent l’enfant, le détachent, prennent soin de lui et lui donne un nom Œdipe, qui veut dire en grec ancien « pieds enflés ». Par la suite, ils l’amènent à Polybe et Mérope, roi et reine de Corinthe. Ces derniers vont alors l’élever comme leur fils. Une fois adulte, Œdipe qui ne se doute pas qu’il est le fils de ses parents actuels,  part pour Delphes et consulte lui aussi l’oracle pour savoir quel sera son avenir. L’oracle lui dit qu’il tuera son père et épousera sa mère. Il décide alors de ne plus revenir à la maison à Corinthe pour éviter cette tragédie. En s’éloignant il croit échapper au sort, sans savoir qu’il se rapprochait ainsi de ses vrai parents. Sur le chemin, il s’allie avec un peuple qui était en guerre avec le roi de Thèbes, et comme il était de coutume, le vainqueur d’une bataille prenait non seulement le pays du vaincu mais aussi tout ce qui lui appartenait. Œdipe réussit à vaincre Laïos, pris son pays et sa femme, donc sa mère, et en fit même 4 enfants. La fin de l’histoire est tragique, puisque plus tard, Œdipe repart voir l’oracle, qui lui dit qu’il a tué son père et épousé sa mère. Il se punit lui-même en s’arrachant les yeux ou en se suicidant selon les versions.

De la même manière, la jeunesse africaine est sacrifiée par des hommes du 3eme âge qui s’accrochent et ont peur de perdre leur place, qui la redoute et qui répète à longueur de journée qu’elle doit attendre son tour.

Qatar 2022

En réadaptant les circonstances, le temps, les lieux et les évènements, et en éliminant le côté tragique, l’Afrique regorge de nombreux Œdipe au 21eme siècle, constitué de la jeunesse reniée par les parents dès la naissance, récupérée par des passants, éduquée et formée, qui se retourne, même sans le vouloir, contre ses racines. L’exemple le plus frappant est celui du jeune camerounais de naissance Breel Embolo, joueur professionnel engagée dans l’équipe nationale suisse, qui par le fait du sort, s’est retrouvé face à l’équipe nationale son pays natal en coupe du monde au Qatar, et par le fait du même sort, a été celui qui marque l’unique but de la victoire. Comme d’Œdipe, Embolo n’est pas coupable, il est plutôt une victime. De même que ses parents sont allés l’abandonner sur un mont, c’est ainsi que la jeunesse africaine est abandonnée dès la naissance dans le désert au propre comme au figuré. Il est à remarquer que les parents d’Œdipe l’ont ainsi sacrifié, non pas pour le protéger ou pour l’empêcher de faire ce qui pouvait être considéré comme mauvais, mais pour protéger leurs positions de roi et de reine, pour l’empêcher de prendre leur place. De la même manière, la jeunesse africaine est sacrifiée par des hommes du 3eme âge qui s’accrochent et ont peur de perdre leur place, qui la redoute et qui répète à longueur de journée qu’elle doit attendre son tour.  

Le mythe d’Œdipe, ou le mythe d’Embolo, est à tout point de vue la manifestation de ce que le Boudhisme appelle le karma, dogme selon lequel la destinée d’un être vivant et conscient est déterminée par la totalité de ses actions passées, de ses vies antérieures.

Karma

Après le but marqué contre son pays d’origine le 24 novembre 2022, Embolo a essayé de contenir un remords qu’il a instinctivement eu, celui d’avoir commis un parricide. C’est dire que c’est à contre cœur que cette jeunesse est obligée de s’engager ailleurs. Et Embolo n’est pas le seul. Dans cette compétition mondiale du Qatar 2022, en dehors des pays africains, 14 pays qui participent comptent parmi leurs rangs au moins un jouer d’origine africaine avec en tête la France  qui aligne 14 joueurs dont 3 camerounais, Kylian Mbappe, Aurélien Tchouameni, et William Saliba. Deux camerounais se retrouvent également dans l’équipe d’Allemagne, Armel Bella-Kotchap, Youssoufa Moukoko, soit au total 6 camerounais engagée dans cette coupe du monde dans les rangs d’autres nations, qui peuvent aussi bien se retrouver face au Cameroun à un niveau ou un autre de la compétition. Plus globalement, c’est 70 joueurs africains qui sont engagés en coupe du monde hors de leurs équipes nationales. Le génie africain exploité  par d’autres. Et ce qui est vrai pour le sport l’est pour la science, l’informatique, la médecine, l’automobile, l’aviation, la haute technologie dans l’ensemble, la littérature, le droit, la recherche. Pendant ce temps on se contente sur le continent d’une contemplation béate et se console en comptant les fils du continent dans tel ou tel championnat. Le mythe d’Œdipe, ou le mythe d’Embolo, est à tout point de vue la manifestation de ce que le Boudhisme appelle le karma, dogme selon lequel la destinée d’un être vivant et conscient est déterminée par la totalité de ses actions passées, de ses vies antérieures. Ce qui arrive à l’Afrique aujourd’hui et qui va arriver demain n’est autre que la conséquence de ce qui s’est fait hier et se fait aujourd’hui. La question est : qu’est-ce que l’Afrique fait pour ne plus être spectateur de l’éclosion de ses talents au profit des autres, et contre soi ? Le manque d’anticipation africain n’empêche pas le monde d’avancer, d’être plus exigeant et d’imposer ce que Alexandre Djimeli appelle la circulation mondiale des talents. Pour le « journaliste en retrait », « la star – malgré lui – du match opposant « ses deux pays » est le fruit de la circulation globale des talents. La motivation principale de cette circulation c’est d’abord de rechercher là où l’on peut s’en sortir, se valoriser et, pourquoi pas, briller. » A l’Afrique de se réveiller et devenir le principal pôle d’attraction où peuvent briller ses talents, sans plus rappeler le mythe…d’Œdipe

Roland TSAPI

One Reply to “Afrique: des talents au détriment du Continent”

  1. Votre talent éditorial est sans pareil. Ceux-ci, m’inspire chaque matin lorsque j’ai la chance de l’écouter. Cela est certainement le fruit de nombreuses recherches donc les résultats trouvent toujours un sens différent dans les oreilles des sourds. Beaucoup de courage et Vivement que la jeunesse qui souhaite faire carrière dans votre domaine s’inspire de vous et solliciter dans la même mesure vos conseils.

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