Cni : les citoyens en double victimes

Au contraire, après lui avoir infligé toutes les tortures morales que peut subir un homme qui a le sentiment d’être un fugitif ou un sans papier chez lui, cet État-là, lui ajoute les violences physiques et finit par le priver de sa liberté, sans se poser la question de savoir où est sa propre responsabilité dans ce qui arrive. Dans un sursaut de conscience et un élan de réparation, on se serait attendu que lors du séjour de Foundikou dans la cellule du commissariat, l’Etat lui apporte sa carte nationale d’identité, parce que cela est possible, accompagné des excuses sincères. Pareil sursaut de conscience, on l’a vu avec le ministre de la Fonction publique et de la réforme administratives le 24 février 2022, quand en quelques jours l’arrêté d’intégration de Hamidou, professeur d’Education physique et sportive au lycée de Beka depuis 10 ans était signé, accompagné d’une lettre de félicitations. Les autres arrêtés d’intégration ont suivi, libérant nombre d’enseignants qui avaient le sentiment d’être des clandestins dans leurs corps de métier. Comme Hamidou, Foundikou devrait rentrer en possession de sa carte d’identité et cesser d’être inquiété, et cela devrait déclencher la délivrance sans délai à tous les usagers dans la même situation de cette pièce, qui seule consacre l’intégration à la citoyenneté camerounaise.

Afrique : continent de l’avenir

Pour retrouver sa vraie place, le Continent devra selon Carlos Lopes, relever huit défis : réformer le système politique, respecter la diversité, comprendre le contexte des politiques publiques, se transformer structurellement grâce à l’industrialisation, augmenter la productivité agricole, revoir le contrat social, s’adapter au changement climatique et se donner la capacité d’agir dans les relations avec la Chine. L’économiste montre comment le continent africain peut, à partir de sa situation et de ses ressources spécifiques, devenir l’agent d’un développement autonome plutôt qu’un simple épigone d’expériences historiques antérieures ou extérieures. C’est bien parce que « l’Afrique n’est prisonnière d’aucun choix technologique » qu’elle peut « directement adopter la voie de l’énergie verte et propre, sans passer par les anciens modèles à forte empreinte carbone », et convertir son actuel statut de « victime du changement climatique » en celui d’acteur majeur dans l’élaboration de véritables solutions.

Figure : Sokoudjou Jean Philippe Rameaux, la résistance au trône

En décembre 2020, dans l’une de ses sorties épistolaires, il s’adressait encore ainsi aux hommes du pouvoir, dans un langage terre à terre qui lui est propre : « Donc si vous avez de l’argent et que vous voyez même un cadavre humain vous allez seulement acheter? Donc comme vous avez le pouvoir là, le peuple va seulement se coucher par terre et vous marchez sur lui pour montrer votre part de puissance? Mais que chacun sache que le jour se lève et retombe. Seul le temps nous dira qui disait la vérité et surtout n’oubliez pas que l’année prochaine n’est que demain. Quand dieu vous donne de l’argent ou le pouvoir, ce n’est pas pour écraser son peuple, pas pour que vous partagez la misère et la souffrance à son peuple, mais pour que vous soyez le sel de la terre, que vous vous mettez au service des nécessiteux et que vous soyez du côté de ce peuple qui se bat déjà chaque jour pour vivre. » Agé de 86 ans, il prépare ses 70 ans de règne du 31 décembre 2O22 au 14 janvier 2023, à Bamendjou et à Bikok dans la région du Centre, où il est également successeur de son père adoptif, de qui il a hérité le nom de Esso. La combinaison qui donne l’appellation Sokoudjou-Esso, reste, au-delà de la résistance, le symbole de l’interculturalité, et du vivre ensemble.

