Santé publique : le financement dans le coma

Par la suite les principaux leaders du syndicat étaient affectés dans des coins reculés du pays. Le président, Dr Pierre Yves Bassong, neurologue en service à hôpital régional de Bamenda était affecté au centre médical d’arrondissement de Somalomo dans la région de l’Est. Le vice-président, Dr Kamta, neurochirurgien en service à l’hôpital général de Douala était affecté au centre médical d’arrondissement de Ngaoui dans la région de l’Adamaoua. Le Secrétaire général, Dr Ndoudoumou, en service au centre médical d’arrondissement d’Akono était affecté au centre médical d’arrondissement de Mayo baleo dans la région de l’Adamaoua. Le Chargé de communication, Dr Laah, radiologue à l’hôpital régional de Bamenda était affecté au centre médical d’arrondissement de Mozogo dans la région de l’extrême Nord. Ainsi, 3 médecins spécialistes membres du syndicat étaient affectés, sans être remplacés dans leurs postes respectifs, un peu comme c’était le cas dans les années 50 quand les leaders de l’Union des populations du Cameroun qui revendiquaient l’indépendance véritable étaient affectées en brousses. Le syndicat soulevait un problème crucial de santé publique, en face l’idée était de briser leurs carrières, laissant de côté le problème soulevé, qui reste entier.

Afrique centrale : l’impossible intégration

Peut-on dès lors, en prenant en compte l’idéologie qu’il défend désormais et le sens de l’hospitalité que lui confère l’âge, penser qu’il soit à l’origine de l’expulsion des soit disant « étrangers » de son territoire ? Soit disant « étrangers », parce que dans la logique panafricaniste, l’Africain ne saurait être étranger en Afrique. Aussi, le 29 novembre 2013, Obiang Nguema Mbasogo était en visite au Benin, et a rencontré la jeunesse avec son homologue Yayi Boni au palais des Congrès de Cotonou. Il leur adressa ce jour ce message : « J’invite la jeunesse à se réveiller parce que l’Afrique est toujours dominée et subit beaucoup de manipulations des puissances qui ne veulent pas de la souveraineté acquise à l’indépendance… Nous devons prendre l’initiative d’unir l’Afrique. Il faut une Afrique unie, intégrée qui n’a pas de problèmes de culture, sans barrières linguistiques, c’est comme cela que nous pouvons surmonter les difficultés… L’Afrique d’hier n’est pas l’Afrique d’aujourd’hui.» 9 ans après ce discours, que s’est-il passé ? Au-delà des considérations économiques et politiques, l’Afrique pourrait-elle être unie en luttant contre elle-même ? Les enfants africains pourchassés au large des côtes européennes, le devraient-ils être également aux confins des frontières africaines ? Une sagesse africaine dit : « si l’enfant du voisin fuit et entre toi, donnes-lui le souper et le coucher, et va ensuite discuter avec son père. Car le mettre dehors augmenterait plutôt…ses souffrances.

Figure : Dakolé Daïssala, les 6 députés de la différence

Mais Dakolé Daïssala, que l’âge et la santé affaiblissent de plus en plus, reste désormais loyal à son mariage avec le Rdpc. Il soutient la modification de la constitution de 2008 qui supprime la limitation des mandats présidentiels, ce qui permet à Paul Biya de briguer un nouveau mandat en 2011. Il propose cependant qu’il y ait une élection à deux tours et le vote obligatoire pour tous les Camerounais. Paul Biya lui sera reconnaissant en 2013 pour cette loyauté, et le nomme parmi les sénateurs lors de la mise ne place de la C hambre haute du Parlement. Reconnaissance restée intacte 5 ans plus tard lors du renouvellement de la chambre. C’est avec ce titre que le fils de Goundaye a tiré sa révérence le 9 août 2022, à l’âge de 79 ans. Qualifié de caméléon politique, l’homme aura été plutôt celui qui a su s’adapter chaque fois à son environnement pour ne pas être largué, et à sa manière il a influencé le cours de l’histoire du Cameroun, d’une manière que seule cette histoire jugera.

