Afrique centrale : l’impossible intégration

A l’heure où l’Afrique doit s’unir pour faire face à la pression occidentaliste qui tend à la maintenir sous la domination, les enfant du continent se regardent encore en chien de faïence et considèrent leurs frères comme des étrangers.

Depuis le 20 octobre 2022, la Guinée équatoriale a entrepris d’expulser de son territoire tous les étrangers dits en situation irrégulière. D’après un communiqué daté du 26 octobre 2022, le Consul du Cameroun à Bata informe les Camerounais de la Guinée équatoriale de ce que cette décision est celle d’un pays souverain. Cette nouvelle opération d’expulsion des soit disant étrangers, qui à quelques points de vue se déroule avec un peu d’humanisme comparé aux fois précédentes où les Camerounais était transportés dans des camions et déversés aux larges de Campo comme des animaux, est tout de même de nature à faire frémir les panafricanistes de la première heure dans leurs tombes. Ce mouvement né sous l’impulsion des Africains de la diaspora appelait non seulement à la libération totale de l’Afrique de la domination coloniale, mais aussi et surtout, à son unité. Pour ses fondateurs, rappelle Simão L. Makiadi dans la revue Mulemba de 2016, il existe bien une personnalité africaine commune à tous les hommes, toutes les femmes de race noire. Cette personnalité noire recèle des valeurs spécifiques de sagesse, d’intelligence et de sensibilité. Les peuples noirs qui sont les peuples les plus anciens de la terre (d’où le credo autant anthropologique que historique selon lequel «l’Afrique est le berceau de l’Humanité») sont voués à l’unité et à un avenir commun. Le panafricanisme est une vision culturelle, sociale et politique, une philosophie et une idéologie qui cherchent à unifier les Africains d’Afrique avec les membres de sa diaspora éparpillée à travers le monde en une communauté africaine globale, et qui appelle à l’unité politique de l’Afrique. Tout en appelant les Africains à prendre conscience de leurs réalités multiples qu’il ne faut pas chercher à estomper, le panafricanisme les appelle aussi à ne pas se diluer ou s’abandonner, mais plutôt à s’affirmer. Il refuse toute idée d’assimilation, d’association et d’intégration dans le monde du dominateur blanc qui avait caractérisé le système colonial. Ainsi, il a soutenu avec force le mouvement de libération nationale en Afrique contre la domination coloniale. Son slogan était alors: «L’Afrique aux Africains». Mais il vise aussi à amener les Africains à participer à l’élaboration de la «civilisation universelle» ainsi qu’à la coopération économique, intellectuelle et politique entre les pays africains. Il demande que les richesses du continent soient utilisées pour le développement de ses peuples. Ainsi, il appelle à l’unification des marchés financiers et économiques et à un nouveau paysage politique du continent. Autrement, il a appelé à l’intégration régionale en question, appelé aussi le panafricanisme de l’intégration à côté de celui de la libération, lequel était principalement politique.

l’Afrique pourrait-elle être unie en luttant contre elle-même ? Les enfants africains pourchassés au large des côtes européennes, le devraient-ils être également aux confins des frontières africaines ? Une sagesse africaine dit : « si l’enfant du voisin fuit et entre toi, donnes-lui le souper et le coucher, et va ensuite discuter avec son père. Car le mettre dehors augmenterait plutôt…ses souffrances.

Hospitalité africaine

Théodoro Obiang Nguema Mbasogo

Le président équatoguinéen Théodoro Obiang Nguema Mbasogo, avec près de 43 années passées à la tête de son pays, est actuellement le plus ancien président en exercice au monde. Il est surtout présenté comme un adepte du panafricanisme, de la liberté des Africains à disposer d’eux-mêmes, par eux-mêmes et pour eux-mêmes. En visite en Côte d’Ivoire en décembre 2019, il avait échangé avec son homologue ivoirien sur des questions bilatérales ainsi que sur la réforme du franc cfa, et lors du point presse à l’issue de cette rencontre, il avait apprécié la réforme du franc cfa dans la zone Uemoa et souhaité voir la même réforme en zone Cemac, en jugeant cette monnaie « obsolète. » En janvier 2018 déjà, sous la direction scientifique de Jean Koufan Menkéné, maître de conférences à l’Université de Yaoundé I, un livre intitulé « L’idée panafricaniste chez Obiang Nguema » était publié, qui revient « sur le combat pour une Afrique libre, digne et respectée sur la scène internationale à travers la vision d’un homme converti, certes, tardivement à l’idéologie du panafricanisme, mais qui impressionne par sa singularité. Parce qu’il faut le dire, les six dernières années de la présidence d’Obiang Nguema sont plus chargées de sens, d’une vision novatrice de la place du continent sur l’échiquier planétaire, que les trente années qui avaient suivi sa prise du pouvoir. » C’est dire que la Guinée Equatoriale est désormais gouvernée par un homme qui a compris que la solidarité africaine est l’un des piliers de son développement. Aussi, à 80 ans, Théodoro Obiang Nguema Mbasogo sait aussi mieux que n’importe quel Africain, que « la maison n’est jamais pleine d’hommes », et que « l’on est jamais riche que par les hommes. »

Peut-on dès lors, en prenant en compte l’idéologie qu’il défend désormais et le sens de l’hospitalité que lui confère l’âge, penser qu’il soit à l’origine de l’expulsion des soit disant « étrangers » de son territoire ? Soit disant « étrangers », parce que dans la logique panafricaniste, l’Africain ne saurait être étranger en Afrique. Aussi, le 29 novembre 2013, Obiang Nguema Mbasogo était en visite au Benin, et a rencontré la jeunesse avec son homologue Yayi Boni au palais des Congrès de Cotonou. Il leur adressa ce jour ce message : « J’invite la jeunesse à se réveiller parce que l’Afrique est toujours dominée et subit beaucoup de manipulations des puissances qui ne veulent pas de la souveraineté acquise à l’indépendance…Nous devons prendre l’initiative d’unir l’Afrique. Il faut une Afrique unie, intégrée qui n’a pas de problèmes de culture, sans barrières linguistiques, c’est comme cela que nous pouvons surmonter les difficultés… L’Afrique d’hier n’est pas l’Afrique d’aujourd’hui.» 9 ans après ce discours, que s’est-il passé ? Au-delà des considérations économiques et politiques, l’Afrique pourrait-elle être unie en luttant contre elle-même ? Les enfants africains pourchassés au large des côtes européennes, le devraient-ils être également aux confins des frontières africaines ? Une sagesse africaine dit : « si l’enfant du voisin fuit et entre toi, donnes-lui le souper et le coucher, et va ensuite discuter avec son père. Car le mettre dehors augmenterait plutôt…ses souffrances.

Roland TSAPI

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