Africains : réveillez-vous 2eme partie

La redéfinition des rôles des composantes sociales, et surtout du rôle des intellectuels, est plus que jamais urgente, pour relever le statut du continent

Nous revenons aujourd’hui sur la suite de la conversation que nous proposions vendredi dernier, entre un homme blanc du nom de Walter, et un intellectuel africain de nationalité zambienne du nom de  Field Ruwe, dans un avion qui faisait un vol intérieur au Etats unis. Walter lui avait démontré que l’Afrique s’était laissé dépasser par tous les pays jadis classé comme elle dans le tiers monde, à cause de l’inutilité de ses intellectuel incapable de fabriquer un cure dent,  et aujourd’hui était réduit à un statut d’inférieur, considéré comme tel même par un sans-abri ramassé dans la rue de New York. En continuant le sermon amical que le blanc faisait, Field Ruwe reporte : Il tempéra sa voix et dit « Surmontez ce syndrome de la peau blanche et commencez à avoir confiance en vous-mêmes. Devenez innovant et fabriquez vos propres trucs pour l’amour de Dieu. À 8 heures du matin, l’avion a atterri à l’aéroport international Logan de Boston. Walter m’a tendu la main en disant “Je sais que j’ai été rude, mais c’est la vérité. Je suis allé en Zambie et j’ai vu trop de pauvreté. Il sortit un morceau de papier et griffonna quelque chose. « Tiens, lis ceci. Il a été écrit par un ami. » C’était le titre d’un livre « Seigneurs de la pauvreté ».

En tant que nation, nous manquons d’initiative et nous nous comportons comme 13 millions de fonctionnaires dépendants du maigre salaire de la fonction publique. Nous pensons que le développement peut être généré en nous asseyant de 8h à 16h derrière un bureau portant une cravate avec nos diplômes accrochés au mur. »

Choc de conscience

Le blanc le laissa là et parti. Figé sur place, il raconte : « Foudroyé, j’ai eu un sentiment de naufrage. J’ai regardé Walter franchir les portes de l’aéroport jusqu’à une voiture qui attendait. Il avait laissé un énorme nuage de poussière tournoyer dans mon esprit, réveillant de tristes souvenirs. Je pouvais voir les lettrés de la Zambie – les cognoscentes, l’intelligentsia, les universitaires, les intellectuels et les savants dans les endroits qu’il avait mentionnés en train de baver et de parler en désordre. Je me suis souvenu de certains qui ont réussi depuis – comment ils ont obtenu les meilleures notes en mathématiques et en sciences et ont atteint la plus haute éducation de la planète. Ils sont allés à Harvard, Oxford, Yale, au Massachusetts Institute of Technology (MIT), pour ne laisser aucune invention ni découverte. J’en connaissais par leur nom et j’ai bu avec eux au Lusaka Playhouse et au Central Sports. Walter a raison. Il est vrai que depuis l’indépendance nous n’avons pas su faire preuve de déni de projet civilisationnel. En tant que nation, nous manquons d’initiative et nous nous comportons comme 13 millions de fonctionnaires dépendants du maigre salaire de la fonction publique. Nous pensons que le développement peut être généré en nous asseyant de 8h à 16h derrière un bureau portant une cravate avec nos diplômes accrochés au mur. »

L’échec le plus important est dû à des circonstances politiques sur lesquelles ils ont eu peu de contrôle. Les gouvernements précédents n’ont pas réussi à créer un environnement qui récompense les idées novatrices et encourage la résilience. Kenneth Kaunda, Chiluba, Mwanawasa et Banda ont embrassé les idées orthodoxes et n’ont donc pas réussi à  les faire prospérer. 

Système politique

Field Ruwe continua alors sa médiation intérieure en se disant : « Mais l’intelligentsia n’est pas seule, ni même principalement, à blâmer. L’échec le plus important est dû à des circonstances politiques sur lesquelles ils ont eu peu de contrôle. Les gouvernements précédents n’ont pas réussi à créer un environnement qui récompense les idées novatrices et encourage la résilience. Kenneth Kaunda, Chiluba, Mwanawasa et Banda ont embrassé les idées orthodoxes et n’ont donc pas réussi à  les faire prospérer.  Je pense que la réinitialisation du roi Cobra a été réalisée dans le même paradigme que celui de ses prédécesseurs. Si aujourd’hui je lui disais que nous pouvons construire notre propre voiture, il me mettrait à la porte en disant : « Naupène ? Fuma apa. (Es-tu fou? Sors d’ici). Sachant bien que King Cobra n’incarne pas l’innovation, commençons à chercher un leader technologiquement proactif qui pourra lui succéder après un mandat ou deux. De cette façon, nous pourrons fabriquer nos propres concasseurs de pierres, filtres à eau, pompes à eau, lames de rasoir et moissonneuses. Voyons grand et faisons des tracteurs, des voitures et des avions, etc… Sinon comme l’a dit Walter, nous resterons à jamais inférieurs. Une transformation fondamentale de notre pays nécessite un leadership audacieux qui prend des risques avec une attitude de gagnant. Ne nous sentons pas insulté par Walter. Prenons plutôt un moment pour penser à un avenir différent. Notre parcours de 1964 à ce jour a été marqué par les larmes. Chacun de nous a perdu un être cher à cause de la pauvreté, de la faim et de la maladie. Le nombre de tombes rattrape la population. Il est temps de changer notre culture politique. Il est temps pour les intellectuels zambiens de cultiver un mouvement progressiste qui changera nos vies pour toujours. N’ayons pas peur, ne soyons pas découragés, relevons le défi…. Africains Réveillez-vous! »

L’impérieux réveil

Il en est de la Zambie, comme de nombreux pays africains, et davantage les pays au Sud du Sahara. L’auteur de cette aventure, qui en a eu pour son compte, rappelle simplement que la combinaison des systèmes politiques amorphes et sans vision, avec des intellectuels qui sont complètement passés à côté de leurs missions, a fini d’enterrer l’Afrique et la maintenir dans un statut plus qu’inférieur. En effet pour prendre l’exemple d’un seul domaine, alors que les agriculteurs peinent dans les champs, manquant de savoir-faire pour entretenir leurs cultures, alors que des espaces entiers s’étendant sur des milliers d’hectares sont vides et ne demandent qu’à être mis en valeur, les ingénieurs agronomes sont dans les bureaux des ministères, le cou attaché par une cravate, dans le confort d’un climatiseur consommant l’électricité que l’Etat n’arrive pas à payer, participant à longueur des mois et d’années à des « séminaires de renforcement des capacités et de formation des formateurs  dans le domaine de la budgétisation technique des plans de culture  de haute qualité des semences réformées dans les zones semi arides et de forte  précipitation pour l’amélioration de la production alimentaire à l’horizon 2035, sous le haut patronage de son excellence monsieur le président de la république, avec la participations des experts internationaux du fonds mondial de la nourriture et du Programme international de la réduction de la famine dans le monde… » Les gros mots de Yaoundé, pour reprendre l’humoriste. Pendant que les ingénieurs sont dans les champs en Asie et en Inde, en Afrique ils sont dans les bureaux, et en fin d’année, les ministres du Commerce font leur bilan pour dire combien de milliards ont été dépensés pour acheter le riz produit par ceux-là. Comme dit Field Ruwe : « Nous pensons que le développement peut être généré en nous asseyant de 8h à 16h derrière un bureau portant une cravate avec nos diplômes accrochés au mur.» 

A méditer 

Roland TSAPI

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