Accès à l’eau : quand la notion du service public n’y est plus

La carence d’eau dans les ménages n’est pas toujours due à l’absence des moyens mais à la gestion de ces moyens par les hommes 

Accès à l’eau, calvaire !

Le monde entier observe à partir de ce 15 mars 2022 la semaine de l’eau, en prélude à la journée mondiale de l’eau qui se célèbre le 22 mars de chaque année. L’accès à des services d’eau potable et d’assainissement est essentiel pour les droits humains et la dignité, de la survie des femmes et hommes à travers le monde, en particulier les plus défavorisés. Plus qu’essentiel que d’étancher sa soif ou de protéger la santé, l’eau est également vitale pour la création des emplois et le soutien au développement économique, social et humain. Mais d’après les statistiques mondiales, plus de 663 millions de personnes vivent sans eau potable près de chez elles, passent d’innombrable heures à faire la queue pour avoir le précieux liquide, parfois sans garanti de la qualité. Selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé, 319 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont toujours pas accès à une eau potable soit trois ménages sur quatre qui vont chercher de l’eau hors de leur domicile, et 695 millions de personnes n’ont pas accès à des services d’assainissement de base. Selon les études, un accès insuffisant à l’eau potable et un assainissement inadéquat a des graves conséquences sur la santé humaine, en même temps qu’il exacerbe la pauvreté et freine le développement. Pour cette raison, la communauté internationale a reconnu depuis 2010 l’accès à une eau de qualité et à des installations sanitaires comme un droit fondamental de l’homme, et c’est tout aussi l’enjeu des dix-sept (17) Objectifs du Développement Durable (ODD) qui prévoient notamment dans l’objectif 6, un accès universel à l’eau potable et à l’assainissement en 2030. Au Cameroun, d’après la Banque Africaine de Développement, cité par une étude du Pan African Medical Journal en 2019, le taux de desserte en eau potable était de 33% au Cameroun en 2010 comparé à un pays comme le Sénégal où ce taux était de 98% en zone urbaine et 82% en zone rurale, et 67% de Camerounais n’était pas connectés à un réseau d’adduction d’eau. Face à cette situation, le gouvernement camerounais avec l’aide des bailleurs de fond ont mis sur pieds des stratégies d’intervention devant faire de l’assainissement et l’accès à l’eau potable une réalité dans le cadre d’atteinte des Objectifs du Développement Durable (ODD).

Il n’est pas exclu que les robinets constamment à sec au Cameroun soit la conséquence de pareilles pratiques, de l’entretien des goulots d’étranglements dans divers services de la structure en charge de la distribution de l’eau.

La faute humaine

Le siège de la Camwater à Douala. Y travaille-t-on toujours pour le service public?

Sortis des chiffres et des stratégies, le Camerounais est encore face à la réalité en 2022, celle de l’absence d’eau, ou d’une présence insuffisante de ce précieux liquide. De quoi interroger le bilan des acteurs du secteur, les travailleurs de l’eau comme on pourrait les appeler. Tous les employés de la Camwater d’aujourd’hui, sous toutes les dénominations connues dans son évolution, peuvent-ils dire la main sur le cœur qu’ils se sont toujours mis au service de l’usager, avec pour seule préoccupations essentielle de fournir cette denrée à la population au vue de son importance. Les ressources mises à disposition dans divers services sont-elles utilisées à bon escient ? Si les différents dirigeants sont comptables des résultats de la structure, il faut également reconnaître que ces derniers occupent des fauteuils essentiellement éjectables, et leur séjour dans la structure est souvent éphémère, comparé au temps mis par certains employés qui occupent des positions stratégiques depuis des années, où ils ont parfois tissé des réseaux qui rament à contre-courant même des objectifs de la maison, la satisfaction de l’usager étant devenu avec le temps accessoires pour eux, et la priorité donnée à la préservation des avantages. En décembre 2021, il y a 4 mois, le ministère de l’Eau et de l’énergie annonçait que  le projet d’amélioration de la desserte en eau potable de Yaoundé et trois villes secondaires (Edéa, Bertoua et Ngaoundéré) avait connu le désistement de la Banque européenne d’investissement BEI, à cause des lenteurs dans l’exécution des travaux. Le montant retiré n’était pas avancé, mais à en croire la Caisse autonome d’Amortissement (CAA), à fin 2020, 87,5% du financement d’un montant de 26,24 milliards de FCFA avait déjà été décaissé. Les ressources de la BEI devaient couvrir, entre autres, l’assistance à la création d’une unité « Environnement » au sein de la Camwater et le suivi des activités environnementales et sociales du projet, une assistance à la fonction comptable et financière de la Camwater ainsi que l’étude « maîtrise de la consommation publique » sous l’autorité du ministère des Finances. Si un retrait pareil n’est pas une bonne nouvelle pour les populations, c’est davantage une forte interpellation pour les acteurs du secteur, qui devraient regretter de voir une telle opportunité leur glisser entre les mains, et se poser la question de savoir ce qui n’a pas marché. On a longtemps pointé du doigt le gouvernement, les dirigeants ou des ministres  sur l’échec de la réalisation de certains projets, alors que parfois les vrais fossoyeurs sont tapis dans l’ombre, le coup d’état scientifique à divers niveaux. Ce n’est sans doute pas le ministre des Enseignements secondaires qui a enterré les dossiers des milliers d’enseignants depuis des années pour bloquer avancements et intégrations. Les auteurs se recrutent dans ses services, et le phénomène a fait le nid dans plusieurs services publics et parapublics. Il n’est pas exclu que les robinets constamment à sec au Cameroun soit la conséquence de pareilles pratiques, de l’entretien des goulots d’étranglements dans divers services de la structure en charge de la distribution de l’eau. La semaine de l’eau qui commence devrait donner l’occasion à tous de faire une introspection, se rappeler que l’eau est un service public et que le patriotisme devrait guider toute attitude. Les travailleurs de l’eau devraient, dans chaque acte, se poser la question essentielle : est-ce que cela permet à la petite fille de Guidiguis, de voir de l’eau couler au robinet ? Tous ont droit à la vie, et l’eau, c’est la vie.

Roland TSAPI

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

code