Institutions : l’honneur en péril

Quand un pays perd l’honneur à partir du sommet, que lui reste-t-il ? Ailleurs, dans certains pays, les hommes publics, même au plus profond du vice et du cynisme, se débrouillent encore à préserver la morale publique, et démissionnent de leurs fonctions dès qu’une rumeur de scandale liés aux bonnes mœurs circulent sur leurs personnes. Et quand la justice commence à s’intéresser à eux, ils rendent leurs tabliers pour se mettre à la disposition de celle-ci et aider à rétablir la vérité. Il est vrai qu’un ministre de la république, Jean de Dieu Momo déclarait que démissionner est une affaire des blancs, trahissant ainsi la culture de la « peau de canard » qui est en vogue dans le système, mais il n’en demeure pas moins vrai aussi, ce que disait l’artiste humoriste Dave K Moktoï, de manière visionnaire, avec humour certes mais très au sérieux : « Il faut savoir quitter les choses, avant que les choses ne vous quittent. » C’est une question d’honneur, que rappelle le refrain de l’hymne nationale « Chère patrie, terre chérie, Tu es notre seul et vrai bonheur, notre joie et notre vie, A toi l’amour et le grand honneur ! »

Gaz domestique : la pénurie voulue

Ainsi, avec tout le potentiel gazier vanté au quotidien, l’exploitation constamment en hausse, le Cameroun en arrive à la pénurie, parce que dépendant de l’extérieur pour une ressource énergétique disponible localement. A qui profite les transactions en haute mer ! En tout état de cause, la pénurie du gaz qu’a connu le Cameroun pour une énième fois en octobre 2022, ne risque pas d’être la dernière, puisqu’elle ne tient qu’à l’absence de vision, au déficit d’anticipation dont font preuve les gouvernants. Et si les leçons ne sont pas tirées et les responsabilités établies, les mêmes causes produiront les mêmes effets, ou plutôt, le même système produira le même résultat.

Désordre urbain : la police municipale se fait désirer

Dans les faits, on a souvent eu à faire à des altercations entre les agents des mairies d’arrondissement et ceux des mairies de la ville au sujet des compétences territoriales. Il n’est pas certain que le décret du 9 août 2022 clarifie la situation et tranche le débat de manière définitive. C’est qui induit que c’est à la pratique quotidienne sur le terrain que les insuffisances se feront voir et devront être corrigées progressivement. La crainte se trouve donc là, celle de voir la mise en place de la police municipale prendre un temps éternel, surtout que le Cameroun a l‘expérience de la mise en place des institutions démocratiques, qui devaient se faire progressivement selon la Constitution de 1996, et dont certaines, comme les Conseils régionaux, ont attendu 24 ans. Que deviendraient les villes, si elles devaient attendre encore longtemps pour être dotées d’une véritable police municipale, alors que la situation se dégrade chaque jours un peu plus ?

Afrique : décoloniser les consciences

Dans la quête de la dignité africaine, la guerre sera loin d’être finie si les victoires engrangées au sommet ne sont pas sous tendues et accompagnées par des mouvements de réveil des consciences au sein de la société. Pour mieux asseoir leur mainmise sur l’Afrique, les impérialistes ont surtout travaillé sur le mental, et une fois la bataille gagnée à ce niveau, ils se sont frottés les mains, le reste devant aller de soi. Ils n’auront plus à dévaloriser l’Africain, son cerveau était déjà programmé pour qu’il se déprécie lui-même, se dévalorise, déteste ce qu’il était, ce qu’il faisait et comment il le faisait. Et tout a été mis à contribution pour y parvenir : l’église, l’école, le cinéma, la musique, la mode, tout cela résumé dans le mot « civilisation. » Pendant que les batailles se mènent au sommet, la société elle, doit prendre conscience…que sa conscience est encore plus colonisée.

