A l’Onu : l’Afrique ne se tait plus

Dans les instances internationales, une jeune génération détachée des contraintes coloniales et régulièrement au fait des vrais enjeux géostratégiques du monde, consciente des potentialités que représente le continent africain, lève de plus en plus le ton pour affirmer la personnalité d’un peuple qui a tout donné à l’humanité, mais qui n’a jusqu’ici reçu que mépris et ingratitude en retour.

A l’occasion du débat général de la 77ème Session de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unis, le Premier ministre malien le Colonel Abdoulaye Maïga a pris la parole le 24 septembre 2022 à la tribune. Occasion pour lui de porter une fois de plus très haut la voix de la vraie Afrique, celle du réveil et de la nouvelle génération, désormais résolue à ne plus se taire. Une sortie du premier ministre malien qui rappelle celle de Ruben Um Nyobé à la même tribune le 17 décembre 1952, il y a 70 ans. En tant que secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun, il y présenta son plan pour la décolonisation et la réunification du Cameroun. Le discours du colonel Abdoulaye Maïga n’en était pas éloigné, il présentait à son tour le plan de décolonisation de l’Afrique avec le Mali comme pionnier, dans un contexte différent que celui de 1952, mais dans une situation similaire, celle de la tendance internationale à reléguer l’Africain au dernier rang, tout en se servant sur l’Afrique

Affaire des 46 mercenaires

Colonel Abdoulaye Maiga, l’Afrique se réveille

Dès l’entame, le colonel Malien s’est adressé au Secrétaire général de l’Onu António Guterres, qui s’était exprimé deux jours auparavant en faveur de la libération des 46 mercenaires ivoiriens interpellés et détenus au Mali, lui rappelant que c’est « une affaire bilatérale et judiciaire, entre deux pays frères », et que « la qualification judiciaire des infractions liées à cette affaire ne relève pas des attributions du Secrétaire Général des Nations Unies. » A travers lui, il s’adresse également au président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, Umaro Sissoco, qui a soutenu le Secrétaire général de l’Onu dans sa démarche. « Je voudrais très respectueusement, dit le colonel, signifier à ce dernier qu’il existe un principe de subsidiarité, d’ailleurs aux contours flous, entre la Cedeao et les Nations Unies et non un principe de mimétisme. Il est également important de lui préciser que le Secrétaire Général des Nations Unies n’est pas un Chef d’Etat et le Président en exercice de la Cedeao n’est pas un fonctionnaire. Par conséquent, il serait indiqué qu’il ne banalise pas la Cedeao. » Pour clore cette affaire et rappeler une fois pour toute que son pays ne badine pas, le premier ministre malien dit « Devant Dieu et en leur âme et conscience, nous demandons à ceux qui réfutent notre version, d’indiquer s’ils accepteront que des militaires ayant dissimulé leurs identités, en mettant sur leurs passeports qu’ils sont peintres, maçons etc… avec des armes, débarquent dans leur aéroport, sans que le pays de destination n’ait été au préalable informé et dans le dessein funeste de déstabiliser ce pays. S’ils ne l’acceptent pas, en tant qu’Etat, si cela n’est pas possible à Lisbonne ou ailleurs, le Mali non plus ne l’acceptera pas en tant qu’Etat et ce ne sera pas non plus possible à Bamako ou dans une autre localité malienne. »

les autorités françaises sont « profondément anti-françaises pour avoir renié les valeurs morales universelles et trahi le lourd héritage humaniste des philosophes des lumières, se sont transformées en une junte au service de l’obscurantisme.

Le côté obscure de la France

Comme il fallait s’y attendre, le colonel n’a pas manqué de revenir sur les relations tendues depuis près de deux ans entre le Mali et la France, ancienne puissance coloniale. Sans ambages, il décrit non pas le peuple français qu’il respecte, mais  les autorités françaises, comme « profondément anti-françaises pour avoir renié les valeurs morales universelles et trahi le lourd héritage humaniste des philosophes des lumières, se sont transformées en une junte au service de l’obscurantisme. Obscurantisme de la junte française nostalgique de pratique néocoloniale, condescendante, paternaliste et revancharde, qui a commandité et prémédité des sanctions inédites, illégales, illégitimes et inhumaines de la Cedeao et de l’Uemoa contre le Mali. Après plus de 10 ans d’insécurité ayant fait des milliers de morts, autant de réfugiés et de déplacés internes, n’est-ce pas un sacrilège de mettre une population malienne victime de l’insécurité dans un pays enclavé sous embargo pendant 7 mois, en procédant à la fermeture des frontières et la saisie des comptes financiers du Mali ?  Obscurantisme de la junte française qui s’est rendue coupable d’instrumentalisation des différends ethniques, en oubliant si vite sa responsabilité dans le génocide contre les Tutsis au Rwanda, coupable également de tenter désespérément de diviser les maliens enfants d’une même famille. Enfin, obscurantisme de la junte française, qui a violé l’espace aérien malien en y faisant voler des vecteurs aériens tels que des drones, des hélicoptères militaires et des avions de chasse, plus d’une cinquantaine de fois, en apportant des renseignements, des armes et munitions aux groupes terroristes. »

Dette envers l’Afrique

Pour le premier ministre Malien, la France ne devrait pas oublier que l’Afrique ne lui doit rien, mais se rappeler qu’au contraire, elle doit tout à l’Afrique : « Afin de se donner une bonne conscience, la junte française accuse le Mali de n’avoir pas été reconnaissant, en se gargarisant de la mort regrettable de 59 soldats français au Mali, lors de diverses opérations de lutte contre le terrorisme. …Aussi, nous les invitons à ne pas s’arrêter en si bon chemin et de remonter le temps, en passant par leur intervention en Libye décriée par toute l’Afrique, sans oublier la participation forcée des milliers d’Africains à la 1ère et la seconde guerre mondiale, sans oublier la traite négrière qui explique l’essor économique de beaucoup de pays. Combien d’Africains sont-ils morts pour la France et le monde libre dans lequel nous sommes ? » C’était Um Nyobé en 1952, c’est Abdoulaye Maïga en 2022, à la tribune de l’Onu. Les indépendances réclamées en 1952 ont été noyées avec la complicité des frères africains qui ont accepté d’être les nègres de service. Y en aurait-il encore pour noyer l’indépendance réclamée en 2022. A la jeunesse de se questionner !

Roland TSAPI

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