Normes : l’habitat hors règle

Malheureusement, la situation de non-respect des normes dans le domaine de l’habitat, relevée par des études il y a 40 ans, est allée s’empirant depuis lors, avec une poussée démographique non maîtrisée. Une panoplie de lois a été pourtant élaborée entre temps, comme la loi N° 2004-003 du 21 avril 2004 régissant l’urbanisme au Cameroun, qui dit par exemple à l’article 16 : « Sauf disposition contraire contenue dans les documents de planification urbaine, la façade principale donnant sur rue de toute nouvelle construction doit être implantée à une distance des limites parcellaires au moins égale à cinq (5) mètres. » Mais sur le terrain, des propriétaires implantent leurs maisons à la lisière de la rigole, et se moquent des croix de saint André marquées du reste avec complaisance sur le mur. La norme de l’habitat, de la maison d’habitation, du cadre de vie des populations est l’un des domaines qui devrait interpeller les politiques en cette semaine de la normalisation. Ils ne le savent peut être pas, mais dans des quartiers les populations vivent dans des cellules infectes et non aérés, abusivement appelés chambres.

Gaz domestique : opacité dans l’approvisionnement

La Sctm ne put sortir de cette situation et relever la tête que grâce à l‘entregent de son jeune directeur Ludovic Sielienou. Mais combien de managers n’ont pas eu la même force pour tenir, combien sont-ils qui ont dû fermer l’entreprise et partir à l’étranger pour certains, à cause des pratiques qui dissuadent et découragent ? Comment faire éclore l’économie camerounaise dans un climat des affaires infecté de pratiques contre-productives? Autant de questions que devrait se poser le politique, assoiffé de l’émergence en 2035, au risque de se retrouver à cet horizon, comme la Cigale de Jean de Lafontaine qui avait passé son temps à chanter au lieu de semer, et au moment de manger, la fourmi lui demanda de danser !

Budget d’Etat : les lignes de la gabegie

Le gouffre serait bien profond au moment où Paul Biya instruit les audits de ces lignes en janvier 2022, sur une période de 11 ans, de 2010 à 2021. Le rapport du Contrôle supérieur de l’Etat sur l’ampleur des dégâts financiers n’est pas encore officiel à date, mais le nombre de fonctionnaires convoqués laisse présager que la fête aura été grandiose et les participants bien nombreux. Bien entendu, durant cette période de 11 ans, les 1790 fonctionnaires ne sont pas les seuls à avoir effectué des missions, mais s’ils sont convoqués cela est indicateur de l’existence des soupçons. En attendant les conclusions qui n’auront rien de reluisant pour les caisses de l’Etat, des questions essentielles se posent encore : que font au quotidien les instances chargés de vérifier et d’empêcher cette saignée, Conac, Anif, Cours des comptes et Contrôle supérieur de l’Etat confondus, pourquoi faut-il toujours attendre l’instruction présidentielle pour se lancer aux trousses des prévaricateurs ? Et aux fonctionnaires, pourquoi toujours penser et se comporter comme si l’Etat est une vache à lait qu’il faut traire indéfiniment ?

Afrique : la marche vers la conscience

Dans le même temps, Vincent Ganty tente de mobiAprès avoir une fois de plus exterminé les populations africaines dans les guerres d’indépendance, les colons partirent par la porte pour rapidement revenir par la fenêtre. Comme l’ennemi ne dort jamais, ils ont développé d’autres moyens plus subtils pour continuer à asservir l’homme Noir. La monnaie comme le franc cfa en est un exemple, de même que les systèmes de gouvernement sous contrôle et des contrats d’exploitation des ressources du sous-sol africain. L’Afrique a ainsi passé plus de 600 ans à se battre pour retrouver sa dignité, pour se débarrasser des impérialistes accrochés comme une sangsue qui sucent et sucent encore. Tout cela a fait que l’Afrique accuse un énorme retard, qu’il faut désormais rattraper. C’est la mission aujourd’hui dévolue à la jeunesse, qui doit savoir d’où elle vient pour savoir où elle va. La lutte est loin d’être achevée, quelques batailles ont été gagnées mais la guerre reste ouverte, et se mène désormais sur un terrain où se chevauchent technologie pointue et maîtrise de ses origines. liser les populations sur le territoire. Dans diverses lettres à l’approche des élections législatives du 10 novembre 1946, il appelle les Camerounais qu’il désigne désormais comme ses « sœurs, frères et compatriotes », à voter nationaliste, expliquant que « Notre parti politique étant le nationalisme pour l’indépendance et la souveraineté du peuple camerounais sur son territoire…nous voulons la constitution immédiate d’un parlement camerounais à Douala…nous voulons la constitution d’un gouvernement des Noirs émancipés du Cameroun » Nul doute que ces écrits et ces appels ont largement contribué à bâtir l’idéologie du parti nationaliste l’Union des populations du Cameroun, qui est créé deux ans plus tard, en 1948. Les écrits de Um Nyobé se seraient également inspirés des écrits de Vincent Ganty, qui dû, à partir de la France, retourner dans son pays natal, où l’historien Adalbert Owona n’a pas pu suivre ses traces. Mais son influence sur le mouvement nationaliste camerounais reste indéniable.

