Afrique : des raisons d’espérer

La restitution de l’Afrique meurtrie par son histoire est désormais en cours. Après les objets d’art qui sont retournés dans divers pays par les colons, les restes des nationalistes commencent à suivre. Patrice Emery Lumumba est retourné dans son pays à l’initiative de la Belgique ancienne colonie, ce qui augure des lendemains meilleurs pour la suite

Le  22 juin 2022, plus de 61 ans après son assassinat, le cercueil de Patrice Lumumba a été ramené sur la terre de ses ancêtres, deux jours après la restitution par la Belgique à la République démocratique du Congo d’une dent, seul reste de la dépouille de l’homme. Partis la veille de Bruxelles à bord d’un avion de Congo Airways, le cercueil et la délégation qui l’accompagnait ont fait escale en début de matinée à Kinshasa. Ils ont alors emprunté trois petits appareils. Les deux premiers transportaient famille et officiels, dont le président de l’Assemblée nationale, le troisième la relique. Un policier au garde-à-vous devant le cercueil à son arrivée à l’aérodrome de Tshumbe dans la province du Sankuru, a solennellement déclaré «  Monsieur le Premier ministre”, la police nationale et les forces armées de RD Congo “sont rangées pour vous rendre les hommages à l’occasion de votre retour au village natal. » De Tshumbe, le cortège a ensuite parcouru 25 kilomètres pour se rendre à Onalua, le village qui a vu naître Lumumba en 1925, où étaient prévus deux jours d’hommages. Onalua qui fait partie depuis 2013 d’une commune baptisée Lumumbaville en mémoire de l’homme. Le cercueil a fait son entrée sur la place du village au son des tam-tams,  transporté par un pick-up de l’armée et recouvert d’un drapeau congolais jaune-bleu-rouge. Un neveu de Lumumba, le chef traditionnel Maurice Tasombo Omatuku, s’était confié à l’Agence France presse à cette occasion, se disant  partagé entre la joie de pouvoir enfin “faire le deuil” de son oncle et la “tristesse” de savoir qu’il avait “réellement été assassiné”. “Son esprit, qui était emprisonné en Belgique, revient ici”, se consolait-il.

Patrice Emery Lumumba était le tout premier Premier ministre de l’ex Congo Belge à la proclamation de l’indépendance le 30 juin 1960. Il prononça à cette occasion un discours qui dénonçait les exactions du colon et rappelait que l’indépendance n’était pas un cadeau de la Belgique, mais le fruit de la lutte, que le pays n’entendait recevoir des ordres de personne, fusse-t-elle l’ancien maître. Trois mois après, il est renversé, puis exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d’armes, Maurice Mpolo et Joseph Okito, par des mercenaires belges. Il avait 35 ans.

Circonstance

Alexander De Croo, Pm belge: nos excuses!

Le 20 juin 2022, le Premier ministre belge Alexander De Croo a prononcé à ce sujet un discours d’excuse qui fera date, diffusé par Radio et télévision belge francophone (Rtbf), dont un extrait dit «  Enfin, ce mot est sur toutes les lèvres ce matin. Et par enfin, nous entendons, trop tard. En réalité, beaucoup trop tard, car il n’est pas normal que la dépouille de l’un des pères fondateurs de la nation congolaise ait été conservé six décennies durant par les Belges, dans des circonstances obscures, jamais vraiment élucidés, mais qui, à la lumière de ce qui est connu, ne font pas notre fierté. Plusieurs ministres du gouvernement belge de l’époque portent en conséquence une responsabilité morale quant aux circonstances qui ont conduit à ce meurtre. C’est une vérité douloureuse et désagréable, mais elle doit être dite. Un homme a été assassiné pour ses convictions politiques, ses propos, son idéal. Pour le démocrate que je suis,  c’est indéfendable. Pour le libéral que je suis, c’est inacceptable, et pour l’humain que je suis, c’est odieux. » Patrice Emery Lumumba était le tout premier Premier ministre de l’ex Congo Belge à la proclamation de l’indépendance le 30 juin 1960. Il prononça à cette occasion un discours qui dénonçait les exactions du colon et rappelait que l’indépendance n’était pas un cadeau de la Belgique, mais le fruit de la lutte, que le pays n’entendait recevoir des ordres de personne, fusse-t-elle l’ancien maître. Trois mois après, il est renversé, puis exécuté le 17 janvier 1961 avec deux frères d’armes, Maurice Mpolo et Joseph Okito, par des mercenaires belges. Il avait 35 ans.

…permettre au Camerounais de se réconcilier avec lui-même, et faire un véritable trait d’union entre son passé et son présent, pour mieux envisager l’avenir. Cela est valable pour toute l’Afrique martyrisée, il suffit à la jeunesse d’y croire. Comme le chante l’artiste congolais justement Pascal Lokua Kanza, né trois ans avant l’assassinat de Lumumba, dans le titre i believe in you, « le soleil viendra, qu’importe le temps qu’il fera »

Espoir

Le retour de Lumumba, et toutes les cérémonies qui l’ont entouré comporte au moins deux messages pour l’Afrique. Le premier, c’est qu’il y a désormais une génération de dirigeants africains qui ne répondent plus docilement du colon, qui sont résolument engagés dans la restauration de la mémoire des ancêtres. Le deuxième, plus important, est adressé à la jeunesse africaine pour lui dire qu’il y a des raisons d’espérer, que le combat contre la dictature et l’oppression ne se gagne pas tout de suite comme sur un ring de boxe, mais sur la durée. Chaque coup compte, donné avec conviction, patience et détermination, sans se laisser aller au découragement, sans céder au discours défaitiste de « tu vas changer quoi ». Un peu comme l’homme de la forêt qui abat un vieil arbre à l’aide de sa hache. Au départ, le tronc est d’une robustesse décourageante, mais il applique le premier coup auquel l’arbre est insensible, après le deuxième, ainsi de suite. Il arrive qu’il aille se reposer pour revenir le lendemain, il arrive qu’il tombe même malade et meurt sans y arriver, mais les premiers coups restent, son successeur vient continuer l’œuvre, et un jour le baobab tombe. La toute puissante  Belgique est tombée aux pieds de la Rdc, elle a elle-même « porté ses pieds », pour emprunter à l’expression familiale, pour revenir remettre ce qu’elle n’aurait jamais dû emporter. Il y a des raisons d’espérer que toutes les autres puissances coloniales suivent cet exemple, pour ramener les restes de Félix Roland Moumié, Kemayou, Kingué et tous les autres nationalistes assassinés en exil, il est possible que même en interne on réhabilite les Castor Osende Afana dont le corps sans tête a été enterré par son second à l’aide de son couteau quelque part dans la forêt tropicale, Ruben Um Nyobé, Ernest Ouandié….Il est possible que les lieux mythiques comme les chutes de la Metche à l’Ouest du Cameroun où les différentes grottes dans la forêt en Sanaga Maritime, qui ont avalé des milliers de corps anonymes, soient restaurés, tout cela pour permettre au Camerounais de se réconcilier avec lui-même, et faire un véritable trait d’union entre son passé et son présent, pour mieux envisager l’avenir. Cela est valable pour toute l’Afrique martyrisée, il suffit à la jeunesse d’y croire. Comme le chante l’artiste congolais justement Pascal Lokua Kanza, né trois ans avant l’assassinat de Lumumba, dans le titre i believe in you, « le soleil viendra, qu’importe le temps qu’il fera »

Roland TSAPI

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