Figure : Salomon Madiba Songue, le 16eme des Kate

« Les griots dans le passé, faisait-il remarquer, étaient en réalité les chargés de la communication, mais si vous observez bien, ce qui a consacré la disparition de nos valeurs anciennes, c’est le fait qu’on n’ait pas eu une écriture pour transmettre au fur et à mesure aux nouvelles générations. Aujourd’hui heureusement il y a une prise de conscience, lorsque dans toutes les communautés on s’est mis à enseigner la langue maternelle aux enfants. Mais le retard a été tel qu’aujourd’hui c’est une course à la montre, pour essayer de lutter contre la rapidité de la civilisation moderne. Mais en même temps nous avons la chance de pouvoir mettre à profit toute cette technologie de la conservation pour essayer de sauver l’essentiel. Mais il y a aussi notre capacité organisationnelle et notre patriotisme, et en général ce n’est pas notre domaine le plus fort, et c’est là donc que réside le point faible. Selon qu’une grande majorité de patriotes existera, déterminés à affronter le 21eme siècle, du moins à introduire la civilisation africaine et camerounaise, et même la civilisation de tous les peuples qui composent le Cameroun, on peut espérer. Si on ne réussit pas ce pari dans un bref délai, tout va disparaître, parce qu’on a suffisamment perdu. » Une grande majorité des patriotes pour défendre les origines et la culture, c’est l’un des souhaits de Salomon Madiba Songue pour la postérité, pour un peuple qui retrouve ses valeurs.

Vie chère : le Cameroun comme la cigale de La Fontaine

Que faisait le Cameroun depuis le temps que ces pays producteurs qui ont fermé leurs portes avec la crise, abattaient un travail de fourmi, accumulaient des réserves pour les jours difficiles ? Pourquoi les milliers d’hectares de terre arables qui s’étendent à perte de vue sur le territoire camerounais ne sont pas en exploitation, pourquoi le Cameroun producteur de pétrole, doit attendre le gaz domestique dans le bateau, avec une société de raffinage inaugurée le 24 mars 1973, il y a bientôt un demi-siècle ? Et sur un autre plan, pendant 40 ans de règne, n’y a-t-il pas eu comme dans la bible (Genèse 41) un Joseph pour interpréter le rêve du Pharaon, et lui dire de nommer à travers le pays des commissaires qui « collecteront tous les vivres que produiront ces bonnes années qui viennent, (ils) emmagasineront le blé dans les villes sous l’autorité du pharaon, et le garderont comme réserve de vivres. Ces provisions serviront de réserve pour le pays, en prévision des sept années de famine qui s’abattront sur l’Egypte. Ainsi les habitants du pays ne mourront pas de faim. » Si, il y a pourtant bien eu ce Joseph, Dion Ngute de son nom. Choisi et mis à la tête du gouvernement. Mais pourquoi n’at-il pas pu épargner le peuple de la faim, comme en Egypte de Pharaon, pourquoi a-t-il failli à sa mission ?

Joseph Le, Minfopra

Fonction publique : la vache à lait

Il reste à espérer que la purge aille jusqu’au bout, et que les places libérées permette de résorber des milliers de jeunes formées dans des écoles et reconvertis en conducteurs de motos et détentrices de call-box. Le ministre de la Fonction publique, a signé le 26 juillet 2022 un communiqué annonçant l’ouverture de concours direct pour le compte de l’exercice budgétaire 2022 dans les métiers de la justice, de l’administration, des affaires sociales, des régies financières, de l’éducation de base, de l’agriculture, du génie civil, des mines, de l’élevage et des industries animales, et de la santé publique. Mais au total, moins de 1 000 postes ont été ouverts, alors que le corps médical à lui seul connait un déficit de 55 000 personnels, tel qu’indiqué par le ministre de la Santé publique lors de son passage devant la Commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale, le 1er décembre 2021.