Figure : Vincent Ganty, l’aube du nationalisme camerounais

Dans le même temps, Vincent Ganty tente de mobiliser les populations sur le territoire. Dans diverses lettres à l’approche des élections législatives du 10 novembre 1946, il appelle les Camerounais qu’il désigne désormais comme ses « sœurs, frères et compatriotes », à voter nationaliste, expliquant que « Notre parti politique étant le nationalisme pour l’indépendance et la souveraineté du peuple camerounais sur son territoire…nous voulons la constitution immédiate d’un parlement camerounais à Douala…nous voulons la constitution d’un gouvernement des Noirs émancipés du Cameroun » Nul doute que ces écrits et ces appels ont largement contribué à bâtir l’idéologie du parti nationaliste l’Union des populations du Cameroun, qui est créé deux ans plus tard, en 1948. Les écrits de Um Nyobé se seraient également inspirés des écrits de Vincent Ganty, qui dû, à partir de la France, retourner dans son pays natal, où l’historien Adalbert Owona n’a pas pu suivre ses traces. Mais son influence sur le mouvement nationaliste camerounais reste indéniable.

Grand dialogue : timide avancée 3 ans après

L’allègement de la tutelle administrative sur les collectivités territoriales décentralisée n’a pas prospéré. Aucune recommandation de la commission 7 n’a été prise en compte, notamment la réforme du Code de la nationalité pour l’adoption de la double nationalité ou des nationalités multiples. Quant au comité de suivi des recommandations du Grand dialogue, sur les 6 sessions statutaires depuis la création, elle a tenu à 4e le 4 août 2022, au cours de laquelle le premier ministre a déclaré : « la situation n’est pas encore absolument saine, c’est un chemin difficile nous le savons, mais nous voyons déjà la lumière au bout du tunnel. » Le bout du tunnel, Paul Biya l’avait déjà vu et annoncé en novembre 2005 il y 17 ans, c’était au sujet de l’endettement du Cameroun, mais depuis lors il s’est éloigné ! Pour la crise anglophone et le Grand dialogue national, l’histoire semble se répéter.

Cameroun : l’habitat dans tous ses états

D’après le préambule de la constitution qui reprend la Déclaration universelle des droits de l’homme, tout le monde a droit à un logement, mais dans les faits, tout est désormais fait pour que personne n’aie droit au logement : le logement social n’a rien de social dans les prix. Celui qui acquiert un terrain n’est pas en sécurité, le titre foncier mère peut être annulé à tout moment. Celui qui construit n’est pas en sécurité, il peut se réveiller un matin et se retrouver face à des engins accompagnés de la police, venus le détruire, avec en embuscade un nouveau propriétaire des lieux détenteur d’un titre foncier authentique. Celui qui est en location n’est pas en sécurité, par simple sms le bailleur peut lui dire un soir que le loyer a augmenté de 50%, et justifier cela par l’augmentation des frais de scolarité dans l’établissement privée que fréquente son enfant ou des frais d’Apee au lycée. Au lendemain de la célébration de la 36eme journée mondiale de l’habitat, il y a lieu de dire qu’au Cameroun, l’habitat est dans tous ses états, et nécessite sans doute, les états généraux de l’habitat.