Afrique : continent de l’avenir

Officiellement présenté comme le continent le plus attardé et rétrograde dans les mentalités, l’Afrique se révèle avec le temps être le centre d’intérêt qui oriente la géopolitique internationale. Mais les Africains eux-mêmes semblent ne pas s’en rendre compte.

Le continent africain a été depuis des siècles l’objet d’un dénigrement systématique. La couleur noir de ses habitants diabolisée, la misère et les guerres civiles mises en avant et autres. Le lessivage psychologique avait pour but d’amener l’africain à se déprécier lui-même. Objectif largement atteint, quand on observe encore, au 21eme siècle, l’engouement de partir qui anime toutes les classes sociales, ou l’intéressant que fait celui qui passe ses congés en Europe où se trouve déjà toute sa progéniture. Ce que l’Africain comprend moins, c’est que la stratégie impérialiste était de l’amener à se détester, croire qu’il n’est bon à rien, se désintéresser de ses terres et les quitter au besoin, pour qu’il l’occupe et l’exploite à fond. Pour une simple raison, l’Afrique est l’avenir.

Ainsi, la propension de l’Afrique à croître aujourd’hui rapidement (qu’il s’agisse de sa population, de sa consommation ou de son urbanisation) se heurte à la lenteur de ses transformations structurelles, au plan économique comme au plan politique.

Paradoxe  

En 2021, l’économiste bissau-guinéen Carlos Lopes, ancien Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique à l’Organisation des Nations Unis, a publié un livre intitulé L’Afrique est l’avenir du monde. Repenser le développement, objet d’une note de lecture d’Anthony Mangeon. De la quintessence faite de ce dernier, on apprend, ce qui n’est qu’un rappel, que l’Afriqueest le deuxième continent du monde par sa superficie, avec ses 30 millions de km2 qui le placent juste derrière l’Asie et ses 44,5 millions. Elle regorge la moitié de la surface cultivable et un tiers des ressources naturelles mondiales inexploitées sur la planète, sans parler de son potentiel solaire et fluvial qui semble inépuisable pour produire de l’électricité,  l’Afrique est le continent qui cause actuellement le moins de dommages au climat de la planète. Sur le plan démographique, on compte désormais 1,3 milliards d’Africains, et ils seront 2,5 milliards à l’horizon 2050. Pourtant, l’Afrique reste pauvre car son agriculture, qui mobilise 65 % de ses emplois et 75 % de son commerce intérieur, se caractérise dans le même temps par les plus faibles niveaux de productivité au monde. Le continent manque par ailleurs cruellement d’industries manufacturières susceptibles de transformer ses ressources et matières premières, il n’a pas connu à ce jour de véritable révolution industrielle. Ainsi, la propension de l’Afrique à croître aujourd’hui rapidement (qu’il s’agisse de sa population, de sa consommation ou de son urbanisation) se heurte à la lenteur de ses transformations structurelles, au plan économique comme au plan politique.

Pour réussir ces transformations, la construction d’États et de politiques développementalistes s’avère plus que jamais nécessaire, qui devront œuvrer à une meilleure intégration régionale et internationale des cinquante-quatre pays africains.

Défis

Pour retrouver sa vraie place, le Continent devra selon Carlos Lopes, relever huit défis : réformer le système politique, respecter la diversité, comprendre le contexte des politiques publiques, se transformer structurellement grâce à l’industrialisation, augmenter la productivité agricole, revoir le contrat social, s’adapter au changement climatique et se donner la capacité d’agir dans les relations avec la Chine. L’économiste montre comment le continent africain peut, à partir de sa situation et de ses ressources spécifiques, devenir l’agent d’un développement autonome plutôt qu’un simple épigone d’expériences historiques antérieures ou extérieures. C’est bien parce que « l’Afrique n’est prisonnière d’aucun choix technologique » qu’elle peut « directement adopter la voie de l’énergie verte et propre, sans passer par les anciens modèles à forte empreinte carbone », et convertir son actuel statut de « victime du changement climatique » en celui d’acteur majeur dans l’élaboration de véritables solutions. En réduisant par exemple les distances entre lieux de production et sites de transformation ou de consommation, en promouvant une industrialisation manufacturière respectueuse de l’environnement, en investissant dans des infrastructures durables et efficaces, en s’imposant dans le marché mondial des énergies renouvelables grâce à ses ressources uniques en biomasse, géothermie, hydroélectricité, énergie éolienne et solaire, l’Afrique verrait assurément se profiler un nouvel avenir. Le continent peut miser également sur son « économie bleue » en exploitant mieux ses espaces aquatiques et marins : l’océan entoure en effet trente-huit pays côtiers du continent et permet 90 % de ses importations et exportations, sans parler de ses voies maritimes et fluviales absolument cruciales d’un point de vue géopolitique. Pour réussir ces transformations, la construction d’États et de politiques développementalistes s’avère plus que jamais nécessaire, qui devront œuvrer à une meilleure intégration régionale et internationale des cinquante-quatre pays africains. Carlos Lopes insiste également sur la solidarité intergénérationnelle qui doit relier les humains du présent à ceux du futur, autant que les populations occidentales et orientales à celles de l’Afrique, car « la croissance démographique africaine a lieu à un moment où la planète va connaître un vieillissement spectaculaire et extraordinaire de sa population.» Une nouvelle éthique s’impose dès lors pour refonder « un contrat social qui tienne compte de cette évolution démographique »… De même, dans les relations économiques et géopolitiques qui, depuis quelques décennies, s’intensifient avec la Chine, l’Afrique doit devenir davantage un partenaire qu’une source de matières premières et un marché. Son avenir – tout comme celui de notre planète, dépendra de la manière dont les Africains relèveront les défis. Le Cameroun qui est l’Afrique en miniature, se doit d’être un modèle dans cette quête africaine. Le pays concentre des atouts qui bien exploités feront du territoire une terre d’attraction où l’africain s’aime lui-même et s’apprécie, plutôt que d’être comme aujourd’hui, une terre que chacun rêve de quitter dès qu’il a les moyens de payer un billet d’avion, ou à défaut quand il a l’esprit assez suicidaire pour se lancer dans la mer.

Roland TSAPI

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