Accidents de la circulation : la sécurité routière dans l’insécurité

Les accidents de la route sont favorisés aussi par les infrastructures routière aussi, qui dans la plupart des cas ne « pardonnent » pas

Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2021, 9 personnes ont perdu la vie dans un accident de circulation sur la route nationale numéro 3 Yaoundé Douala, au niveau de Boumnyebel. Tout le monde était unanime sur les causes de l’accident, la chute d’un arbre sur la route. Se confiant à l’agence de presse Anadolu, le maire de la commune de Boumnyebel Christine Ngo Tjock a confirmé qu’un arbre qui était tombé sous la violence des coups de vent et d’orages en était l’origine. L’obstacle avait obligé une voiture qui venait de Douala à se déporter sur sa gauche, et est entré en collision avec un véhicule de transport en commun. En plus des 9 morts, on comptait aussi les blessés. Cet accident qui n’est pas le seul vient reposer une question généralement ignorée dans les campagnes de prévention des accidents de la route. Il ne s’agit plus de la sécurité routière, mais de la sécurité de la route. Est-ce que la route au Cameroun  garantit la sécurité des usagers, ou son état est-il plutôt de nature à augmenter les risques d’accidents ?  Autrement dit, quelles que soient les mesures de sécurité que l’on prend, peut-on être en sécurité dans une maison mal construite et qui risque de s’effondrer à tout moment ? 

Les obstacles latéraux constituaient un des champs d’action offrant les plus grandes potentialités dans la lutte contre l’insécurité routière

Obstacles

Les infrastructures routières qui relient les grandes villes au Cameroun sont loin de répondre aux normes. Déjà qu’on devrait parler des autoroutes reliant ces villes, mais faute de les avoir, l’entretien et la mise aux normes de ce qui existe reste encore un véritable problème. Le commun de mortel, en apprenant l’accident de Boumnyebel, pose instantanément la question de savoir c’est qu’un arbre fait au bord de la route, pour être par la suite renversé sur la chaussée par les vents violents ? Ce n’est pas au ministère des Transports, où on parle de réduire les accidents de la route, qu’on ignore que les abords des autoroutes doivent être aérés. Mais les routes camerounaises dans la grande majorité sont couvertes des arbres, et en plus des arbres, l’homme vient en ajouter avec d’autres types d’obstacles érigés en bordure des routes. En 2002, le service français d’études techniques des routes et autoroutes rendait public un guide technique intitulé « traitement des obstacles latéraux sur les routes principales hors agglomération. » Il relevait qu’au bord des routes françaises, ils étaient  innombrables : des centaines de milliers, voire des millions d’arbres, de poteaux, de têtes d’aqueducs, d’ouvrages maçonnés en tout genre, d’équipements routiers même, qui sont souvent dangereux, aggravant fortement les conséquences de sortie de route des véhicules, d’autant plus qu’ils sont proches de la chaussée. En conséquence, les obstacles latéraux constituaient un des champs d’action offrant les plus grandes potentialités dans la lutte contre l’insécurité routière. Surtout qu’à l’aube du 21ème siècle, en provoquant plus de 1800 tués chaque année, les collisions avec un obstacle en rase campagne représentaient une importante part de la mortalité routière, environ le quart de l’ensemble des tués dans des accidents de la circulation.

 “Supprimer les obstacles de toute nature occupant les abords augmenterait les chances de réduction de la gravité des accidents, en minimisant notamment les risques de blocage brutal des véhicules. »

La route qui pardonne

Une étude pareille faite au Cameroun, si elle n’existe pas encore, donnerait des résultats plus préoccupants.  L’on sait pourtant qu’un accident de la route va  au-delà de l’erreur de conduite, comme le dit l’étude « les facteurs humains y sont certes prépondérants mais, souvent, l’infrastructure joue aussi un rôle, direct ou indirect, majeur ou non, déclenchant ou aggravant. Les erreurs des conducteurs ont elles-mêmes des causes culturelles, sociales ou liées à la route et son environnement, au niveau ou en amont de l’accident. Aussi, faut-il passer de l’erreur humaine au dysfonctionnement du système routier, c’est à dire l’inadaptation de la route aux comportements des conducteurs, à leurs défaillances éventuelles –, adopter une conception multi causale et une approche systémique de l’accident » L’étude avait abouti au concept de la “route qui pardonne”, correspondant à la prise en compte des erreurs fortuites de comportement des usagers. Une bonne part des sorties de route sont liées à des fautes banales, voire bénignes a priori, pas forcément à un comportement hautement délictueux comme l’emprise alcoolique ou la vitesse excessive. De même, la sortie peut résulter d’une tentative d’évitement d’un animal errant, d’un autre véhicule se déportant, de la perte de contrôle consécutive à l’éclatement d’un pneu. Les auteurs faisaient alors remarquer qu’améliorer les caractéristiques strictement routières comme le tracé, les intersections, des accotements permettant des manœuvres de récupération, et les équipements de sécurité était important, mais cela ne peut suffire à éviter toutes les sorties de route. « Supprimer les obstacles de toute nature occupant les abords augmenterait les chances de réduction de la gravité des accidents, en minimisant notamment les risques de blocage brutal des véhicules. »

Danger permanent

A Boumnyebel comme un peu partout sur les routes camerounaises, les obstacles ne restent même plus sur place en attendant que les usagers viennent les trouver, ils vont retrouver les usagers sur la chaussée.  Il y a 4 ans, le 27 janvier 2017, le site d’information en ligne camer.be rendait compte d’un arbre qui était tombé sur la chaussée sur la même route Yaoundé Douala, au niveau du village Tikong, arrondissement de Mbankomo à 44 km de Yaoundé. Sans dégâts matériels ni pertes humaines cette fois, mais les usagers avaient dû patienter de longues heures, le temps que les riverains pourvoient des machettes pour dégager l’obstacle. Le pouvoir n’avait pas compris  que c’était un signal du danger que représentent les arbres en bordure de route. Le 16 octobre 2021, le même phénomène a ôté la vie à 9 camerounais, en laissant des blessés. En attendant que le ministre des Transports pointe du doigt un coupable  dans un communiqué, puisqu’il ne peut pas condamner l’incivisme de l’arbre, il est indéniable qu’en dehors de l’état des routes, la configuration elle-même, est un facteur aggravant des accidents de la circulation. Si le pouvoir avait veillé à avoir à défaut d’une autoroute, au moins une route qui pardonne, l’arbre n’aurait pas à se retrouver sur la chaussée, ajoutant au compteur des pertes inutiles des vies humaines

Roland TSAPI

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